Le peintre choisit ses pinceaux, ses couleurs.
Il a vu l’horrible carnage, sent monter sa colère.

« Que passent
Sur ma toile inerte,
Les gestes brutaux des barbares,
Les saccades de la douleur,
Et la fuite éperdue des pourchassés.

Que jaillissent
Sur ma toile blanche,
Le carmin des blessures
Sous le ciel d’Avril,
Les ocres des incendies
Et la noirceur des bourreaux !

Que hurlent
Sur ma toile muette
Les cris des femmes éventrées,
Le gémissement sourd des enfants
Et le silence des morts. »
E.M.

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La Poétesse

Ils cuisinent la vie
L’accommodent à toutes les sauces
Ajoutent toujours de l’eau à leur vin

Ils m’ont chaque jour seriné
Mes devoirs mes contraintes
Me tricotant à leur image
Me mariant à leurs habitudes.

Alors j’ai brisé le moule
Déchiré mes dentelles
Et nue
Dépouillée de tous mes oripeaux
Je me suis réfugiée dans ma grotte secrète
Pour retrouver mon corps et mon langage.

Là j’éclos chaque matin
Et je mets des mots
Fruits de mes entrailles
Sur mes fulgurances.

Je suis le masculin et le féminin
Je suis les pierres du chemin
Et les racines de l’arbre
Le nuage et la pluie
L’ombre et la lumière
Le loup et l’agneau.

Je suis la voix des amoureuses folles
Et la voix du mendiant.
Je suis le puissant et le pauvre
Au plus profond de moi
Au plus profond des choses

Pour dire le Poème du monde.

E.M.