Je n'attends pas la Révolution ma vieille. D'ailleurs, la Révolution n'aura pas lieu. L'idée même de Révolution a séché entre les pages d'un livre. C'est comme ces fleurs qu'on cueille et qu'on oublie et qu'on retrouve parfois à la faveur d'une relecture. Alors on se dit : tiens, j'étais donc de cette humeur là... où avais-je trouvé cette fleur... et pourquoi l'avais-je déposée là... en réserve... en réserve de quoi... où avais-je donc la tête... qu'est-ce que tout cela signifiait ?
Mais le sens a fané, comme fanent les fleurs. Restent les mots... et les tableaux. Tout l'espoir, la passion, et la joie, confinés dans dix mètres carrés de bibliothèque ! Les livres s'envolent et nous regardent couler....
Toi, tu es un peintre réaliste, et moi un révolutionnaire abstrait. La tête dans les nuages, je coule. J'ai le corps balafré de rêves d'une autre époque. Aujourd'hui, le matin, quand le me lève, je lis le journal et je me gratte les couilles. J'évite de me regarder nu dans une glace. Toutes ces coutures me font honte. C'est la disgrâce finale... Je n'ai plus qu'à me coudre les yeux et la bouche, à me bourrer l'intérieur de paille... un manche à balai dans le cul, et hop, me voilà..... l'épouvantail !

Enzo Cormann