Poème déjà paru sur le 360°

 

Tout s’ouvre sous la voix

Une perle de boue, un oiseau éventré

Rien que de la mie

Et du vent mal famé

Personne n’entre en ce couloir

Aux murs acérés

Qui vous déshabillent la peau

Et vous laissent

Vêtus d’infamie

A chaque repas du Verbe, alors que la plupart des convives décoraient encore leurs cous de diverses pâtes orange, -vous reprendrez bien un peu de fange aux yeux glacés? Délicieux, ces piments incarnats, est-ce du verre pilé ? - , on pouvait voir entrer un nuage rouge sang, aux formes indécises mais toujours dérisoires et obscènes. Cela faisait son chic, et tous l’applaudissaient. Divers gloussements s’égaraient entre les jambes, écorchant le marbre de leur humanité.

Tout était retenu : la table, le ton, la vie

Et pourtant tout s’étalait : la joie, le cri, l’équarrissage

Derrière la nuque d’une jeune femme, la seule qui par distraction gardait encore aux lèvres une ombre de beauté, mais qui bientôt, l’âge venant –quelques secondes tout au plus- allait s’évanouir, le nuage, effaçant ses plis par un imperceptible effort d’allongement, prenait hauteur et nuit.

Que deviens-tu, sous ce buisson,

Ma sœur aux vives alluvions ?

Où es-tu partie ?

Je t’ai cherché sous les roches hagardes des ruines ensoleillées

J’ai percé le ventre des glaciers pour en extraire la gemme

Il n’y a plus de toi ni souffle ni sarcasme

Quel évanouissement infini a-t-il pu t’emporter ?

Quelle est cette source qui pleure sous l’épaule des arbres ?

Irais-je un jour te rejoindre

Parmi l’écume et la chair brulée ?

Lentement, alors que chacun devait faire d’insolites efforts pour s’emparer des plats, avaler une écorce, tenir des propos insalubres, le silence –car c’était lui- couvrait d’opacité les murs, bientôt les corps, emportant sous son haleine musquée tout ce qui jusqu’alors, se croyait formes et lumière.

Il n’y avait plus d’yeux

Ni de rides

Ni…