Question curieuse… Il me semblait acquis depuis longtemps qu'ils ne rêvaient pas.

Ou si, à la rigueur, ils rêvent de ne plus avoir d'ampoules aux orteils, ou bien encore d'un bonnet qui ne serait pas ridicule.

Ils rêvent en vain d'atteindre un jour la tête de la ronde qui tourbillonne sur la glace (Certains en sont devenus fous).

Ils rêvent d'être seul sur la piste. Au volant de la dameuse.

Ils rêvent de leurs idoles. Surya, Linda, Philipe…

Ils rêvent alors d'avoir une nuque longue.

Ils rêvent alors à la tunique de gala, coupe serrée, paillettes et feutrines, à vous rendre malade un toréador. Ils rêvent au bouquet du vainqueur.

Ils rêvent de rattraper la jouvencelle qui, un peu plus loin, happée par la noria, tient sa copine par la main. Ils rêvent du dérapage qu'il faudra assurer devant elle pour qu'elle daigne poser un regard interlope sur leur Gore-Tex.

Et ils rêvent de trancher d'un coup de lame de patin le doigt du concurrent qui aura eu la malchance de chuter devant eux.

Le ballet tournoie ainsi sous l'œil impatient des marâtres enrôlées malgré elles dans l'onde de la toupie. Elles sont la trotteuse sur le cadran givré. Et elles ne rêvent que d'une chose : aller plus vite.

Clarika ouvre d'autres horizons. Et c'est bien là le propre de l'artiste : prêter un angle de vue original…Et peu importe si les réponses ne sont pas fournies… L'essentiel est encore de se poser la question. Un peu comme Jonasz s'interrogeant "Ou vont les rêves".

Les rêves comme les patineurs finissent sur le podium ou au vestiaire. Tout est question de détermination, bien plus que de déterminisme.