Google n'en finit plus de dévier de son axe. Le groupe internet, soucieux depuis ses débuts d'organiser et de rendre accessibles les informations en ligne, en vient à se dire qu'il serait peut-être bon également de les produire. Dans un billet de son blog jeudi soir, Google a donc annoncé l'ouverture prochaine de Knol, un service au nom d'extra-terrestre qui ne craint pas de percuter la planète Wikipedia. Tout comme l'encyclopédie libre et gratuite, il s'agit de faire appel aux internautes pour constituer des articles de référence sur tous les sujets imaginables, qu'ils soient scientifiques, médicaux, géographiques, historiques, qu'ils portent sur des produits ou des guides techniques. Sur le coup, Google a peut-être sous-estimé le big bang qu'il allait déclencher en ligne.

Ainsi, nombre de blogs technologiques jugent que le moteur est allé trop loin en s'attaquant au symbole mondial de l'internet participatif, estampillé 2.0. Passe encore lorsqu'il s'agit de titiller Microsoft avec des logiciels bureautiques en ligne, ou les opérateurs télécoms avec un système d'exploitation mobile, mais quel est pour lui l'intérêt de doublonner Wikipedia… sinon pour le remplacer et renforcer son hégémonie, demande en substance Techcrunch ? Knol n'est rien que le « mouvement d'une entreprise en quasi monopole qui veut s'assurer de conserver des matières premières gratuitement (en l'occurrence le contenu des knols), pour les revendre par la suite », répond Giga OM. 

Quel est donc le but de Google ? Officiellement, les fondateurs Sergei Brin et Larry Page sont soucieux de donner aux internautes des outils enfin accessibles et performants pour partager leur savoir, explique Udi Manber, responsable du projet. Contrairement à Wikipedia, où plusieurs internautes peuvent travailler sur une entrée, le knol n'est associée qu'à une seule personne qui prend en charge un sujet, et dont la photo figure en évidence sur la page. Cette prime aux experts, présentée comme un gage de sérieux, est déjà défrichée par Citizendium, encyclopédie alternative que nous vous présentions l'an dernier. Google ne renoncera cependant pas totalement aux bonnes recettes communautaires. Le contrôle éditorial sera confié aux internautes, chargés de noter et de commenter les articles, et d'aider des algorithmes à privilégier sur un même sujet le knol le plus pertinent.

Ou à se constituer une manne publicitaire ?

Derrière la couche de justification philanthropique toujours appliquée avec soin par le moteur (sauf eb chine, NDLR), la publicité - qui représente la quasi totalité des revenus publicitaires de Google - n'est jamais très loin. Contrairement à Wikipedia qui se raccroche à des donations pour boucler ses fins de mois, Google, dont les moyens sont déjà considérables, prévoit d'inclure des liens sponsorisés dans ses knols. Ces revenus publicitaires seront d'ailleurs en partie reversés aux auteurs, selon un pourcentage encore inconnu. De quoi susciter quelques vocations, débaucher des talents sur Wikipedia et constituer le plus rapidement une base susceptible d'intéresser les internautes. Forte de dix millions d'articles en 253 langues, Wikipedia a en effet pris une belle avance. Sa notoriété et son contenu dense lui assurent une présence très enviée en tête des réponses des moteurs de recherche. L'un des articles français les plus visités, la page France, premier résultat sur Google, est lu près de 150.000 fois par jour !

Pour Google, cette présence devient encombrante. Surtout depuis que Wikipedia le court-circuite totalement, grâce aux barres d'outils des navigateurs qui vont directement piocher dans l'encyclopédie. Dans une moindre mesure, ce succès a aussi donné des idées à Jimmy Wales, co-fondateur de Wikipedia, qui planche depuis l'an dernier sur un moteur de recherche concurrent de Google, qu'il promet plus pertinent. C'en était visiblement trop pour le géant de l'internet qui garderait bien tous ces visiteurs dans son univers, au risque de faire naître quelques craintes de favoritisme chez les observateurs. Les knols ne risquent-ils en effet pas de remplacer Wikipedia dans les résultats de recherche ? Udi Manber promet que Google ne leur accordera aucune prime. Et que ces pages seront accessibles aux autres moteurs et en licence Creative Commons.

Des propos rassurants qui visent à étouffer le plus rapidement toute polémique, alors que le service n'est pour l'instant ouvert qu'à quelques contributeurs invités, et qu'aucune date de mise en ligne a été communiquée.

Beware.Big Brother is coming ! Welcome to Gatthaca...