En ouverture de ce recueil de nouvelles, cette brève rêverie:

 

Rivière

 

Après ton départ, je suis allé à la rivière. La bague m’a glissé des doigts. Je l’ai cherchée parmi les galets, la rivière oppressant mes cuisses. Mes mains se sont blessées à l’arête des pierres. Un filet de sang, puis d’autres, se sont lentement élevés vers la surface, y traçant d’éphémères sillages. Bientôt, il m’a semblé que le flux s’inversait. J’ai senti l’eau glacée me pénétrer les veines, les remonter lentement. Mon sang, ma peau avaient acquis dureté et transparence, mon corps se fragmentait. Je n’étais plus qu’un instable amas de cristaux, qui rapidement s’effondra. Je sentis mon corps se dissoudre en tourbillons et ressacs. Je fus entraîné par mon propre courant, heurtant mes rives, sinuosité sous l’ombrage entre roches et sables. Là-bas, en aval, le delta, et toi, océan.