Gaspar Cassado est né en 1897 dans la capitale du libre créer.
Les fées ont un peu attendu avant de se pencher sur son berceau, mais, à l’âge de dix ans, les coups de baguette magique qu’il reçoit sur le bout des doigts pendant ses leçons de musique, viennent de Ravel, Manuel de Falla et Pablo Casals.
Dans les pas de ces trois icônes, et avec toute cette Espagne qui coule dans ses veines, il ouvre la route d’une expression fabuleuse.
La suite pour violoncelle seul qu’il écrit est un chef d’œuvre musical, une peinture, un ballet.
Quand on l’écoute, on voit briller la gouache des trois tableaux qui la composent (Prélude, Sardane et Danse Finale) et on voit distinctement voler la robe noire de la danseuse.
On est en Espagne dès les premières notes du prélude. Le soleil écrase tout. Quelques rayons sont reflétés furtivement par des objets qui bougent, comme des éclats de diamant sur la musique.
Une langueur s’installe. Le timbre chaleureux et plein du violoncelle nous envahit.
Une brise virevolte dans quelques branches, réveille les feuilles qui clignent au soleil et s’immobilisent à nouveau.
On est frappé par la liberté de l’expression, comme si l’écriture n’était attachée à aucune règle musicale de rythme ou de tonalité, livrée au gré du vent.
La Sarabande du deuxième mouvement est légère, gaie, estivale, traditionnelle. Le violoncelle superpose plusieurs lignes mélodiques qui se croisent, vont crescendo et reviennent.
Une petite montée très fine nous prend par les tripes à plusieurs reprises et nous libère avant que l’émotion ne nous envahisse.
La Sarabande se termine trop rapidement, dans un petit tourbillon gracieux, laissant sur nos lèvres un sourire de bonheur.
L’Intermezzo et la Danse finale du troisième mouvement, sont un rêve éveillé. Une place du sud de l’Espagne, devant l’église à l’heure la plus chaude. Une danseuse s’avance doucement, ses pieds caressent le sol. On entend la toile de sa robe souffler le sable de la place. Le soleil l’illumine. Elle passe devant l’église, lentement et délicatement, comme pour prendre la mesure de la scène.
Et puis elle s’élance…
Cette interprétation de Tatjana Vassilieva est un bijou...