Comme vous vous les avez trouvé belles ces longues bandes bleues qui strient nos collines de Provence ! Je sais que vous en garder le souvenir. Mais pour bien en profiter il faut venir plus tôt dans la saison (avant le 15 juillet). Je sais, ce n'est pas toujours facile. Surtout ne laissons pas disparaître cette richesse de notre belle Provence. En effet une concurrence très âpre met en péril ceux qui la cultivent (importation massive de lavande du moyen-orient et d'Europe de l'est, beaucoup moins cher pour les laboratoires). Imprégnez vous bien de ce court texte de Giono et juste après je vous raconte la lavande...

La lavande fleurit en juillet. Cette plante avait (et à toujours pour les provençaux) des vertus thérapeutiques. D'après le moine bénédictin Nicolas Alexandre elle guérit à peu près de tout, même du vertige et son odeur fait fuir les poux.

L'abbé Fournier la recommandait contre : le manque d'appétit; les flatulences; les coliques; les nausées; les migraines; les neurasthénies; les palpitations nerveuses et le sang à la tête... ! Saviez vous que la lavande est toujours utilisée par chez nous comme un épice ? Essayez donc avec un bon gigot d'agneau et vous verrez. Et le fin du fin, une soupe de melon glacé à la lavande. Je vous donnerais la recette, c'est fameux (même si le melon n'est pas de Cavaillon).

La culture de la lavande connût son apogée jusqu'au début des années 30 puis commença déjà à décliner face à la rude concurrence de produits importés. Les principaux départements producteurs étaient les Hautes-Alpes, la Drôme et le Vaucluse. Beaucoup d'entre vous n'ont vraisemblablement pas pu observer de près la lavande vraie (lavandula officinalis) car elle ne se développe pas en dessous de 600 m d'altitude. Elle n'aime que les sols calcaires très secs (comme la Montagne Saint Maurice entre Bourdeaux et Dieulefit). La lavande vraie se présente sans épis secondaires, en petites touffes violacées. Son huile est la plus recherchée par les laboratoires de parfumeurs. Ses dérivés entrent dans la catégorie des produits de luxe.

En revanche tous ceux qui sont venus en Provence ont pu sans doute croiser la lavandula latifolia, plus connu sous le nom de lavande aspic. C'est incontestablement la plus belle avec ses longues hampes florales à plusieurs épis. Elle n'aime pas vraiment l'altitude et adore les fortes chaleurs. Hélas son rendement est beaucoup trop faible par rapport à la lavande vraie déjà peu rentable (maximum de 20 kgs d'huile essentielle par hectare et autour de 7 kgs pour la lavande aspic - le flacon de véritable eau de lavande est cher !)

Mais on a su réaliser dans les années 20 une hybridation entre ces deux espèces naturelles. Le résultat est le lavandin (que vous voyez partout). Le rendement passe à 150 kgs/ha ! Le lavandin est extrèmement rustique et supporte sans broncher les étés un peu frisquets. On utilise l'huile du lavandin en parfumerie, mais aussi dans les désodorisants et elle sert pour aromatiser certains détergents. La plupart des commerces de grande distribution et de proximité vendent de l'extrait de lavandin. Un produit très agréable en soi mais qu'on fait trop souvent passer pour de l'extrait de lavande.

Un peu frustrant de se faire "refiler" l'un pour l'autre... Non ?!

Alain GRANADE

J'espère n'avoir pas fait trop de fautes de frappe !