(Baldaux la traduko en esperanton. Vi ne hezitu helpi min, mi tion multe bezonas)
(Mi ne ĉiam samopinias kun tio teksto, sed tiu debato pri turismo ŝajnas al mi tre interesa por esperantistoj, ĉu ne ?)

Le tourisme, un sens interdit ?
La turismo, ĉu "malpermesita irejo" (vojmontrilo) ?

Voyageur ici, touriste Là-bas. Partir pour se découvrir, mais comment ? Dans notre société de vitesse, le tourisme, produit de consommation, a-t-il encore un sens ? Le tourisme et le voyage posent question. Voici quelques éléments de réponse de Franck Michel*.
Vojaĝanto tie, turisto ĉi tie. Iri por sin malkovri, sed kiel ? En nia societo de rapideco, ĉu turismo, konsuma varo, ankoraŭ havas sencon ? Turismo kaj vojaĝo estas temoj pri kiuj ni havas demandojn. Jen kelkaj repondaj eroj de Franck Michel*.

Friture : Comment selon vous va évoluer le voyage ?
Franck Michel: Aujourd'hui, il est nécessaire de retrouver du sens. Avec la soi-disant démocratisation du tourisme et cette volonté de consommer le voyage comme on consomme des tomates, le tourisme devient problématique. Pour rechercher du sens dans le voyage, il faut chercher dans l'esprit de Nicolas Bouvier ou des gens de la même trempe pourquoi on voyage. D'une certaine manière, voyager c'est se dépouiller. C'est revenir aux fondamentaux que sont l'humilité, la rencontre, le respect, la tolérance, tout ce que l'on a tendance à oublier dans nos sociétés de vitesse.


R: Le voyageur n'est pas obligé de partir loin pour faire des voyages qui ont du sens et qui remplissent.
F.M.: Bien sur, voyager localement est un complément au tourisme lent, qui est à la mode. Préférer la marche à pied à l'avion, la bicyclette à l'automobile, c'est quand même dans l'air du temps. Le tourisme de proximité est très intéressant, comme redécouvrir la banlieue, sa petite ville ou ce qui se passe à 50 kilomètres de chez soi. Un autre aspect à relever est le voyage à domicile, c'est le tourisme virtuel. Aujourd'hui, on voyage de chez soi. Regardez tout ce que l'écran, petit ou grand, permet.

R: Donc, non aux voyages virtuels, lointains bouffeurs de kilomètres et de C02, et oui aux découvertes locales, fraternelles et conviviales!
F.M. :Tour à fuit, et d'une certaine manière ce qu'il faut faire, c'est la peau au tourisme, en le disant gentiment, en essayant de retrouver le sens du voyage. Quand je dis tourisme, ce n'est pas seulement le tourisme de masse, c'est aussi toutes les niches dans lesquelles se love le tourisme qui sont des pis-aller. C'est bien évidemment mieux de faire du tourisme solidaire, équitable ou durable, mais on ne fait que panser une plaie dans la logique de mettre du sparadrap sur quelque chose qui ne marche pas bien, c'est-à-dire le tourisme comme vecteur de mondialisation. Les peuples du Sud et du Nord s'interrogent sur le bien-fondé de l'acte même de pratiquer le tourisme. C'est pour cela qu'il faut revenir à d'autres visions. Je ne dis pas qu'i! faut arrêter de voyager, cela ne veut rien dire. Il n'y a rien de plus important que la découverte et rien de plus formateur que le voyage.
 

R : Mais quel voyage?
F.M. : Ce n'est pas avec les voyages en groupe et formatés par le sceau d'une authenticité complètement fabriquée que l'on va pouvoir rencontrer l'autre et l'ailleurs. Je pense que l'on connaitra mieux les Mongols en plantant une yourte dans son jardin qu'en partant faire un trekking hors de prix aux confins de la Mongolie, où tout sera organisé à l'avance et surfait.
Il faut se méfier de cette vogue où tout le monde doit partir. Le pire sont ces voyages week-ends  où l'on part très loin, comme à Marrakech parce que cela coûte moins cher que d'aller à la forêt de Fontainebleau.


R : Dans quelles dispositions faut-il se mettre pour sortir de la figure du touriste et être un voyageur en Midi-Pyrénées ou ailleurs?
F.M.: Il faut essayer de laisser tomber le côté organisation du voyage pour redécouvrir les vertus d'un voyage indépendant et retrouver une certaine autonomie en voyage. La liberté n'est pas facile mais tellement jouissive qu'il est intéressant de la conquérir. Notamment par le biais du voyage en redécouvrant l'imprévu, l'inconnu, l'indomptable et toutes ces choses que l'on ne peut pas vous voler. On ne peut pas voler le plaisir de voyager ou de rencontrer quelqu'un et ça je pense que cela s'acquiert par l'humilité, la modestie et la curiosité. Il faut être le plus ouvert possible en évitant de s'imposer, en écoutant ce que les gens ont à dire au lieu de parler, par exemple.


R : Est-ce que cela veut dire qu'il faut prendre des risques?
F.M.: Évidemment, on ne peur pas voyager si l'on est dans aucune prise de risque. La sécurisation est une plaie de notre siècle. Le touriste veut le beurre et l'argent du beurre, c'est-à-dire l'exotisme plus le confort.

Propos recueillis par Florian Vair Piova
Illustration: Yann Normand
• Né le 17 mars 1965 Franck Michel est anthropologue, écrivain et historien. Il enseigne à l'université de Corse (Gorte) au sein de la filiène Tourisme. Il anime l'association Déroutes &.
Détours, avec un projet à Bali, et son Centre de Recherche sur le Voyage, qui s'occupe notamment de publier la revue en ligne l'Autre Voie, (Strasbourg).
www.deroutes.com

Interview paru dans le numéro 5 du Magazine Friture.