Depuis maintenant sept ans, M Etsuo Miyoshi consacre une partie de ses revenus (sans conteste fort élevés) à faire paraître dans les grands quotidiens européens des pleines pages de publicité en faveur de la langue équitable "espéranto".

Signe des temps: l'idée qui enthousiasmait tant de gens dans l'entre-deux guerres, l'idée qui progressait grâce au volontarisme de nombreux militants associatifs, potitiques, syndicalistes... a progressivement perdu du terrain après la Libération de 1944.

Il faut dire que les héros de la Victoire n'étaient pas seulement le Général De Gaulle ou le Maréchal Leclerc, mais aussi les G.I s distribuant généreusement bas nylon, chewing-gums ou cigarettes... Puis vint le Plan Marshall, et enfin la guerre froide, ainsi qu'un embryon d'Europe.

Il fallait à cette Europe un moyen de communiquer.

Il était hors de question d'utiliser l'allemand, langue des ex-nazis... L'Italie et l'Espagne étaient des pays de peu d'importance, presque des "sous-développés". Le reste de l'Europe appartenait au bloc communiste. C'est donc l'anglais, langue des vainqueurs, qu'on introduisit progressivement dans les établissements secondaires.

Pourtant, cinq décennies après cette intronisation de la langue anglaise comme moyen privilégié (et perçu comme ultra moderne) de communication, les résultats restent assez médiocres.

Certes, le consensus semble presque total autour de l'anglais comme "lingva franca", mais les voix ne sont pas rares qui s'élèvent contre la pauvreté du "globish", et les échecs de nos compatriotes à le maîtriser (échecs, qui, on doit le dire et le faire savoir, se produisent en tout aussi grand nombre en Italie, au Portugal, au Japon, en Chine etc...)...

En ce qui concerne l'ordre linguistique, quels moyens ont donc les espérantistes pour compenser la "pensée unique" dominante ? Très peu. Leur enthousiasme et leur bonne volonté. C'est beaucoup, mais c'est insuffisant pour obtenir des résultats rapides.

Nous sommes donc reconnaissants à M Etsuo Miyoshi de mettre son argent au service d'un idéal humaniste, généreux et réaliste...

Ci-dessous, les images des deux pages de publi-information parue ce jour dans Le Monde.