Ce qui se passe en ce moment sur le campus est tres grave. On matraque des etudiants grevistes non violents. Qui plus est, ce sont des universitaires - nos propres dirigeants - qui font appel aux forces de l ordre. C'est sans precedent. L Universite etait un sanctuaire, un contre-pouvoir, un lieu d echange et de discussion. C est aujourd hui un lieu de repression.

Ce qui se passe en ce moment sur le campus est tres grave : en fait il ne se passe RIEN. La grande masse des personnels est absente. Les AG inter-U rassemblent quelques dizaines de membres du personnel. Comme si tout cela concernait une poignee de bloqueurs d'une part, et les forces de l ordre d'autre part. Ou sommes-nous ?

Ce qui se passe en ce moment sur le campus est tres grave : une loi est en train de dessiner une AUTRE Universite. L Universite de demain. L Université de vos reves - ou de vos cauchemars. Et tout ceci sans que vous ayez eu le temps d y penser, sans que vous y ayez pris part - une loi votee comme ca, l air de rien, un 10 aout, pendant que vous tentiez d oublier un peu votre metier pour penser a autre chose. Pendant que vous pensiez a autre chose, vos ministres eux, pensaient a vous. Ou plutot : pour vous...

Ce qui se passe en ce moment sur le campus est tres grave : votre metier est en passe de devenir un AUTRE metier. Vous pensiez avoir une mission : transmettre des connaissances a des etudiants - des connaissances générales, avec une valeur universelle, qui pourraient leur etre utiles tout au long de leur vie d adulte : en tant que professionnel, mais aussi en tant que citoyen, en tant qu etre pensant. Vous pensiez que ces connaissances - ou ces outils - sont la meilleure garantie d'une bonne insertion professionnelle, dans le long terme. Dans l universite de demain, ces connaissances seront finalisees, et leur valeur sera mesuree à l aune de l insertion professionnelle. Or, celle-ci peut-elle etre mesuree autrement que dans l espace du local et l intervalle du court terme ? La valeur d une connaissance est-elle reductible a sa rentabilite economique immediate ?

Ce qui se passe en ce moment sur le campus est tres grave : l AUTONOMIE des Universites ne sera bientot plus qu un souvenir. Les Universites etaient dirigees par des universitaires, et financees par l'Etat. Les universitaires n avaient de compte a rendre qu'a l Etat, en fonction d objectifs qu ils s etaient eux-memes fixes. Elles seront bientot dirigees, en partie, par des acteurs du monde economique, et dependront, en partie, des subsides de fondations privees. Elles auront des comptes a rendre au monde economique. Elle n auront plus qu une seule autonomie : grrer la penurie financiere. Avec les partenaires de leur choix.

Ce qui se passe en ce moment sur le campus est tres grave : la science n y sera bientot plus libre. La finalite premiere de l activite scientifique etait de faire progresser la connaissance. Demain elle sera de faire fonctionner l économie de la connaissance. La mission premiere de l Universite etait de diffuser ces connaissances. Demain elle sera de deposer des brevets pour les proteger. Dans un monde ou certaines entreprises voudraient breveter le vivant, ou seront les garde-fou ? Serons-nous contre-pouvoir, ou complices ?

Que vous soyez pour ou contre la LRU, pour ou contre le blocage, pour ou contre le gouvernement, IL EST URGENT DE SE DONNER LE TEMPS de s informer sur le texte, d en évaluer les conséquences, de reflechir sur ce que nous sommes et ce que nous voulons devenir. C'est une exigence democratique. NOUS SOMMES LES PREMIERS CONCERNES. C'est pourquoi je me permets de vous ecrire ce texte, en tant que membre de la meme communauté.

Soyons nombreux aux AG des personnels, aux commissions de reflexion, mobilisons-nous !

Demain il sera trop tard. Bien trop tard, pour dire : nous ne savions pas...

 


 

Olivier Kraif Maitre de conferences en Informatique (Qui n a aucune envie de devenir Maitre de conferences en Certification Microsoft, ou Partenaire Intel, à l Université Stendhal (TM))