LA FAIBLESSE DE LA FORCE DE L'ART
Le 24 avril 2009, à Paris, la seconde édition de l’exposition la Force de l'Art ouvre ses portes. Cette manifestation triennale, organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication, le Centre National des Arts Plastiques et la Réunion des Musées Nationaux, comporte trois volets. L'un voit 7 artistes, Les Visiteurs, investir des lieux hautement symboliques de la capitale ; l'autre volet, Les Invités, consiste en un « festival d'événements et de performances ». L'élément central, Les Résidents du Grand Palais, est une exposition qui se tient sous la nef centrale, jusqu'au 1er juin.
Parmi les 42 artistes Résidents, seules 7 femmes sont présentées : Véronique Aubouy, le duo Butz & Fouque, Frédérique Loutz, Anita Molinero, Cannelle Tanc (en collaboration avec Frédéric Vincent) et Virginie Yassef. Dans cette exposition qui revendique son ambition de représentativité de la scène artistique française, les femmes constituent donc 16% des effectifs.
Comment la Force de l'Art qui prétend être un « grand rendez-vous donné à la création en France » et à « l'actualité de la scène française » peut-elle ignorer à ce point l'ampleur, la diversité, le
professionnalisme et l'engagement de toute une partie de cette scène artistique ?
Comment peut-elle postuler la validité et la « Force » de son projet alors même qu'elle néglige l'importance de celles dont le travail est désormais incontournable, aussi bien à l'étranger qu'en France et qui contribuent sans relâche à faire évoluer le débat artistique français, par la qualité de leurs contributions plastiques, de leur discours et des expositions qui leur sont consacrées, aussi bien dans les galeries que dans les institutions ?
Bien que cela soit tentant, il serait trop simple, et sans doute naïf, d’amalgamer les raisons de ce choix curatorial disproportionné avec la composition strictement masculine de son appareil décisionnaire, depuis ses commissaires (Jean-Louis Froment, Jean-Yves Jouannais,
Didier Ottinger – le quatrième mousquetaire, Marie-Claude Beaud, s’étant finalement retiré du projet) jusqu'à son commanditaire (le Délégué aux Arts Plastiques, Olivier Kaeppelin) en passant par son scénographe (Phillipe Rahm).
Le problème est plus général et renvoie à une situation nationale. Car si l'on considère la proportion dans les collections publiques d'œuvres produites par les femmes – 15% en moyenne – la Force de l'Art n'est pas une surprise, ni le reflet d'un sexisme ponctuel ou isolé.
Rappelons qu’aujourd’hui, 60% des artistes diplômés des écoles des Beaux-Arts en France sont des femmes. Comment expliquer qu’au mouvement de changement social qui s’est accéléré ces dernières années et qui a permis, entre autres, la nomination en masse de femmes à des
postes de direction (centres d’art, musées et Fonds Régionaux d'Art Contemporains), ne corresponde pas un souci d'ouverture équivalent concernant les artistes ?
Le Musée National d'Art Moderne lui-même affiche des statistiques affligeantes comme préambule de sa prochaine exposition elles@centrepompidou, avec ce slogan: « Au Centre Pompidou les femmes représentent 17,7 % des artistes dans les collections du musée. La nouvelle présentation des collections leur est consacrée à 100%. » Ce nouvel accrochage, qui durera une année, dans la lignée des présentations thématiques Le mouvement des images (2006-2007) et Big Bang (2005-2006) – la femme est donc un thème – a sans doute pour objectif louable de rectifier le tir et de faire acte (temporaire) de rééquilibrage et de contrition. Mais c'est justement le caractère
temporaire et contrit de l'entreprise qui pose le problème de façon cruciale. L'exposition elles@centrepompidou, avec son sponsor si «typiquement féminin », Yves Rocher – « votre partenaire beauté » (parce qu’elles le valent bien ?) – symbolise parfaitement la place
assignée aux femmes artistes au plus haut niveau de l'institution française : précaire, périphérique, ponctuelle, toujours à caractère d'exception ; les femmes artistes y sont, en outre, systématiquement renvoyées à la supposée spécificité de leur genre.
Face à cette profession de (bonne) foi du Musée National d’Art Moderne, il est intéressant de noter que si Beaubourg avait décroché de la présentation précédente des collections toutes les œuvres
produites par des hommes, il ne serait resté qu’une poignée d’œuvres signées par 5 femmes. Une autre façon de faire le vide…
Il est urgent d’en finir d'une part avec la sous-représentation, d'autre part avec ce caractère d'exception, et enfin avec l’évaluation systématique du travail artistique des femmes en regard de la production des hommes. Il faut que leur production artistique cesse d'être considérée comme « une place stratégique, une matrice, un arrière-plan, un écran pour l'action des hommes » (Donna Haraway, Ecce Homo).
Il nous semble important d'ouvrir ensemble ce chantier, sans lequel la France, dont on signale souvent, à tort ou à raison, le déclin d’influence sur la scène artistique et intellectuelle internationale, ne fera qu'accroître son isolement et son retard.
C'est l'ambitieux projet de la Force de l'Art que d'affirmer et de diffuser, non seulement en France, mais aussi et surtout à l'étranger, la qualité, la vitalité, la « force » de la scène artistique française.
Qu'il en soit donc ainsi, non avec la moitié, mais avec l'ensemble de ses acteurs.
Isabelle Alfonsi, galeriste et critique d’art
Claire Moulène, journaliste et commissaire d’exposition indépendante
Lili Reynaud-Dewar, artiste et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux
Elisabeth Wetterwald, critique d’art et enseignante à l’Ecole des Beaux-Arts de Clermont-Ferrand
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Ce texte est destiné à la publication dans un grand quotidien national et d'autres supports de presse. Si vous désirez y apporter votre soutien, répondez simplement à cet email en indiquant vos noms et qualité : webmaster@erba-nantes.fr
Elles vous informerons rapidement des possibilités et dates de publication.
translate into English
Send a message
Search for members
Marco Rebillardpro says:
Sabou la tête dans les étoiles.pro says:
En tout cas très intéressant.
Scab... Ange & Démon... ♀pro says:
mais espérons que je me trompe ;)
Marco Rebillardpro replies:
Donc en quoi le fait d'etre une femme par exemple en politique changerais la donne? ce qui compte c'est pas le sexe représenté mais bien ce que l'on représente comme valeurs ou idées. je croix que l'on ce trompe de combats, demandons plutot la parité "social", des gens issus du peuple ( homme ou femme ) pour nous sortir un peu des énarques qui nous représente?
Jean Claude Sanchezpro says:
Jean Claude Sanchezpro says:
Christine Lebrasseurpro replies:
--
Seen in my account recent activity (?)
Sabou la tête dans les étoiles.pro replies:
Christine Lebrasseurpro replies:
;)
--
Coming from here (?)
Laurialies & Clem'S replies:
larcheopro says:
1 femme = 1 homme.
Mais les résistances à cette évidence sont grandes ! Les hommes auraient-ils;encore peur des femmes ?
A l'aube du 3ème millénaire...
Laurialies & Clem'S says:
Manuelle says:
Nous voudrions protester de la sous-représentation parmi les artistes présentés à l’exposition, d’artistes à mobilité réduite ou de petite taille, d’artistes dont les ascendants parlaient breton ou indo-européen couramment, d’artistes chauves ou hyperchevelus, d’artistes hermaphrodites ou dénués de sexe. Par ailleurs, l’absence totale d’informations dans le catalogue concernant les préférences sexuelles, la situation familiale, l’état du casier judiciaire, le niveau de revenu en KF annuel, le résultat du texte HIV, le nombre de personnes à charge et le nombre de doigt de pieds des artistes présentés nous laisse dans une obscurité totale quant à la réelle représentativité du peuple français au travers des artistes présentés. Par ailleurs, il s’agirait également d’interroger le choix du bâtiment, (pourquoi le choix d’une architecture extérieure du dix-neuvième pour présenter les œuvres du vingt-et-unième ?) , le choix classique et jacobin de la capitale administrative (pourquoi pas Ajaccio, Vichy, Saint-Pierre et Miquelon, Courchevel, Tahiti ou les locaux de l’ambassade de France à Melbourne ?), le choix d’une économie subventionnée pour soutenir la production artistique (pourquoi ne pas dépenser les mêmes sommes pour aider le marché à maintenir la valeur des stocks options dont le produit de la vente pourrait servir à acheter des œuvres d’art ?) et bien sûr l’oubli totale dans le catalogue de la mention des artistes de l’art rupestre dont les artistes consciemment ou inconsciemment se sont inspirés et dont les droits d’auteur aux ayants-droits (c’est-à -dire à peu près toute l’humanité si l’on se réfère aux dernières connaissances en matière de génétique) sont systématiquement négligés. Que la sociologie, la psychologie et l’ethnologie de l’art puissent nous ouvrir les yeux sur ces scandales, que diable !
http://myspace.com/manuelleyerly