Elle avait dans les yeux la mélodie naissante
Des printemps d'or poudré, en floraisons clinquantes.
Dans ses gestes gracieux on pouvait découvrir
Les bonheurs de l'attente en prémices avenir...

Sous ses doigts délicats toute chose devenait
Un trésor bucolique de fleurs étaminées.
Des bouquets rouges et blancs, aux jaunes éclatants,
La nature chantait là, symphonie du vivant...

Par un matin vert tendre, elle croisa sur sa route
Un gnome repoussant, coeur de haine et de doutes,
Un être déformé, faciès dur et cruel
Dont même le regard, sur tout, dardait son fiel...

Il lui lança, acide, sortilège mauvais,
Ne pouvant supporter de voir tant de beauté.
Mais la douce angélique, sans besoin de parade,
Par un simple sourire, évita l'estocade...

Elle lui tendit la main, déplia les phalanges,
Sur le visage hideux, offrit caresses d'anges
Lui murmura son nom : " je m'appelle Ephémère...
De ma bonté je peux, guérir ton coeur amer... "

Il asservit son bras, et par un coup de griffe
Lacéra la peau blanche sans qu'elle se rebiffe
Il la déchiqueta, avala les morceaux
Et en grognant lécha, ses pattes de bourreau...

Ses yeux soudain brillèrent, une vague impromptue
Montait depuis son ventre, jusqu'à son nez crochu
Il sentait brusquement une vive métamorphose
De sa peau, de son coeur, de son âme morose...

Ses griffes disparurent, ses crocs s'égalisèrent,
Sous le cuir de sa peau coulait un sang nouveau
L'esprit s'illumina tel un brillant joyau
Et sa voix murmura : " je m'appelle Ephémère... "

Elle avait dans les yeux la mélodie naissante
Des printemps d'or poudré...

 

[Chris]