Par Michel Schneider pour Agoravox, le vendredi 4 avril 2008.

Plus de deux Français sur trois « désapprouvent » la décision du “gouverneur” (celui qui dirige la France au nom de puissances et d’intérêts étrangers n’est pas un “président”, mais un gouverneur, un collaborateur, un “gauleiter”, un fondé de pouvoirs) Nicolas Sarkozy d’envoyer de nouvelles troupes en Afghanistan. Selon les résultats d’un sondage publié lundi 31 mars, 68 % des Français sont contre l’envoi des renforts en Afghanistan. Seuls 15 % sont pour cette décision de Nicolas Sarkozy et 17 % se sont abstenus de se prononcer. Toujours selon ce sondage, 65 % des Français sont d’avis que les Etats-Unis et leurs alliés se sont trompés en déclenchant la guerre en Afghanistan.

Or, Sarkozy a annoncé la semaine dernière, depuis Londres (rien à voir avec l’appel à la résistance du 18 juin, là il s’agit d’un appel à la soumission) que si la stratégie proposée par la France, intitulée « Le soutien à la paix » était approuvée au Sommet de l’Otan à Bucarest (2-4 avril), Paris enverrait des renforts en Afghanistan : environ 1 300 hommes (1 000 “troupiers” chair à canon et 300 “spécialistes” des forces dites spéciales).

Il est clair que sa décision, prise en contradiction avec ses engagements de campagne, d’envoyer en Afghanistan de nouvelles troupes françaises, bafoue une fois de plus notre Constitution. Et, dans les autres pays dits démocratiques, aucune opération de ce type ne pourrait être envisagée sans un vote préalable du Parlement. Il est vrai que Chirac et le “socialiste” Jospin n’avaient rien demandé à personne en 2001. Il s’agit pourtant bien d’une guerre d’agression contre l’Afghanistan, d’une guerre coloniale, pas d’une “opération de police”… Alors que les talibans avaient pratiquement éradiqué la culture du pavot, l’arrivée des Américains et de leur homme de paille Hamin Karzaï a permis de relancer comme jamais la culture de l’opium. La famille Karzaï se maintient à la tête d’un narco-Etat grâce à la protection de l’Otan qui couvre par ailleurs la dilapidation de l’aide internationale. Sur les 15 milliards versés à ce jour pour la reconstruction d’un pays préalablement ruiné par l’agression américaine, 5 milliards se sont volatilisés dans les circuits de la corruption et 40 % du solde retourne aux donateurs par le biais des rémunérations allouées aux “consultants”, sous-traitants et expatriés. Le but des Américains, et des compagnies pétrolières, est de verrouiller le plus longtemps possible l’Afghanistan au nez des Russes et des Chinois. C’est ce “système”, indéfendable et contraire aux intérêts d’une “Europe européenne”, que défendent les malheureux soldats français envoyés comme chair à canon par Sarkozy !

Pour seule raison à l’intervention des troupes françaises, Sarkozy n’évoque, en écho à son mentor George Bush, que la nécessité pour la France de ne pas rester à l’écart de la croisade contre “le terrorisme et Al-Quaïda”. Il ment, bien sûr, encore et toujours. Comme tous les Français de bon sens aujourd’hui, il sait que Ben Laden et Al-Qaïda sont des “marques déposées” de la CIA. Et que le terrorisme, lorsqu’il n’est pas le fait, précisément, d’agents américains ou israéliens, n’est que le résultat normal et juste des politiques coloniales des Etats-Unis et d’Israël. En se faisant le complice et le supplétif de l’empire Usraélien, Sarkozy fait de la France et des Français des cibles d’un terrorisme sciemment provoqué.

Même au prix du sang, comme Bush le 11-Septembre, Sarkozy entend manipuler l’opinion publique pour lui faire accepter un changement radical de la stratégie et de la politique étrangère de notre pays.

Nicolas Sarkozy veut créer une sorte de nouvel Atlantisme, un “triumvirat de l’Occident”, bras armé de la mondialisation, sans l’Allemagne et naturellement sans la Russie qui devraient pourtant être nos alliés naturels dans le cadre d’une “Europe européenne” (tout le contraire de “l’Europe bruxelloise”)…

C’est pourquoi il entend que la France réintègre rapidement le commandement militaire de l’Otan - l’année prochaine sans doute au moment du 60e anniversaire de l’organisation atlantique.

Pour atteindre ce sinistre objectif à marche forcée, Sarkozy doit accroître la participation des forces françaises en Afghanistan, en nombre et dans les zones de combats effectifs, et soutenir fermement l’élargissement de l’Otan à l’Ukraine et à la Géorgie. Ce sont là les buts de guerre des Américains pour museler fermement l’Europe.

Tout sera vu et décidé sous cet angle. Si les Français le laissent faire…

En effet, le général Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées françaises, n’a pas mâché ses mots sur le danger que représenterait l’envoi de troupes françaises supplémentaires en Afghanistan.

« Comme je le répète depuis un moment », a-t-il déclaré, « l’Afghanistan devient un merdier ingérable. Et nous n’avons aucun intérêt à nous y impliquer davantage ».

Consciemment, pour les plus intelligents, ou inconsciemment, les chefs d’état-major des armées ont compris quelles étaient les véritables motivations du gouverneur Sarkozy.

En voulant envoyer 1 300 “morts-vivants” de plus aux Américains en Afghanistan, Sarkozy confirme qu’il entend privatiser et miniaturiser une armée au service exclusif de l’empire Usraélien.

Les militaires savent désormais qu’avec un budget qui n’atteint plus 2 % du PIB et les incroyables pertes d’équipements, d’effectifs et de bases métropolitaines que cela implique, notre défense entre avec Sarkozy dans une récession mortelle.

En matière de défense, rare domaine où il pense pouvoir agir impunément, le gouverneur Sarkozy signe là pratiquement l’arrêt de mort de nos armées, après celui de notre politique étrangère. A partir du moment où celle-ci est devenue, dès son arrivée, un simple appendice, plus ou moins bruyant, du département d’Etat américain, la nécessité antérieure de conserver une politique de défense en rapport avec une puissance encore maîtresse de son destin ne s’impose plus et le handicap budgétaire qu’elle constituait peut être levé.

Les militaires français accepteront-ils sans broncher la mise à la casse, et au pas, de notre outil de défense ? Le proche avenir le dira. Car dans ce secteur aussi la résistance s’organise.

Michel Schneider

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