Demain tu sortiras des flots, bruissante, opaline. Je m'assiérai là, sur ce roc imparfait, ce fragment d'abysses. Tu laisseras ton cri déchiqueter les voiles du navire. La brume à ton sein flottante claquera sur les ruines du phare. Et ta jambe à mon front lissera l'insatiable désir de l'indifférence. Car nous ne sommes pas les masques de ce rivage, mais sa peau. Et l'humaine candeur à nos rires s'éloigne.
 
         Dans les plis d'écume, au crépuscule, la plaie tracée sur un reflet t'invitera au désordre. Tu ouvriras ton ventre à ce cyclone éteint. Tu y recueilleras ses fragments d'hymnes pour en parer les bois alentour. Nous ne dirons rien, laissant au murmure l'exact abandon de nos destinées. Tu tresseras de mille grains humides l'écharpe de ce lieu. Je resterai là, assis, sur ce roc imparfait. Le navire de jais, à présent dessillé, attendra nos exils, en vain. Car nous ne sommes pas la bouche de cet écho, mais sa rime. Et les ténèbres humaines n'ont que faire de nos soliloques.
 
         La plaie vidée de son chant délivrera le temple où dort une huppe livrée aux caresses des morts. Tu lui ôteras son parfum de calice que tu déposeras, limpide, sur tes épaules attentives. Là, que commence enfin une première apocalypse, à laquelle nous n'assisterons pas. Car nous ne sommes pas la proie de ce désir, mais son voile.