On se le fait répéter depuis au moins trente ans : nos habitudes de vie sont la cause directe ou indirecte de plusieurs maladies. Les maladies cardiaques et les cancers en tous genres, premières causes de mortalité dans les pays occidentaux, sont évidemment du lot. Bronchite chronique, emphysème, diabète de type 2, hypercholestérolémie, hypertension, obésité et ostéoporose en font aussi partie.

Mais, comme chacun le sait, il ne suffit pas de savoir que le tabagisme cause le cancer du poumon pour cesser de fumer. Il ne suffit pas de savoir que nous mangeons trop et mal pour changer des habitudes alimentaires. Et il ne suffit pas de savoir que l'exercice est essentiel à une bonne santé pour aller au gym ou faire la course trois fois par semaine, au moins 30 minutes...

En fait, nous avons sous les yeux plusieurs exemples qui montrent ce qu'il faut faire afin de changer, pour le meilleur et pour le pire, les habitudes de millions de gens. Regardons un peu ce qui s'est passé pour le tabagisme et pour les habitudes alimentaires.

En 1965, au Canada, 61 % des hommes et 38 % des femmes fumaient. En 2007, ce taux n'était plus que de 20,4 % chez les hommes et 18,1 % chez les femmes. Au Québec, il se situait à 22,2 % chez les hommes et 21,3 % chez les femmes. Comment a-t-on renversé une habitude entraînant une si grande dépendance? On a commencé à véhiculer un message négatif sur l'usage du tabac. C'est ce qu'on appelle faire de la dénormalisation sociale. Ensuite, on a peu à peu augmenté le coût des cigarettes, on a interdit leur publicité et, finalement, on a introduit des lois interdisant l'usage du tabac dans les lieux publics, en milieu de travail, etc. Autrement dit, on a tout fait ce qu'il était socialement possible de faire sans forcer les fumeurs à entrer dans la clandestinité totale. Le reste relève des individus.

J'ai pris connaissance, il y a quelques semaines, d'une évolution inverse en ce qui concerne les habitudes alimentaires. Selon cet article, pas moins de 75 % des Grecs présentent un surplus de poids et 25 % sont carrément obèses, un taux comparable à celui des États-Unis. Les Espagnols et les Italiens suivent de près. Qu'est-il donc arrivé au régime méditerranéen dont nous faisons la promotion ici même sur PasseportSanté? Selon l'expert de la FAO (Food and Agriculture Organization - ONU), les Grecs se sont simplement mis à manger en trop grosses quantités, trop gras, trop sucré et trop salé. Ont-ils « décidé » de changer leur alimentation? J'en doute. Ils ont simplement acheté ce qu'on leur offre dans les supermarchés et qui va de pair avec un mode de vie plus sédentaire et plus prospère.

Ce qui ressort de ces deux histoires à l'opposé l'une de l'autre, c'est que le contexte est probablement plus déterminant que la volonté dans l'évolution des habitudes individuelles. Et il existe de multiples exemples, positifs et négatifs, qui le démontrent. Les effets négatifs semblent aller avec l'arrivée de grandes compagnies ayant les moyens de créer une demande pour n'importe quel produit et de produire à bon marché. Les effets positifs les plus spectaculaires sont ceux du rationnement en temps de guerre.

En Europe, durant la Deuxième Guerre mondiale, la mortalité due aux maladies cardiaques a soudainement baissé parce que la disponibilité des gras alimentaires a été fortement réduite. Plus récemment, à Cuba, au début des années 1990, le taux d'obésité et de mortalité due au diabète et aux maladies cardiovasculaires a chuté de manière importante lorsque le nombre de calories disponibles quotidiennement a été réduit durant plusieurs années et les gens forcés de marcher parce que l'essence était rationnée.

Les auteurs de l'étude sur Cuba concluent en écrivant : « Dans les sociétés contemporaines, où plus de la moitié des individus souffrent soit d’embonpoint, soit d’obésité, des interventions à l’échelle des populations visant à maintenir le poids corporel à l’intérieur des limites de la normale sont tout indiquées pour prévenir des maladies comme le diabète et la maladie cardiovasculaire. » Si vous traduisez en clair les « interventions à l'échelle des populations », ça signifie simplement des lois ou des interventions pour restreindre la disponibilité de ce qui est nocif et augmenter la facilité de faire ce qui est souhaitable.

Certes, le choix final relève toujours de chacun de nous. Dieu merci, nous n'avons pas à attendre que le gouvernement impose une loi pour changer nos comportements. Mais parlez-moi de l'efficacité des campagnes sur la saine alimentation quand 90 % des publicités de bouffe nous invitent chez McDo, Subway, Tim Horton et autres Pizza Delight et que leurs néons s'affichent de manière ostentatoire dans le moindre village. Je suis toujours étonné par la quantité de contenants de deux litres de boissons gazeuses dans les paniers d'épicerie de mes concitoyens. J'ai l'impression qu'il y a un message qui ne passe pas... ou qu'il y en a d'autres qui passent trop.

Vous avez les données du problème. Passons aux solutions. Si vous aviez à évaluer globalement vos habitudes de vie (alimentation, activité physique, comportements, tabagisme, etc.), diriez-vous qu'elles sont excellentes, bonnes, plus ou moins bonnes ou mauvaises? Et si vous aviez à décider une « intervention à l'échelle des populations », quel type d'intervention choisiriez-vous? Pensez-y, vous voulez influencer les habitudes de millions de gens...


Sources
> Enquête de surveillance de l'usage du tabac au Canada, 2007. Statistiques Canada
> Un régime au musée
> La réduction de l'obésité et ses possibles répercussions : que nous apprend la « période spéciale » des Cubains?