On entend parfois parler dâun certain "Groupe de Bilderberg", qui se rĂ©unirait en secret tous les ans, pour Ă©tablir les stratĂ©gies entre "grands" de ce monde, mais quâen est-il vraiment ? Pour essayer dây voir plus clair, voici deux articles parus en juin 2008, et qui nous expliquent ce quâest ce groupe et quelle influence il aurait sur les politiques internationales en Occident.
Le premier article est lâoeuvre dâune association "Initiative CitoyennetĂ© DĂ©fense" dont le but est dâinformer les citoyens sur la politique française de DĂ©fense.
Le deuxiĂšme est paru sur le site de Rue89, Ă lâoccasion de la rĂ©union annuelle de ce mystĂ©rieux groupe, oĂč apparaissent les noms de personnalitĂ©s de tous les pays, y compris la France. Aux cotĂ©s de noms comme Henri Kissinger ou Paul Wolfowitz, la rĂ©union de juin 2008 a vu la participation - selon plusieurs sources comme PrisonPlanet, Infowars, AmericanFreePress - de Christine Ockrent, Hubert Vedrine, Manuel Valls, François PĂ©rol, et dâautres noms moins connus mais tous haut placĂ©s dans les grands groupes et multinationales.
Connaissiez-vous lâexistence et lâactivitĂ© de ce groupe ? Lâavez-vous dĂ©couvert dans les grands mĂ©dias ? Rue89 semble penser que la couverture mĂ©diatique est largement suffisante, alors faites-vous votre propre opinion !

B. Obama, H. Clinton et le groupe de Bilderberg
Article paru sur le site Initiative Citoyenneté Défense, juillet 2008
La presse en ligne sâest rĂ©cemment (en juin 2008 - NdlR) faite lâĂ©cho dâune possible visite des candidats dĂ©mocrates Hillary Clinton et Barack Obama auprĂšs du « Groupe de Bilderberg », rĂ©uni secrĂštement Ă lâhĂŽtel Westfields Marriott Ă Chantilly (USA).
Quâest-ce que cette organisation « secrĂšte » ?
Un puissant rĂ©seau dâinfluence Le Groupe de Bilderberg a Ă©tĂ© fondĂ© en 1954 Ă lâhĂŽtel Bilderberg Ă Osterbeek (Pays-Bas) â dâoĂč son nom - Ă lâinitiative du Prince hollandais Bernhard, ancien officier SS, et du richissime David Rockefeller. Le Groupe de Bilderberg, conçu Ă lâorigine comme une « alliance anti-communiste occulte », constitue toujours lâun des plus puissants rĂ©seaux secrets dâinfluence. Il rassemblerait des personnalitĂ©s de tous les pays, leaders de la politique, de lâĂ©conomie, de la finance, des mĂ©dia, mais aussi des responsables de lâarmĂ©e et des services secrets.
Une organisation secrĂšte en trois cercles
TrĂšs structurĂ©, le Groupe de Bilderberg est â selon certaines sources - organisĂ© en 3 cercles successifs.
Le âcercle extĂ©rieurâ est assez large et comprend 80% des participants aux rĂ©unions. Les membres de ce cercle ne connaissent quâune partie des stratĂ©gies et des buts fondamentaux de lâorganisation.
Le deuxiĂšme cercle, beaucoup plus fermĂ©, est le Steering Committee (ComitĂ© de Direction).Il est constituĂ© dâenviron 35 membres, exclusivement europĂ©ens et nord-amĂ©ricains. Ils connaissent Ă 90% les objectifs et stratĂ©gies du Groupe.
Le cercle le plus central est le Bilderberg Advisory Committee (ComitĂ© consultatif). Il comprend une dizaine de membres, seuls Ă connaĂźtre intĂ©gralement les stratĂ©gies et les buts prĂ©cis de lâorganisation. Pour ceux qui enquĂȘtent sur les rĂ©seaux de pouvoir, le Groupe de Bilderberg est un vĂ©ritable « gouvernement mondial occulte ». Au cours de ses rĂ©unions, des dĂ©cisions stratĂ©giques essentielles y sont prises, hors des institutions dĂ©mocratiques oĂč ces dĂ©bats devraient normalement avoir lieu.

Westfields Marriott in Chantilly, Va.,
site of the Bilderberg conference this weekend
Bilderberg: silence mĂ©dias sur les rĂ©unions de lâĂ©lite mondiale
Article paru sur Rue89, 11 juin 2008
Câest Ă cette Ă©poque de lâannĂ©e que le groupe Bilderberg, rassemblant environ 120 milliardaires, banquiers, hommes politiques, industriels, universitaires, haut fonctionnaires, personnalitĂ©s dâinfluence dans le monde du travail et de lâĂ©ducation et journalistes, se rĂ©unit pendant un week-end dans un hĂŽtel. ou un centre de villĂ©giature quelque part en AmĂ©rique du Nord ou en Europe, afin de discuter en privĂ© des affaires du monde.
Cette annĂ©e, la 56e confĂ©rence de Bilderberg sâest dĂ©roulĂ©e [le 8 juin 2008 - NdlR] Ă lâhotel Westfields Marriott de Chantilly en Virginie, Ă une quinzaine de kilomĂštres de lâaĂ©roport international de Washington Dulles. Comme lors des Ă©ditions prĂ©cĂ©dentes, les dĂ©tracteurs de Bilderberg accusent la presse grand public de passer sous silence un club qui selon eux dirige un gouvernement secret.
Le lieu oĂč seraient choisis les futurs prĂ©sidents amĂ©ricains
Les critiques affirment que Bilderberg est le lieu oĂč sont choisis les futurs prĂ©sidents amĂ©ricains et Premiers ministres britanniques, ce que confirmerait la participation Ă la confĂ©rence de Bill Clinton en 1991 et celle de Tony Blair en 1993. En 2004, le magazine Time a rĂ©vĂ©lĂ© que John Kerry a choisi John Edwards pour ĂȘtre son colistier juste aprĂšs que ce dernier avait fait une forte impression sur les participants de la session Bilderberg en Italie.
DâaprĂšs lâouvrage de 1980 intitulĂ© "Trilateralism : The Trilateral Commission and Elite Planning for World Management" (Le TrilatĂ©ralisme : la commission trilatĂ©rale et lâorganisation du management mondial par les puissants), le PrĂ©sident Dwight D. Eisenhower souhaitait vivement que son personnel assiste Ă Bilderberg, le PrĂ©sident John F. Kennedy a largement recrutĂ© les membres de son administration parmi dâancien participants de Bilderberg, comme Dean Rusk, George W. Ball, George McGhee, Walter Rostow, Arthur Dean et Paul Nitze, et les membres de lâadministration Carter prenaient largement part aux rĂ©unions annuelles du groupe.
Un critique a publiĂ© une liste Ă©tablissant que le club Bilderberg 2008 comprend Henry Kissinger, Ben S. Bernanke, David Rockefeller, Vin Weber, Robert B. Zoelick, Donald Graham, Verdon Jordan, Charlie Rose et leurs homologues europĂ©ens. Des manifestants ont surveillĂ© cette Ă©lite Ă lâentrĂ©e de lâhĂŽtel et enregistrĂ© des vidĂ©os de "surveillance" Ă lâextĂ©rieur et Ă lâintĂ©rieur des parties du bĂątiment faiblement gardĂ©es, avant que la confĂ©rence commence.
Jusquâici les dĂ©tracteurs de Bilderberg ont raison : la presse grand public a ignorĂ© Bilderberg en 2008. Selon la base de donnĂ©es Nexis, les sites Wonkette et Raw Story ont relatĂ© lâĂ©vĂ©nement et les objections des critiques. Avec une simple recherche Web, on tombe sur des articles de critiques de Bilderberg comme Alex Jones et Jim Tucker, qui sonnent lâalarme sur le problĂšme.
Les critiques ont raison sur un autre point : la rĂ©union de 120 importantes personnalitĂ©s mondiales est une nouvelle Ă ne pas taire. Mais Ă la dĂ©charge de la presse grand public, il faut dire quâil est difficile de rendre compte dâun rassemblement privĂ©, placĂ© sous haute surveillance.
Permettre aux participants dâexprimer librement et ouvertement leur opinion
Les organisateurs de Bilderberg ont donnĂ© le mot dâordre aux participants de ne pas divulguer les dĂ©bats du weekend, affirmant dans un communiquĂ© de presse cette annĂ©e que "le caractĂšre privĂ© des rĂ©unions nâa pas dâautre motif que celui de permettre aux participants dâexprimer librement et ouvertement leur opinion". En 1927 la Chatham House, "think tank" britannique, a consacrĂ© une rĂšgle du mĂȘme type, et des obligations de cet ordre sâappliquent lors de certaines rĂ©unions du Conseil de relations Ă©trangĂšres ("think tank" amĂ©ricain) et du Groupe de stratĂ©gie de lâInstitut Aspen. Dans presque toutes les villes du monde, des groupes privĂ©s se rĂ©unissent pour discuter de maniĂšre confidentielle. Câest comme ça que le monde fonctionne. Il y a bien de temps Ă autre des fuites de la part des membres de Bilderberg, comme dans le cas de John Edwards en 2004, mais les chics et puissants gardent gĂ©nĂ©ralement le silence.
Quelles auraient Ă©tĂ© les consĂ©quences si le Washington Post avait envoyĂ© un reporter au trĂšs exclusif rassemblement de Chantilly ? Un journaliste dâAssociated Press Ă©tait parti couvrir la session Bilderberger de 1978 Ă Princeton dans le New Jersey, mais ce quâil a racontĂ© se rĂ©sume Ă une scĂšne oĂč des "hommes en costumes gris et aux lunettes de soleil" le chassent du pĂ©rimĂštre du centre de confĂ©rence Henry Chauncey. Extraits de la dĂ©pĂšche (Steve Hindy) :
"Kissinger sâest nonchalamment promenĂ© autour dâun petit Ă©tang artificiel samedi, jusquâĂ sâapprocher Ă quelques mĂštres de la route menant au bĂątiment.
Il a tournĂ© autour de lâĂ©tang deux fois, une premiĂšre fois avec un homme grisonnant qui fumait la pipe et une seconde avec un homme plus jeune. Kissinger avait lâair grave et attentif pendant que les hommes parlaient de choses comme de "limitations de portĂ©es".
Kissinger avait lâair agacĂ© et a refusĂ© de sâexprimer lorsquâun reporter sâest approchĂ© de lui.
Lâun des deux agents des services secrets protĂ©geant lâancien secrĂ©taire dâEtat fit un signe de tĂȘte plein de sympathie au reporter et lui dit : âVous avez fait de votre mieux.â
Et pourtant la presse grand public ne peut guĂšre ĂȘtre accusĂ©e de passer Bilderberg sous silence. Selon Nexis, le New York Times a mentionnĂ© Bilderberg une vingtaine de fois depuis 1981, dont un article de 2004 intitulĂ© "une confĂ©rence secrĂšte pour dominer le monde". Dâautres articles dans le Washington Post, le Chicago Tribune et le Boston Globe mentionnent le groupe.
Le mois dernier encore, dans le Washington Post, Anne-Marie Slaughter a fait rĂ©fĂ©rence aux membres de Bilderberg dans sa critique dâun nouvel ouvrage : "Superclass : The Global Power Elite and the World They Are Making" (la Superclasse, lâĂ©lite de la puissance mondiale et le monde quâelle est en train de construire). [en France, Michael Gama a consacrĂ© un livre, "Rencontres au sommet" (ed. Altiplano), Ă ces rĂ©unions des riches et des puissants, dont Bilderberg].
Article traduit par Marie Peterson pour Rue89
Notes de ReOpenNews: Lire aussi Daniel Estulin dans The True Story of the Bilderberg Group (véritable histoire du groupe Bilderberg)
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