Pour les beaux esprits du XIXè siècle, l'acrostiche peut être considéré comme une discipline sportive.

Voici une lettre qu'aurait écrite George Sand (née Aurore Dupin ) à Alfred de Musset :

* Je suis très émue de vous dire que j'ai
bien compris l'autre soir que vous aviez
* toujours une envie folle de me faire
danser. Je garde le souvenir de votre
* baiser et je voudrais bien que ce soit
là une preuve que je puisse être aimée
* par vous. Je suis prête à montrer mon
affection toute désintéressée et sans cal-
* cul, et si vous voulez me voir aussi
vous dévoiler sans artifice mon âme
* toute nue, venez me faire une visite.
Nous causerons en amis, franchement.
* Je vous prouverai que je suis la femme
sincère, capable de vous offrir l'affection
* la plus profonde comme la plus étroite
en amitié, en un mot la meilleure preuve
* que vous puissiez rêver, puisque votre
âme est libre. Pensez que la solitude où j'ha-
* bite est bien longue, bien dure et souvent
difficile. Ainsi, en y songeant j'ai l'âme
* grosse. Accourez donc vite et venez me la
faire oublier par l'amour où je veux me
* mettre.


Musset suivit l'étoile, et il s'empressa de répondre :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage,
voulez-vous qu'un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d'un coeur
que pour vous adorer forma le Créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
couche sur le papier ce que je n' ose dire.
Avec soin de mes vers lisez les premiers mots :
vous saurez quel remède apporter a mes maux.


Sand, par sa réponse, montra qu'elle avait bien compris :

CETTE insigne faveur que votre cœur réclame
NUIT à ma renommée et répugne à mon âme.


Ou comment dire oui en écrivant le contraire ...