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July 15, 2008

Le refuge

Nous avions rendez-vous tout au bout de la jetée, les yeux fermés

Je vacillai à mi-course, les jambes tremblantes par la chaleur du soir, la durée de la course

Tu étais dressée, nue, à l'extrémité, en contrejour de l'incarnat crépusculaire

Auquel tu offrais noire d'encre l'insolente générosité de ton corps

Seins de hautes vagues bordées par l'écume de ta main,

Ta croupe ruisselante d'appels imposant le silence aux esprits noctambules

Tes yeux follets glissant à même la brume

Tu appelais les orages, tu ouvrais tes jambes aux tempêtes et le vent s'écartait, hypnotisé

Statue formidable au creuset des mondes, là où se mêlaient air, terre et eau, et que nul n'osait défier

Tu dominais les mondes et tu tremblais, pleurant l'immense solitude du plaisir

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July 17, 2008

Griffes

Ta démarche comme les coups de griffes d'un chat

Ta voix océan

Pétillante comme une bande d'oiseau de mer

Tranchante comme l'orage sec qui déchire l'horizon

Et tes mains d'esquifs ne ployant pas sous l'écume

Toi qui fut toujours l'amer fabuleux et hautain de mes passages

Fine lanière d'existence claquant au gré des jours

Du même sang de la même pluie

Fière comme un mât à la pleine lune

Insoumise comme le blé

Et toujours à perte de vue

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July 17, 2008

Le puits

Pour M.

La main qui se tend

Vide

Le gouffre avait les yeux délicatement fardés

La jambe fine et rapide pour me fuir

.

Point lumineux sur le front ridé du large, tu déchirais la peau brumeuse de l'horizon, tu m'inventais des pas, tu caressais l'orage, tu lui murmurais la pluie, mes bras découverts sur la frontière écarlate de ton nom

Tu glissais, madrépore noué sur la corde tremblante de mon souffle, et je m'enivrais de tes reculs

J'étais Zeus et la Foudre vaincu par ton peuple de Titans

Pas à pas te livrant à mon délire, à ma folie de toi, tu ponctuais de séismes le balancement des éclairs par les nuits de grands déserts fauves

Tu écartais les draps et le verbe pour délivrer les antiques esclaves des peurs irrémissibles

Et de tes lèvres rieuses lacérées d'énigmes un baiser d'argent en fusion venait frôler la Mort et ses cuisiniers en robes de lin

Tu me dérobais à chaque heure mêlée le sceau de l'orgueilleux savoir et me laissais nu, hors de toute épave et de tout lieu

.

Toi qui sous la cendre construisait d'invincibles palais à mes ivresses aveugles

Toi qui m'a livré le Sud et ses vallons brûlants

Le Nord et sa mémoire d'orgeat

L'Ouest et ses briques de chairs ou de sang

Et l'Est pour consolation et mascarade

.

Toi qui de moi fit un Souverain intolérant de ses propres marées et du dernier souffle du dernier départ du dernier adieu du dernier passant du dernier geste du dernier élan

Toi que je rencontrai, plus tard, nue et impitoyable, au coin d'une rue palatine, fermée à mes nuits comme à mes orages, et dispersée en flambeaux par les processions distraites d'adorateurs dérisoires

Toi que j'ai rêvée, endormie, prise et reconnue

Pour ultime et irréversible gardienne de l'instant de pur abîme

Ce puits où s'est à jamais endormie l'attente nostalgique de la Chute

Et son écharpe d'étincelles sonores

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July 18, 2008

Labyrinthe

Il faisait nuit encore en plein midi

Ton sourire vint agiter le ciel

Cinglant vertige arrachant ma peau

.

Tout un peuple de mots

De nuées, d'aventures

S'évanouissaient sur l'amère blancheur de ta peau

Inaccessible à toute inscription

.

Belle énigme de goudron et d'eau vive

Croisée aux lendemains

Qui toujours s'échappe, toujours me hante

.

Toi qui jamais ne sera compagne ni reine

Magicienne tutélaire de mes vies avortées

Étoile lointaine à même le coeur

Brûlante et désinvolte

.

Ariane aux labyrinthes brisés

Tu sèmes tes fils où se prend mon désespoir

Qui a même couleur de champ brûlé que tes yeux

Dédaignant le piège que tu tends

Prison et liberté ont pour toi même saveur

.

Ce qui survient de l'autre côté ne reçoit de toi nulle autre attention

Que quelques coups de dents hilares

La gourmandise de tes actes naît de l'aridité de tes rêves

.

Tu sèmes

Et veille à ne rien cueillir

Errante comme le souffle même

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