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January 12, 2009

Après

Passante
Qu'en détour de crocs
Lamelle pure d'acre contrainte
Tu déchires

Souriante
Ou de corps pallié
Cheval voleur d'exacte carapace
Tu reflues

Ailée
De pas moqueur d'abîmes
Ô lente déchirure de naissance à trépas
Tu rentres

Paresseuse
De ces mots accordés
Que n'eurent trop de fois blessés
Les tendres agonies de nos rencontres



Publié sur le blog Envers

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January 13, 2009

Gaza: la stratégie du massacre

A Gaza, l'on tue, encore et encore. Des centaines de morts, civils, femmes et enfants. Face à l'horreur, face à l'écrasement d'un peuple, à son humiliation, la colère monte. De la colère peut naître le combat. Et par le combat, l'espoir.

Mais cet espoir ne pourra venir de la colère que si celle-ci prend conscience non seulement des faits, mais des causes, au-delà des trop rapides évidences. Et si elle ne se mue pas en rage vaine, ni ne s'éteint en résignation.

La tragédie de Gaza ne suscite pas que colère. Elle engendre aussi un faux sentiment d'impuissance.

David et Goliath...

Il y a l'immense déséquilibre militaire entre les forces en présence : d'un côté, une des armées les plus puissantes du monde, soutenue par tous les États européens et américains; de l'autre un peuple presque désarmé, laissé seul par ceux qui se prétendent ses alliés ou ses représentants, mais ne rêvent que de s'entendre avec ses assassins. Le Hamas ne tue pas des civils israéliens pour défendre la Palestine, mais pour augmenter son poids dans les négociations à venir, comme les Occidentaux cherchent à travers ces crimes à renforcer leurs positions avant de traiter avec l'Iran et la Syrie.

Ce déséquilibre des forces donne à beaucoup un sentiment d' impuissance, renforcé par l'image véhiculée par la presse d'une situation inextricable, enracinée dans des particularités locales et historiques, et condamnée à se répéter sans cesse. Sentiment d'impuissance qui peut engendrer la résignation ou les actes de désespoir violents (ces actes que par un retournement cynique les terroristes d'Etats qualifient de "terrorisme"). Résignation ou violence aveugle, en terme d'avenir, c'est la même impasse.

Mener les peuples à ces impasses, c'est le premier objectif des assassins de Gaza et de leurs alliés.

La Terreur contre les peuples

C'est une stratégie globale de la terreur qui sous-tend les massacres de la population civile perpétrés par ce délégué proche-oriental de l'impérialisme occidental qu'est le gouvernement israélien. Elle est en parfaite continuité avec les centaines de milliers de morts civils en Irak et en Afghanistan provoqués par les armées américaines et européennes. Il ne s'agit pas seulement d'écraser le peuple palestinien, d'éteindre tout espoir de paix juste, mais aussi de rétablir la peur qui fige les peuples, peur qui s'était affaiblie après l'échec de la dernière invasion israélienne du Liban, et le retrait annoncé des Américains d'Irak.

Ce n'est pas le Hamas seul, ni même principalement, qui est visé par l'armée istraélienne. Les victimes civiles ne sont pas des victimes "collatérales", mais les véritables cibles, et à travers elles, tous les peuples du Proche-Orient, cette région si stratégiquement et économiquement essentielle pour les impérialistes, et si difficile à dominer. Il s'agit à tout prix d'ôter tout espoir de liberté et de dignité, et de signifier aux peuples à quoi ils doivent s'attendre s'ils ne se soumettent pas. Gaza est un exemple.

Au-delà de la Palestine

Cependant, la signification de ce qui se passe à Gaza va bien au-delà du Proche-Orient : c'est tout peuple qui se dresserait contre ses oppresseurs qui peut se sentir légitimement visé. Loin d'être un cas particulier, l'écrasement du peuple palestinien pourrait bien annoncer ce qui attend d'autres peuples, si les seules forces capables de s'opposer aux guerres impérialistes continuent à se taire et à laisser faire. Seuls les travailleurs disposent d'une force sociale et politique potentiellement capable de mettre fin aux guerres, de faire taire les armes et d'établir une vraie paix, juste et durable.

Car la guerre n'est pas seulement une action politique, mais aussi une issue économique: c'est par la seconde guerre mondiale que l'économie capitaliste a pu sortir de la crise économique commencée en 1929. C'est seulement par des guerres qu'elle pourra s'en sortir, car les guerres détruisent le surplus productif qui était cause de la crise.Ce ne sera sans doute pas une autre guerre mondiale, mais une épidémie croissante de guerres locales, mieux contrôlables. Gaza est un terrain d'essai.

L'inéluctable aggravation de la répression

De même, la montée des révoltes contre l'aggravation de la misère et de l'exploitation suscitera la peur et la violence croissante des gouvernements bourgeois. Ils le savent. Ils s'y préparent. La guerre de Gaza n'est qu'un des visages, parmi les plus affreux, de la répression qui ne va cesser d'empirer contre tous ceux qui refuseront de se soumettre. Gaza est un prélude.

La seule manière pour les peuples d'éviter que se perpétue la société de terreur capitaliste est de s'unir en un mouvement de lutte général des travailleurs, qui s'oppose aux gouvernements de haines et de peurs.

Et en premier lieu, un mouvement ouvrier uni, syndical et politique, qui prenne la tête de la solidarité active avec le peuple palestinien, exigeant la fin des agressions israéliennes, la fin des assassinats "ciblés", la fin du blocus, le démantèlement du mur d'apartheid construit par le gouvernement colonial sioniste, le retour des exilés, la restitution des terres spoliées. Un mouvement qui organise le blocus des livraison d'armes et du financement d'Israël par les Etats américains et européens.

La paix, la vraie

A terme, en Palestine, la seule issue est un État unique, laïque et socialiste, dirigé par les travailleurs, où chaque individu dispose des droits égaux, où chaque minorité se voit garantir le respect de sa culture; un État où puissent vivre en paix tous les individus; musulmans, juifs, chrétiens, athées, au lieu d'être aujourd'hui instrumentalisés et divisés, jetés les uns contre les autres par des puissances économiques destructrices.

Il ne sert à rien de pleurer, d'appeler à la paix sans conditions, de renvoyer dos-à-dos les gesticulateurs vains du Hamas et le rouleau exterminateur d'Israël. Ce qui se passe en Palestine n'est pas une guerre religieuse, ni un combat de la démocratie contre le terrorisme, mais une opération stratégique d'une colonie occidentale pour imposer par la terreur et la mort, la toute-puissance d'une domination économique mondiale.

Face à la culture de mort du capitalisme, face aux utopies réformatrices qui renvoient dos-à-dos la violence des oppresseurs et des opprimés, le seul espoir réaliste est le combat international et solidaire de tous les travailleurs pour un monde sans guerre et sans injustices.

C'est un combat long, qui paraît aujourd'hui très loin, plus utopique encore que la paix. Pourtant, c'est la seule voie solide, réelle, car la seule qui s'attaquera aux racines du mal. Et elle est bien moins loin qu'elle n'y paraît. La crise économique même, poussant les travailleurs à la résistance, comme la violence des oppresseurs attisant la colère, ne feront que renforcer la volonté, l'union et la détermination des masses pour un monde sans guerres et sans injustices, le seul qui puisse apporter la paix.



Article paru sur le blog Divergence

Published at 15:01 / 6 comments / 219 visits
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January 15, 2009

Crépuscule

L’orage s’éloigne. Il prend le chiffon usé posé sur le dossier d’une chaise, le secoue machinalement, saisit avec lenteur une courte raclette à même le sol et sort sur la terrasse. Il chasse l’eau du vieux banc de quelques gestes rendus imprécis par l’impatience et la fatigue, le sèche sommairement, puis s’en retourne poser chiffon et raclette. Il renoue le nœud de son peignoir et vient s’asseoir sur le banc, vers l’ouest, les jambes sous la couverture.

De ce côté de la colline, les toits des maisons voisines descendent vers le lac, laissant à son regard l’espace nécessaire, entre les masses noires des nuages et de la forêt pour observer le lent rétrécissement d’une bande de bleu crépusculaire.

S’habituant à la pénombre, il commence à distinguer les lignes incertaines des feuillages, brouillées par le vent. Vers la droite, il lui semble voir dans la masse des arbres une légère lumière, comme une nuit moins assurée, traçant une faille que les mouvements des branches effacent parfois.

Il est rarement allé de ce côté, surtout après l’orage. Le champ qui le sépare du bois est souvent gorgé d’eau et des plus pénibles à traverser. De l’autre côté de ce bois d’une trentaine d’hectares, on rejoint la route du village, à moins d’obliquer vers la gauche, et de déboucher alors sur la prairie du Roc Tardenel.

Cette prairie appartient au vieil Alphonse Dorgès, et a longtemps accueilli les plus beaux taureaux de cette famille d’éleveurs. A la mort d’Alphonse, l’aîné, Etienne, devenu avocat en ville, la revendra sans doute.

Au village, certains racontent que la comtesse, veuve depuis peu et qui possèdent les terres jouxtant la prairie, cherche depuis longtemps à l’acquérir, mais le vieux Dorgès s’y refuse. Elle désirerait y faire construire un village de vacances. La prairie descend en pente douce vers le lac et, pour peu que l’on abatte quelques hectares de bois, on y jouira d’une assez belle vue. Décidément, se dit-il, cette prairie est destinée au bétail.

Quant au roc Tardenel, on le dynamitera sans doute. Les inévitables contes de lutins et de sortilèges qui s’y rattachent n’ont pas dépassé les alentours du lac. Et de toutes manières, la région dispose d’une bonne vingtaine de lieu-dit du même genre. De quoi nourrir à suffisance les nostalgies intéressées des offices de tourisme locaux.

Il pense au vieux Lachaire, le menuisier ami de son grand-père, qui lui avait raconté la légende de la sirène du Roc Tardenel. Il ne se rappelle plus tous les détails de cette histoire : la sirène, une jeune paysanne victime de quelque maléfice, s’est réfugiée sur ce rocher, au milieu du lac. Ce lac était immense alors. Il se dit que si cette légende avait eu sa part de vérité, ses rives auraient atteint à peu près la terrasse où il se tient à présent.

Chaque nuit de nouvelle lune, l’amant de la jeune sirène vient la rejoindre en barque. Le lac, pour un motif qu’il a oublié, peut-être une faute des parents de la sirène, un couple de paysans avares, s’assèche lentement. Ses rives reculent jusqu’à leur niveau actuel, laissant la sirène lentement mourir sur le roc dans l’attente de l’amant qui ne viendra jamais. Il doit être le dernier à la connaître, cette histoire. Il ne l’a pas raconté à ses enfants. Bientôt, elle n’existera plus.

Il pense à cet abruti de Lucien, qui a voulu faire le bravache, et dont le traîneau est allé se fracasser contre le roc, et qui a manqué en mourir. Chaque hiver, après les premières neiges, les enfants venaient glisser sur cette prairie, jusqu’à l’accident. Alors, Joseph Dorgès, le père d’Alphonse, a posé une clôture et les jeux de neige se sont déplacés sur l’ancienne route de Marmol, et cela jusqu’à la fin de la guerre. Après, le trafic est devenu trop important, même au cœur de l’hiver, et les jeux de neige se sont dispersés sur de petites pentes, des sentiers, des prés étroits.

Il devrait rentrer. Il fait un peu trop frais ce soir. Le crépuscule est fini et quelques gouttes de pluie recommencent à tomber. Dans cette faille qu’il observait tout à l’heure, il croit distinguer une très faible lueur. Il se lève, il marche, il a même l’impression de flotter à quelques centimètres du sol. Arrivé à la lisière du bois, il se sent doucement happé par la faille et s’enfonce parmi les arbres. Les rares écorchures que lui infligent les branches, les quelques fils qu’elles lui arrachent ne peuvent interrompre cette lente plongée.

Après quelques mètres, la nuit se fait opaque et le dépose au sol. Il marche lentement, sans retenue, confiant. Ses pieds goûtent la volupté boueuse de ce sous-bois à laquelle se mêle peu à peu une herbe haute et humide qui lui lèche les jambes et le ralentit jusqu’à la presque immobilité. Puis, brusquement, il est au cœur d’un champ immense qui s’étend par succession de pentes inégales jusqu’à la berge du lac.

Bientôt, son pied le trompe, et il s’en va rouler à terre, sans chercher à résister, avec la sensation fulgurante et aussitôt évanouie qu’il répond ainsi aux appels du lac dont, tout en roulant, il aperçoit fugitivement l’immense bouche noire en contrebas, gourmande et murmurante.

Un rebond du terrain met fin au vertige et l’amène au pied d’un mamelon rocheux. Il voudrait rester au sol quelques instants, mais l’humidité le lacère de douleurs familières. Il se hisse sur la pierre. Il voit alors la jeune fille, assise au sommet, dos à lui, immobile, arquée sur ses bras, semblant interroger le ciel que découvrent par instants les nuages. Il cherche à l’atteindre. Il voudrait, une dernière fois, la soulever au-dessus de lui, la sentir se courber et s’étendre entre ses mains serrées, et rire encore jusqu’à troubler l’univers. La pluie reprend un peu.

Elle se lève, sans entendre ses appels murmurés. Elle descend la pente, d’un pas trop vif pour lui. Il la suit aussi vite qu’il peut, chutant, se relevant, marchant, jusqu’à ce qu’il sente ses pieds plonger dans les premières eaux du lac.

Il faut un certain temps à ses yeux fatigués pour combattre les entrelacs trompeurs des ombres de la berge et des vagues avant de découvrir la silhouette, marchant et sautant sur une crinière rocheuse qui l’emmène vers le centre du lac et qui de jour est le domaine des pêcheurs de sarmorins et d’arbeaux. Là encore, il murmure ses appels, là encore, elle n’entend rien ou ne veut pas l’entendre.

Ses jambes sont trop peu assurées pour qu’il puisse se risquer à la rejoindre. Elle s’éloigne plus profondément au-dessus des eaux, et il ne peut plus la voir avec certitude. Parfois, il croit en reconnaître l’ombre, parfois il ne distingue plus rien. Son regard et la nuit font rouler ses craintes et ses attentes en un jeu cruel, où les rejoignent les sons déliés de l’eau et du vent, livrant tour à tour des éclats de vagues, des bris de bois mort, l’écho de ses propres cris, et peut-être, étouffé, le son de la chute d’un corps mêlé à un soupir. Il s’assied sur les premiers sommets de la langue rocheuse et attend jusqu’à l’aube.

Une sourde colère soulève son cœur. Sa main se crispe sur le bord du vieux banc lorsque le vent fait claquer la porte de la terrasse. Est-ce là la seule fuite qui lui est permise ? Faut-il vraiment que ses rêveries se vêtent à jamais des lambeaux d’une mémoire radoteuse et rancunière, se contentant de les nouer ensemble par des fils grossiers où d’indécents motifs esthétiques se mêlent au désir obstiné de se justifier ? Veulent-elles vraiment lui faire croire qu’il avait oublié ? Espèrent-elles le tromper une fois encore ? Il regrette que l’esprit n’eût un ventre où enfoncer un poignard, et s’en défaire à jamais.

Il ne peut se calmer à temps. Sa rage emporte ses dernières défenses. Des muscles qu’il connaît bien, au centre, agrippent son souffle. Il ressent en lui se produire un inéluctable effondrement. Il perd l’équilibre et là, sur l’extrême pointe de la langue rocheuse, c’est lui, cette fois, et non la plus jeune, la plus aimée, la plus rebelle de ses filles, qui part rejoindre les fonds.



Publié sur Sang et Eaux

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