La vie sous les toits avait le goût cuivré de la pluie sur le Zinc. On crevait de froid l'hiver quand on se lovait sous le rideau qui nous servait de couverture, et l'été on se faisait une place sur le minuscule balcon qui servait aussi de salle de bain. Le luxe n'est jamais où on croit : je me lavais nue sur les toits de Paris, la ville à mes pieds. J'entendais ses bruits, ses voix et ses murmures mais personne ne savait lever la tête et regarder son ciel tandis que l'eau coulait, rafraichissait enfin le long du toit de cuivre.

Paris, murmure. Paris chagrine, on construisait des nids en haut des toits. Je devenais Robinson en haut d'un arbre-immeuble. Et j'allais d'immeuble en immeuble, refaire ma cabane à la cime de ses étages. Inventer des couleurs pour les murs, faire de planches les meubles et ça nous suffisait. Je me suis brûlée à cette ville lumière. Je n'ai plus sa lumière pour dormir.

Ephèmére. Rien ne reste à part les souvenirs qu'on construit d'un moment. J'ai couru dans ses rues, je suis tombée à lever le nez sur des corniches, des fenêtres, des entrelacs, un visage à une fenêtre. Je ne faisais rien d'autres que me perdre dans des rues, des passages, des jardins où je m'asseyais pour regarder les gens, et j'apprenais dans les livres le pourquoi des choses que j'admirais. J'étais moi pleinement.

Qu'avons nous fait de tout ça aujourd'hui ? On a oublié parceque être heureux nous semblait si naturelle que nous n'en avions pas conscience. .

Temps criminel à l'aube de mes quarantes ans me rapelle ce passé que je voulais enfouir quand je vais l'affronter pour mieu avancer. Tout poser, tout donner, et recommencer à construire un autre nid.