Il m'est arrivé un truc très singulier ce matin.

J'ai mis un cd dans le lecteur, un disque que je n'ai pas écouté depuis longtemps : "Just like that" par "Toots & The Maytals", sans doute, et de loin, mon groupe préféré parmi une moultifude.

Et là, dès les premières notes du titre éponyme de l'album, me voilà sujette à des sanglots impossible à brider.

A la fois désarçonnée et embarrassée, je tente de sonder ma mémoire pour y déceler un embryon d'écho qui éluciderait cet effet sur mon attitude malgré tous mes efforts pour l'entraver.

En même temps, la mélodie ne prête pas à l'hilarité, il est donc fort possible que ce ne soit que sensiblerie. Oui, c'est sûrement cela. Je suis juste fatiguée.

Mes larmes persistaient et petit à petit, un flash, une image ; progressivement la scène dans son intégralité me chavirait, faisant redoubler mes pleurs d'intensité.

Je suis dans le train, le nez collé à la vitre, le balladeur sur les oreilles à écouter cette musique en regardant le paysage défiler à grande vitesse. Je suis triste.

Mon père m'accueille à la gare. Je m'écroule dans ses bras tendus vers moi. Nous montons en voiture avec mon oncle préféré. Nous rejoignons la famille réunie au grand complet  à la cuisine dans un éminent silence.

Ma grand-mère paternelle vient de mourir.

La veille, j'étais anesthésiée le matin pour me réveiller douloureusement à la mi-journée et me laisser emporter par la réalité à laquelle je ne prêtais guère d'attention puisqu'il fallait le faire. Nous n'avions pas d'autres solutions.

Le "bébé" serait presque majeur aujourd'hui.

C'était un 10 juillet et deux personnes sont mortes, emportant un morceau de mon âme sans que je m'en aperçoive.

C'était trop tôt.

Je n'avais que 20 ans.

Aujourd'hui, il n'est pas trop tard pour en souffrir et que s'éveille la douleur enfouie. Je n'avais alors pas les armes pour l'apprivoiser. La prendre dans mes bras, l 'apaiser et lâcher prise. Non, je l'ai escamotée, ensevelie pour qu'elle ne m'importune pas et qu'elle me quitte le plus rapidement possible pour me permettre de poursuivre ma route.

Aujourd'hui, j'écris cela pour tout ceux qui ne savent pas correctement souffrir car ils n'ont pas la maîtrise de leurs sentiments. Une blessure doit être acceptée, voire partagée pour mieux l'appréhender. Ne souffler mot, la cacher et elle remontera à la surface tôt ou tard.

Aujourd'hui, je conçois qu'il n'est donc jamais trop tard pour le chagrin. Et que nous devrions apprendre, dès notre plus jeune âge, à dompter nos peines pour éviter qu'elles ne ressurgissent à un moment inopportun. L'accueillir sans pleurnicher abusivement et sans l'enfouir non plus.

Comme en toute chose, nuance garder et affronter le coeur vaillant !

Amen