Là-bas, à l’Est, les raisins de la colère ont été cueillis sous la neige, et distribués au peuple affamé.
Grappes couleur de sang.
Sur la place dévastée, c’est un repas de fête, après les combats.

Un feu d’artifice géant crève de ses éclats la fumée et la cendre, un rideau de flammes protège les convives de l’armée mercenaire en embuscade.
A l’avant-scène, corps alignés de jeunes hommes, morts la rage au ventre, une balle en plein cœur.

Ici, chez nous, la vie suit son cours d’eau fuyante. Nos yeux ont bien perçu la rugosité meurtrière de ce monde lointain qui frappe à notre porte. Ils s’en sont offusqués, puis ont oublié.

Bientôt, le printemps verra renaître la germination au creux des ventres féconds, grains de mil des jours lumineux.
Là-bas, on s’efforcera d’effacer l’hiver, et le sol dur sur lequel glissent les larmes des mères endeuillées.

E.M.