Agée de plus d’un demi-siècle en France, cette association offre la possibilité aux enfants, malmenés par la vie, de grandir au sein de leur fratrie dans un univers protégé. A l’occasion des trente ans de leur centre, l’antenne de l’association à Marseille a souhaité dresser un bilan et s’est intéressée plus particulièrement au devenir de ses pensionnaires devenus adultes. L’étude a été confiée à une chercheuse de l’INSERM, Annick-Camille Dumaret, docteur en psychologie.

Les candidats à cette étude étaient tous des enfants ayant fait un séjour prolongé (au moins 3 ans) dans le centre marseillais avec leur fratrie et n’étant plus pris en charge depuis au moins trois ans. Plus d’une centaine de personnes ont été interrogés par voie postale puis, pour plus de la moitié, par interview. Ils sont âgés, aujourd’hui, en moyenne, de 36,5 ans (entre 23 et 50 ans). La plupart étant issus de familles en très grandes difficultés.

Les points positifs sont nombreux. Les personnes interrogées « considèrent comme une chance d'être restés avec leurs frères et soeurs et d'avoir bénéficié d'un cadre éducatif et affectif stable au village d'enfants SOS ». Ils sont, pour la majorité, bien intégrés dans la société, travaillent et ont une vie de famille. Prés de la moitié ont un contact hebdomadaire avec les autres membres de la fratrie et environ un tiers avec la mère SOS qui s’est occupée d’eux pendant leur séjour. Peu reproduisent les violences dont ils ont été victimes.

Néanmoins, ce rapport met également en lumière les difficultés rencontrées par les jeunes à la sortie du Village. Comme le souligne l’étude « beaucoup mentionnent un passage abrupt entre le milieu protégé du Village d'Enfants et la confrontation avec les exigences d'adaptation à la réalité extérieure. » Environ 15% ont rencontré des problèmes temporaires avec la justice, la police, la violence, la dépendance…Néanmoins, une grande majorité a acquis une indépendance complète avant 26 ans. Reste environ 20% qui présentent des problèmes psychiques, sont isolés et faiblement insérés dans la société, les hommes sont les plus touchés. Enfin, le principal point noir demeure les études. 40% n’ont aucun diplôme (contre 15% dans la population en général). Les femmes sont, majoritairement, employées et les hommes ouvriers. « Ces deux […] catégories socio-professionnelles sont sur-représentées par rapport à la population française. » La moitié regrette d’avoir interrompu trop tôt leurs études.

En conclusion, le bilan est, globalement, positif. La grande majorité a réussi son insertion sociale et mène une vie « normale ». Le village d’enfants SOS a permis, à ces jeunes, de conserver des liens familiaux. L’intérêt de la fratrie n’est plus à démontrer, reste à améliorer la transition entre le foyer et la vie adulte notamment en facilitant l’accès aux études.

Source : Nouvel Observateur