Assise sur le carrelage froid, je repensais à cette phrase si conne de ma prof de français. Pourquoi j'y pense là? à quarante ans? à mes quinze ans ? Justement parceque mon cul il le trouve bien froid le carrelage, quand il le trouvait bien chaud le dalami de mon HLM (le tuyau du chauffage qui passait en dessous n'y était pas pour rien).
Bref, j'enroulais le chatterton autour de la poignée de mon aspirateur et je repensais à cette bonne femme sensée nous ouvrir les portes d'un monde meilleur et qui avait passé son temps à détruire la moindre de mes illusions.

Et cette phrase qui m'a marquée "Pourquoi devrait-on apprendre à vous, enfants d'ouvriers, ce qu'est le carrelage quand vous êtes habitué au Dalami ?".
Aujourd'hui à quarante ans passé, j'ai juste envie de lui retorquer : salope mais à l'époque, fille d'un tolier-chaudronnier, je vivais dans une maison entièrement carrelée et je ne comprenais pas où elle pouvait vouloir en venir. Je ne pouvais pas penser, ni même imaginer ce qu'elle voulait dire.


Mon histoire va commencer comme ça parceque grâce à cette prof, j'ai arrêté un peu tôt l'école et donc je n'ai aucune idée de la façon dont on commence une histoire. Je passe mon temps à faire un truc en pensant à un autre truc et je passe mon temps les fesses sur le carrelage parceque finalement je suis bien assise par terre. Un, je suis à la hauteur de ma fille. Deux, rien ne peut tomber plus bas que par terre.

Et c'est pourquoi, je ne me relis pas. J'écris et c'est tout. D'ailleurs dans cette classe là, il y avait Maiwenn. Lorsque je l'ai revu, elle m'a dit : je me souviens que tu écrivais avec des mots que je ne connaisais pas. J'ai appris le mot : luxuriant avec toi.

Assise par terre, je peux surtout voir le robinet de l'évier par dessous. Je peux donc m'apercevoir qu'il ne coule pas, ne goutte pas. Il s'agit juste d'un robinet de l'évier d'une cuisine où je chattertonne ma poignet d'aspirateur.

Au collége, j'ai rien appris. J'aimais juste lire, et les crayons et les cahiers et les classeurs avec des dessins dessus. Mes parents avaient des livres qui croulaient ou s'écroulaient sur les étagères et je n'avais aucune chance de ne pas avoir un livre qui me tombe régulierement dessus. Donc je lisais, je boulimiquais les bouquins. Et Re-cette prof qui un jour me tombe dessus : ah Madame lit du Rousseau ! Je lisais tout ce qui me tombait dessus. Et du coup, j'ai culpabilisé comme ci je lisais un bouquin de cul avec poster dépliage en poster à chaque chapitre.

Ma prof de français n'a rien à voir avec mon histoire. C'est une histoire d'eau. Une histoire de robinet