Et me voilà de nouveau assise sur ma chaise en haut d'un batiment administratif. Retour case départ. Je voulais depuis un bail parler du pays merveilleux de Mickey où je travaille, le Val d'Europe, un ghetto. De gens bien pensants. Quand j'étais petite, Magny Le Hongre, Chessy, Serris étaient des campagnes de cartes postales ; des champs dont le blé ondulaient avec le vent, des chemins de terre ou tuer nos vélos, des maisons en pierre de meulières avec des p'tits vielles toutes souriantes devant les portes. Mon enfance quoi !

 

                    Mais "c'est Mickey qui a gagné", n'en parlons plus...de robustes maisons Kauffman se sont alignées, identiques les unes aux autres, sur mes champs de blé. Des maisons identiques contenant des familles identiques, bien pensantes, bien "présentantes" (j'ai le droit d'inventer des mots). Mickey cigare à la bouche et rictus à la bouche, engrange les billets au fond de ses poches. Alors les gens qui vivent ici veulent leur part de gateau et font monter monter monter les prix en achetant et en revendant pour racheter un truc à revendre.

                       C'est beau, c'est propre, toutes les structures possibles et inimaginables : rer A, centre commercial, médiathèques à gogo, centre culturel, salle de concert. Tout est fait pour ne plus en sortir. Et pourquoi sortir d'un endroit où (pour reprendre les thermes d'une habitante) "nous sommes entre nous" ? Je résiste à l'hypnose de cet endroit où tout est si beau (si chère aussi), à l'attirance pour tout ce Beau. C'est vrai que c'est beau, on est hypnotisé par le brillant et le claquant des apparences. On a envie d'errer dans une architecture vaguement haussmanienne du 21 siécle. On a du mal à ne pas avoir toujours le sourire à force de croiser les riches touristes heureux au bras chargés de paquets.

                     Chaque soir, je sors pourtant de mon parking privé et je rejoins les longues routes de goudron qui entourent et cerclent le Val d'Europe. Chaque soir, je devine au loin une forêt que j'atteins rapidement pour m'y engouffrer. Je quitte la route jolie et large pour un chemin goudronné, cabossé et je disparais de la ville. D'un coup j'ai disparu du monde de la ville pour réapparaitre dans ce monde que les citadins ne veulent pas voir. Cette forêt Mickey la lorgne, la veut afin d'arracher les arbres, bouffer les biches, tuer la mere de Bambi. Je m'enfonce dans cette forêt dense que l'Etat défend de ses petits bras musclés. Apparait les villages de gaulois, des astérix, des obélisques et moi, villages atypiques qu'il faut avoir envie de vouloir voir. Un peu de magie pour découvrir la Brie que Mickey choisit d'ignorer. Pour le moment.  Au détour d'un virage, la forêt laisse place aux champs de blé ou mon vieu paysan regarde la moisonneuse Alors je pose ma voiture, troque mes talons contre des tongs, et ma jupe contre un jean, je chope mon appareil photo et vais rejoindre mon p'tit vieu au bord de son champ. Il rit de mon appareil et de mon sérieu, du temps que je prend pour photographier un tracteur et du bonheur que j'en ressens.

                                          Cachée par mère Nature qui a bordé de forêt mon village, j'ai l'impression de vivre dans un endroit à part. et toute la magie de cette forêt me permet de passer d'un monde à l'autre ; de la campagne à la ville, et de la ville à la campagne.