Voici successivement le texte allemand de ce quatrain, sa traduction par Françoise Rétif (F.R), o.c. p. 188-9 et celle de François René Daillie (FRD) o.c. p. 52



Im Gewitter des Rosen

Wohin wir uns wenden im Gewitter der Rosen,
ist die Nacht von Dornen erhellt, und der Donner
des Laubs, das so leise war in der Büschen,
folgt uns jetzt auf dem Fuβ.



Sous l’orage de roses

Où que nous allions sous l’orage de roses
la nuit est éclairée d’épines, et le tonnerre
du feuillage, naguère si doux dans les buissons,
est désormais sur nos talons.

Sous l’orage des roses

Où nous nous dirigeons sous l’orage des roses
la nuit est éclairée d’épines, et le tonnerre
du feuillage, qui dans les buissons était si doux
maintenant nous emboîte le pas.


Ce que m’indique le texte allemand c’est d’abord qu’au centre du poème au vers 2 un jeu de mots très fort entre Dornen (les épines) et Donner (le tonnerre) n’est pas traduit. On fait comme si cela n’existait pas.
En revanche les deux traducteurs ont à un détail près la même traduction du titre (lequel est repris d’ailleurs dans le premier vers).
Rien de plus joli en français que ce titre avec son allitération interne qui inverse le o et le r présents à la fois dans orage et dans roses en même temps que les deux finales allongent les voyelles –aage, ooses – Pas étonnant qu’on n’en sorte pas. Trop joli.
Trois remarques à ce sujet : ce jeu allitératif n’est absolument pas présent en allemand (seule reprise, la finale de "Gewitter" et l article qui suit “der”. On peut douter que ce soit signifiant). La traduction française selon mon sentiment édulcore l’expression. On entend davantage les roses que l’orage dans ce bouquet qui est comme offert, un gros bouquet bruissant et légèrement blessant. Or cette douceur est caduque. Elle est d’un autre temps (voir le vers 3). Dans le présent du poème c’est la guerre qui continue, une menace permanente et qui talonne. Enfin, la première traduction accentue cette édulcoration par l’article générique. Un orage de roses n’est pas l’orage des roses.

Deux autres jeux dans le texte allemand parmi les allitérations : dans le premier vers : Wohin/wir/ wenden/Gewitter. Et dans le dernier Folg/auf/fuβ.

Ces repérages opérés, le travail le plus intéressant reste à faire. Peut-être inachevé, mais exaltant. Tenter de trouver des équivalents en français.

Voici ma contribution. Elle vaut ce qu’elle est :


Dans le sale temps des roses

Où que nous nous tournions dans le sale temps des roses
la nuit est éclairée de dards, et le grondement
du feuillage, naguère un murmure dans les buissons
maintenant nous trace, nous talonne.
Je justifie mes choix de la façon suivante :


Avec “sale temps” je mets fin au couple mièvre orage/rose. Je retrouve aussi Wetter (le temps) qui est dans Gewitter.

Au vers 1 /nous/nous/tournions pour transcrire la répétition des w en allemand.

Au vers 3 Dards assone avec grondement. (d et r) Dans une version précédente je m'étais contenté de ceci : "la nuit est éclairée de dards et l'orage" assonance en inversant a et r. Le "d" de dards se retrouve dans le "du " devant feuillage.

Murmure (mais peut-être aussi bien “naguère si doux” comme chez FRD) pour rester dans le registre des sons (Dans ma première version je faisais l’impasse du tonnerre) et peut-être une réminiscence purement personnelle de Goethe et de l’Erlkönig : “mir leise verspricht”.

Au vers 4 maintenant/trace/talonne. (première version plus conventionnelle : "maintenant nous suit à la trace")

Un travail de fourmi en l’honneur des cigales.