LA FORÊT

"J'assiste au balancement de la forêt sous le vent. Je suis comme au bord de la mer, dans une pleine et sonore ambiance de force, dans une délicieuse dilatation de moi-même. Le souffle roule autour de moi la verte masse élastique, et compose de feuilles battantes, de bois qui craquent et sifflent, une épaisse et ronde rumeur.

Voici les clameurs végétales et toutes les orgues de la terre.

Foule tumultueuse et puissante !

Le vent visible, le souffle sans élocution me fait appel.

Que, de mes mains, je rythme, que je conduise ces turbulentes musiques, et qu'à la forêt toute bruissante, je dise :

"Dieu aime tes élans admirables, le balancement de tes forces ! Il aime l'essor, le désir, le battement de ton coeur dans la lumière et cette louange qui monte de la profondeur de tes pieds jusqu'à la bouche de tes derniers bourgeons !"

Félix-Antoine Savard, L'abatis, Fidès, Montréal & Paris, 1943.