Charp Published on July 2nd, 2009
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Daniel Abel - Récit

Thursday July 2nd, 2009 at 09:56AM

Il suffit d’un vent fripon, d’une haleine primesautière le langage vire au chahut de potache, les mots surgissent tout armés de l’inspiration, vont à la saignée de la phrase, exacerbent les syllabes… Les mots volages exercent des ravages, les mots volants : des biches enamourées, les mots aiguilles par le chat de la cousine, on reprise les passages déchirés, on ourle de poésie les chapitres les plus crus, les paragraphes soudain ont du panache, on dévore livres, livrets, on change de livrée comme d’intention, on se fait caméléon dans un intervalle, on joue oui au ouistiti avec la ferme intention de gambader de page en page, de dénicher un écureuil avec lequel on partage la noisette d’une virgule.



Sablier inversé, grain à grain, mot à mot, mot cru, mot cuit, mot demi cru demi cuit. Quel siècle à mots ! Moi j’aurai toujours mon mot à dénicher, quelque part, entre chien et loup, à déposer sur le lobe délicat de ma meilleure amie. Si vous vouliez vous donner sans partage, vous seriez celle qui soulage. Nous pourrions profiter des nuits d’opaline, de tourmaline, des nuits pralines… Au septième ciel, pas besoin d’ascenseur.



Un oiseau bleu tacheté de vert monte la garde, sa tête-brosse se prolonge d’un manche de balai qui figure le bec, ses yeux sont deux cadrans de montre, son corps un dossier de chaise, sa patte une règle de fer. Il apostrophe les conducteurs leur envoyant des postillons de toutes les couleurs dont ils n’ont cure…



La plus longue des plumes n’a plus aucun rêve à se mettre sous le poil, l’encre vire au caca d’oie, l’écriture est rognée au encoignures les arcs-en-ciel n’intéressent plus les hérissons, on ne propose aux passantes que des colliers de soupirs de Venise, elles portent leur main à la ceinture : plus de nombril, sans nombril comment payer ? Pourtant le cœur quémande des effusions d’efflorescences, des tsunamis de caresses, des éruptions d’orgasmes… Il faudrait au plus tôt réinventer le coup de foudre.



Le village somnole c’en est désespérant mais des œillades assassines passent par les soupiraux. Quelques carrosses chutent telles des noix de coco, à l’intérieur une goutte de rosée attend de se faire épine. Il faut que le beau saigne il ne sera que plus rare. Les hamacs des nuages se balancent à chaque oscillation déversant un clair de lune que les enfants croquent à pleines dents. Des palmeraies germent sous les pas des promeneurs. Les princesses sont en chaleur, les colibris porte-épée ferraillent à l’approche des corsages, des oasis invitent des caravansérails, des caravanes se succèdent aux harems. Scolopendres, phalènes, vers luisants… on accepte, ici, tout ce qui est SIGNIFIANT.



Un vrai temps de fumée de fumet de ferraille. Un convoi exceptionnel nous précède, une fourmi devant, une autre derrière, en grand uniforme. La chose transportée : une ruche énorme épandant son miel sur la chaussée, dispersant ses abeilles… en essaims de voiture ? A l’orée de la forêt scintillent des devantures, on propose des milliers de chaussure. Cendrillon, passée par là ?

Il me semble que les phares entonnent une fanfare, que les nénuphars dansent sur les mares…



La forêt sacrilège vomit ses prières. Un étonnement bondit tel un lièvre, suivi par un mirador… Des sources donnent naissance à des écharpes de soie précieuse, des courtisanes s’offrent demi-nues, que l’on aimerait soulever d’un coup de pertuisane.



Ils se tenaient, fermes, laiteux, pigeonnant, émergeant à demi, aux trois quarts du corsage. Sur eux je posai un regard de convoitise hardie. Il se dégagèrent, allèrent se déposer dans deux verres à col de cygne. La rivière de diamants se détacha de son cou empli la pièce, dispersa les quilles. On cria au maraudeur de porcelaines mais les plus beaux plats, de Bernard Palissage, étaient de corail avec, dans chaque alvéole, une murène.



J’enlaçai par la taille un courant d’air, aussi violet que ses yeux, aussi vert que l’émeraude qu’elle arborait au doigt, orangé comme un verger d’éclairs, aussi vermillon que son rouge à lèvres.



Elle souffrait d’un cauchemar incarné. J’avais sur moi mon nécessaire de défricheur, un carillon en main je m’avançai pour tirer la fermeture éclair qui la maintenaient prisonnière. Seigneur ! Quelle aurore d’ariettes, de mélodies, quel espace de coups d’ailes !



Je fis feu sur le remords, un feu de Bengale prit naissance à ses genoux, enlaça ses jambes, se transforma en aurore boréale à la jointure de ses cuisses.



« Coucou ! coucou ! » Enfin reconnu comme son page ? D’un air mutin elle me tendit une clé. Je courus à la cave où dormaient les gladiateurs…



« Le mot de passe ?



- Plaisir. »



Ils se firent sentinelles en haut de l’escalier, au garde à vous, le sexe au clair, formant une haie d’honneur. Je fis un signe d’amitié à celui qui était sans ombre, espérant qu’il était général des étoiles.



Il fait un bruit de temps. De temps haridelle de temps hirondelle de temps mortadelle de temps brimbelle. Des œufs éclosent des cheminées en sortent des alluvions plus beaux que des bas fumés… Sur la chaussée des jambes courent en file indienne, se croisent, esquissent un pas de danse. Entrechats, pour les pachas, dont on recueille les crachats dans la paume comme s’il s’agissait de dents d’or.



Des plumets s’affichent au dos des uniformes, un régiment de sauterelles dévore tout sur son passage, des rouge gorge donnent du fil à retordre aux ferblantiers, Il pleut des étoiles de neige, des éclaboussures de soleil il fait un temps à ne pas mettre un spadassin dehors.



Avec quoi faire rimer le mot liberté sinon avec santé ? Je déambule, virgule, circule et véhicule avec ma santé à la boutonnière, dont personne ne veut. Il y en a qui la prétendent fausse, d’autres fanée ou hors d’usage. Si ça continue » un jour je serai distillé, désossé désarticulé, mot à mot, on me décervellera m’expropriera de moi-même, m’expatriera vers quelque Harrar auquel je préfèrerais un lupanar.



Je reviendrai, je reviendrai ! Avec un cœur d’océan inonder toutes les poubelles, je ferai feu de tous mes pores, me livrerai à des transports, rendrai la folie consommable la déraison irraisonnable. Je hisserai la grand voile au plus haut mât du prodige. Voguez, moi-même, gagnez le large !



Il fait un temps je vous le dis à ne pas mettre une phrase dehors. Encore moins une poésie une symphonie, l’opéra fabuleux cher à Arthur. La canicule rôtit les fenêtres consume les persiennes dore poulets faisans et oiseaux-lyres. Heureusement de rares visages éclosent avec la rosée, superbes. Et tournent la tête. De qui ? D’Eros ?


Daniel Abel

Sur Envers

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la nouvelle ère says:
oh lĂ  lĂ  !!! J'adore !
Posted 4 months ago. ( permalink / translate )

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