".......ce qu'on appelle.... (pardon) ce qu'on appelle les superstitions. Le mot vient du latin supersi (?) supersites, c'est-à dire des survivances. Les supersititions sont les survivances, ce qui a survécu malgré le triomphe des anciennes croyan.... des nouvelles croyances. Ce sont les anciennes croyances qui ont survécu disons en gros aux monothéismes au pluriel ou au christianisme...."

On cherchera en vain dans un dictionnaire de latin (le Gaffiot par exemple) le mot surpersi, supersites, inventé par Danièle Sallenave. Elle cite peut-être de mémoire et sa mémoire est infidèle. On trouvera par contre le mot superstes, superstitis, qui a le sens de "témoin" et de "qui reste, qui subsiste, qui survit, survivant". Quand on consulte le petit Robert et les dictionnaires étymologiques, le mot de référence est tout simplement le mot latin "superstitio", quasiment le même qu'en français.

Dans le même article que pour le mot religion, Benveniste, déjà cité dans ce blog, (Le vocabulaire des institutions indo-européennes, Paris 1969 tome II p. 273 sqq.) discute des étymologies latines (à l'échelon du latin) des trois mots suivants liés par la forme : "superstes, superstitio, et superstitiosus". Il relève cinq explications.
Sans entrer dans le détail je cite ce qu'il écrit de la première :

"a) L'interprétation littérale par superstes "survivant" conduit à superstitio comme "survivance". Superstitio indiquerait alors un "reste" d'une vieille croyance qui, à l'époque où on l'envisage, paraît superflue. A notre avis, cette explicaiton repose sur un contre-sens historique : ce serait prêter aux anciens, et dès avant la tradition historique, l'attitude d'esprit et le sens critique du XIX° siècle ou de nos ethnographes modernes, qui permettent de discerner dans la religion des "survivances" d'une époque plus ancienne et qui ne s'harmonisent pas avec le reste ; et d'ailleurs on ne rend pas compte ainsi du sens particulier de superstitiosus".

Je livre la conclusion à laquelle il arrive (renvoyant aux curieux le soin d'aller voir de plus près) :

".... Ainsi les termes s'ordonnent régulièrement : superstes, celui qui peut passer pour "témoin" pour avoir assisté à une chose accomplie; superstitio, "don de présence", faculté de témoigner comme si on y avait été ; superstitiosus, celui qui est pourvu d'un "don de présence,", qui lui permet d'avoir été dans le passé : c'est le sens que nous constatons chez Plaute.
Mais comment expliquer le sens moderne ? En réalité, il apparaît en dernier dans l'histoire sémantique du mot. Du sens qu'on vient de décrire - et qui a dû naître dans la langue des devins - à celui qui nous est familier, l'évolution se laisse retracer. Les Romains avaient horreur des pratiques divinatoires; il les tenaient pour charlatanisme; les sorciers, les devins étaient méprisés, et d'autant plus que pour la plupart, ils venaient de pays étranger.
Superstitio, associé de ce fait à des pratiques réprouvées a pris une couleur défavorable. Il a dénommé de bonne heure des pratiques d'une fausse religion considérées comme vaines et basses, indignes d'un esprit raisonnable. Les Romains, fidèles aux augures officiels, ont toujours condamné le recours à la magie, à la divination, à des pratiques jugées puériles......"

On est loin des survivances au monothéisme.

Pourquoi étymologiser ? Qu'est-ce que cela apporte au discours ?
Pourquoi citer si mal le latin ? Le mépris de la forme juste pour une invention approximative (supersites au lieu de superstes) rejoint l'attitude étymologisante : on invoque comme fondement d'une vérité la projection dans le passé d'un sens (et d'une forme latine) qu'on établit pour le présent. La preuve par l'étymologie (Paulhan). Qui ne laisse voir que les vides d'un discours pseudo-savant.

Légèreté dans la théorie du langage de la part d'une académicienne.