Situé à Mazères, entre Langon et Bazas en Gironde (33), le château de Roquetaillade est incontestablement un site digne du plus grand intérêt historique. En effet, dès la préhistoire, les hommes se sont enracinés sur ces lieux, profitant des grottes pour se réfugier, et du promontoire pour se défendre. Charlemagne, en route vers les Pyrénées avec Roland, y éleva la première fortification : une motte. Avec le développement des techniques de construction et de défense, la forteresse passa du bois à la pierre… Le château vieux, en ruine, date du xie s. Elle s'agrandit ainsi à chaque génération de seigneur.

En 1306, avec l’autorisation du roi Edouard I d'Angleterre17 juin 1239 – †7 juillet 1307), le Cardinal de la Mothe, neveu du Pape Clément V, édifia une deuxième forteresse : le château neuf. Contrairement au château vieux, le château neuf, est conçu comme un tout. Celui-ci, de plan carré aux dimensions plus ramassées, comprend des fortifications flanquées de six tours ceinturant un donjon central qui domine l’ensemble. Cette présence d'un donjon central fait de La Roquetaillade un patron unique dans l'architecture de la région. Tout est bâti en pierre dure ! Encore maintenant, on constate que les murs sont tout à fait d'aplomb, sans aucun affaissement. Les voûtes sont dans un état parfait de conservation. Mais, une question vient cependant à l'esprit : pourquoi le cardinal de la Mothe avait-il abandonné un château presque neuf pour en faire bâtir un autre ? Il semble qu’il y aurait plusieurs explications plausibles à cela. À l’aube du xive siècle, les seigneurs recherchaient davantage le confort et n'aimaient plus rester enfermés dans des tours sombres et étroites. Le cardinal voulait certainement aussi suivre l'exemple de son oncle, Bertrand de Got (°~1264 Villandraut -†20.IV.1314, Roquemaure), devenu le pape Clément V, dont le palais-forteresse d’Avignon était tout à fait au goût du jour… C’est ainsi que le nouveau château de la Roquetaillade, révolutionnaire pour l'époque, alliait à la fois l'art militaire, le besoin de se défendre de même que la recherche du confort. Le château de la Roquetaillade, ainsi que les autres châteaux dits : « Clémentins », sont les premiers exemples de palais châteaux-forts en France.

Au xixe s. le réputé architecte Eugène Violet le Duc y accomplit l’une de ces plus grandes restaurations.

Toute l'histoire architecturale de La Roquetaillade est indissociable de celle des quatre familles qui s'y sont succédé. Au xiie siècle, La Roquetaillade appartenait aux seigneurs de la Mothe qui s'étaient engagés dans le parti anglo-gascon, comme la plupart des autres seigneurs de la région, suite au mariage, le 18 mai 1152, d’Aliénor d’Aquitaine (dite également Éléonore de Guyenne) (°1122 ou 1124 - †31.III.1204 ou le 1.IV.1204 à Poitiers) avec Henri II Plantagenêt (°5.IV.1133 – †6.VII.1189). Un de ses plus illustres représentants fut le cardinal de la Mothe celui-là même qui fit construire le château neuf en 1306. En récompense de son engagement au côté des Anglais, Gaillard de la Mothe avait reçu en 1313 l'archidiaconat d'Oxford, parmi d'autres privilèges. Malgré son absentéisme incessant, il sollicita sa prébende, mais l'université déclina de la lui verser. De 1326-1347, un long procès se déroula auquel furent mêlés le pape Jean XXII, le roi Edward III, de nombreux hommes politiques anglais et des personnalités religieuses.

Une des originalités de Roquetaillade, c'est que le château s'est presque continûment transmis par les femmes. Demeure toujours privée, La Roquetaillade appartient depuis 700 ans à la même famille…