Casquette bleue et pieds bandés, plus griffu qu’un dragon, le chinois fourbe et cruel alimente les préjugés de l’Europe depuis des siècles. Tintin le dit, l’Occident le suit : Les nattes, le riz et les baguettes ont la vie dure ! Mais….

Son regard de mère examine en douceur la vie quotidienne exposée à la rue. Ses yeux la font pénétrer dans l’intimité des familles et des groupes. De la cuisine au jardin, des bains publics au marché, elle recueille les témoignages infimes. La vie s’écoule de saison en saison sans heurter la cadence des moments de la journée. Ca gèle fort. La bouilloire fume sur le trottoir. Les verres de thés circulent de mains en mains. Ca sourit aussi fort que ça gèle. Des sourires partout. Même le livreur de charbon à vélo s’y met. Même les mémés en fichu accompagnant le dragon en musique.

Cultivé en France, son regard se dirige naturellement vers ce qui est devenu invisible aux yeux des acteurs de la Chine actuelle. Le bambou, la vapeur, et l’activité permanente de toutes les femmes qui travaillent, élèvent l’enfant, préparent, lavent, brodent, mangent, et vieillissent. A la campagne, elle fige de justesse la beauté d’un seau en bois gravé et laqué. Les villageois rigolent. Ce pot de chambre aurait eu sa place au musée Guimet…La transmission des gestes et des objets quotidiens s’effectue en dehors des mots.


Les temps changent. Il joue encore aux cartes ou aux échecs dans la rue avec ses copains. Il partage un bol de riz avec son enfant, devant la boutique. Avec ses amies, son corps fume en coeur aux bains publics. Il fait nuit, elle pédale en solitaire vers son village, après le marché. Et quand le jour se lève, elle balaie devant la maison, la lessive sèche au-dessus du canal. La fête est bientôt là, et les pétards rempliront l’air. Les esprits sont immortels. Les images du quotidien, ses gestes, ses objets, démythifient les préjugés européens. D’un jour à l’autre, les mêmes rites de la vie sont accomplis. Seule la façon change. Comment ? Pourquoi ?

Ensemble, la femme occidentale, l’épouse, la maman, la photographe sont parties à la rencontre de ses soeurs chinoises pour établir des liens. Avec l’obsession de découvrir ce qui les rapproche, ce qui les éloigne. Avec la hantise de sauvegarder le geste, le regard ou l’objet qui pourraient disparaître. Avec la rage de conserver ce qui passe déjà dans la moulinette de la standardisation et du formatage de l’ouest. Compagnon de la recherche, le témoignage devient la composante première de la compréhension et du rapprochement.

En évitant le passéisme et l’ethnosociologie à la petite semaine, le regard peut se faire papillon et accueillir sans jugement les témoins de moments simples mais essentiels. Un banquet de famille, le repas d’anniversaire d’un grand-père, le mariage (à l’ancienne) du fils, l’arrivée du bébé, la préparation du nouvel an dans une famille d’agriculteurs, les soldes entre copines dans une petite ville, un thé partagé dans l’intimité d’un peintre.

Je veux apprendre et découvrir ce que je partage avec quelques femmes chinoises, des mères, des épouses, des travailleuses, et des curieuses aussi. Le vase Ming n’est plus la monnaie culturelle en usage entre la Chine et l’occident. Mais la recherche et la découverte sont sans fin, c’est pour cela que je pars, et repars.

IC.EL

Avril 2007