Après la guerre, la seconde, il fallait reconstruire. Alors les d'Ambrosio, les Aldo, les Botto, les Ada sont arrivés dans ce tout petit, tout petit village de Seine et Marne. Ils se sont installés autour de la Briqueterie. Et ce petit village briard est devenu un petit bout d'Italie. Mémé (elle s'appelle Mémé parceque tous les momes du village l'appelle Mémé et que je ne sais même pas son nom, c'est Mémé) est arrivé à la gare de Me-a-oux (Meaux en français dans mon texte), elle a épousé un inconnu, part de son village (même si dans ce village briard, ce sont les habitants de son village italien) pour un pays inconnu. Elle a épousé le contre-maitre, aura la plus belle maison du village. Mémé, dans ses valises, elle a un pied de vigne de son pays.
Et tout au bout de son immense jardin (aujourd'hui il y a six maisons sur ce jardin) dont elle ne sait même pas la limite, elle plante son pied de vigne au milieu des prairies.

La Briqueterie, toute une histoire mais une autre histoire.

Les années 70 et moi, j'arrive. Ce village est tellement un morceau d'Italie que je baragouine dans les deux langues, mélange les mots italiens dans les phrases françaises.Mémé a vendu un morceau de son terrain à mon père qui y a fait construire une phenix. Tout un symbole. Et au fond de notre jardin, le pied de vigne a grandi, s'est étalé et produit chaque année de magnifiques grappes de raisins. Mémé raconte pendant des années comment je m'amusais à vider les tiroirs chez le Notaire pendant la signature de l'acte de vente.

Et puis RER, Nationale, la banlieu parisienne que mon père avait voulu quitter nous rattrape. Une énorme souris américaine ravage les champs, vomit des zones pavillonaires immondes, des centres commerciaux aussi : on dit la civilisation. Petit à petit, le moindre champs, la moindre prairie, les jardins des grandes maisons, les fermes se transforment en habitation moderne, en zone pavillonnaire. On habite à la "Grille Blanche", "Au Moulin à vent". Et les prairies qui bordaient les maisons de la rue sont vendus. Durant des années, "Parole à Parole", mon père et d'autres pères ont cultivés, entretenus ces terrains qui bordaient leurs jardins. "Parole à Parole" les fermiers, propriétaires, ne voyaient aucun interet à ces morceaux de terre enclavé entre d'autres champs, d'autres terres.

Le fermier partit, l'urbanisme s'installant, la "Parole à Parole" ne s'établit qu'à coup de contrat que mon père et autres pères n'ont pas. Les terrains sont vendus.

Et la vigne arrachait.