En mars dernier, Google s'est vu remettre aux Big Brother Awards une « récompense » attribuée par une association de défense de la vie privée. Mais Peter Fleischer, le porte- parole de Google pour les questions de protection des données, n'était pas présent ce jour-là. Dommage, il aurait pu marteler son message : « Il n'y a pas de service de renseignements derrière Google. Nous respectons la vie privée des gens. »

Peut-être. Google enregistre chaque jour des milliards de données. Il n'est pas seulement capable de connaître nos habitudes de navigation, notre âge, notre sexe ou notre ville de résidence. Il lit aussi le courrier des utilisateurs de Gmail pour leur adresser des publicités ciblées. Il garde en mémoire les coordonnées bancaires ainsi que les achats effectués par ceux qui utilisent son service de paiement sécurisé (Google Checkout). Avec Google Health, il s'apprête même à conserver les dossiers médicaux des internautes.

Des garde-fous réglementaires

De quoi inquiéter les autorités de Bruxelles, qui planchent sur des garde-fous réglementaires. De leur côté, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil) et ses équivalents dans les 26 autres pays de l'Union ont adopté de nouvelles mesures de contrôle. Par exemple, « la durée de détention des informations devra être de six mois et non plus de dix-huit, comme Google le pratique encore », explique Alex Türk, le président de la Cnil.

Les particuliers ne sont pas les seuls concernés par l'omniscience de Google. La firme vend aussi son moteur de recherche à des entreprises ou à des institutions, comme la Société générale ou même la présidence de la République, pour explorer et classer leurs documents internes. Elle commercialise à faible prix une suite de logiciels via Google Apps (Google Docs, Gmail, Google Calendar...), dont les informations sont stockées sur les serveurs de Google, notamment aux Etats-Unis. « Là-bas, le Patriot Act permet aux autorités d'accéder au contenu des serveurs situés sur le territoire américain », met en garde Alain Juillet, haut responsable chargé de l'intelligence économique. « Dans le cadre professionnel, estime Benoît de Saint-Sernin, le directeur de l'Ecole européenne d'intelligence économique, utiliser Gmail, Google Docs, voire le moteur de Google, revient à parler d'un dossier confidentiel en public : c'est risqué. »

 

 

source : l'expansion.com