"C'est pas tell'ment qu'elles étaient belles, mais elles n'y sont plus"

constate Romain Dudek, dans la peau d'un ouvrier, au sujet des machines de son usine. Un patron voyou s'est fait la tchave en loucedé avec la tirelire et les bécanes. Dudek condamne, un brun résigné, sous un riff de guitare aiguisé, emmené par le martèlement mécanique de la boîte à rythme. Telle est la "poésie des usines" – le premier titre et celui de l'album.

Demandez au Ptits Lu d'Evry, aux smicards de Vilvorde, aux rebuts de Moulinex, pourquoi ils ont pleuré quand ils ont reçu leur lettre de licenciement. Sans doute entre autres parce qu'il y avait de la poésie dans leur usine.

Dudek sait être un artiste engagé. Engagement subtil qui parvient à ne jamais sombrer dans la démagogie ni l'accusation désinvolte agaçante. Une gageure !

Il détourne, il moque. Comme dans "40 vierges" : "Quarante vierges, quel enfer ! / Pardonnez-moi si je préfère / la solitude du tombeau / La compagnie des asticots".

Il y a parfois un air d'Higelin (70s-80s) dans les rythmes, dans les thèmes et dans la voix (la fantaisie en moins). La boutique aurait-elle enfin trouvé un digne repreneur !

Certes, on devine des mélodies parfois un peu poussives (ceci se révèle de manière flagrante à l'écoute du seconde CD, sorte de making-of du premier. D'ailleurs quelle est l'utilité de ce second CD ??).

Mais peu importe, son talent est ailleurs. Dans la confection des climats ("Etoile", "A mort l'amour"). En deux mesures, la scène se drape d'un décor éloquent. Les nappes sont bien senties. Toujours bien dosées, sans fioritures, simples et efficaces.

S'il y a de la poésie dans les usines, on en trouve aussi dans les mots et les notes de Romain Dudek.