Un réveil à cinq heures. Froid. J'ai dormi dans un lit qui n'est pas le mien. J'ai faim mais il faudrait que j'organise les mots et que je parle. Difficile. Je suis dans une campagne, ma campagne, celle de mon enfance, celle que j'ai fui par ennui, celle ou je me love encore et toujours, où je me refugie.

Le jour se lève, s'installe pendant que nous déballons des cartons et cartons de nos vies sur des planches. Brocante. Rires. discussions. Et une sensation de bien être que j'avais oublié. Mon stand est entre maman et sa copine. Des copines à maman, il n'y a que ça, elles se sourient, partent en éclat de rire, leurs cinquantaines brillantes de bonheur. Pourtant elles en ont vu ces mamies modernes, le départ des conjoints, les divorces, les coups durs. Et elles ont toujours été là les unes pour les autres.

Elles ne se connaissaient pas, se saluaient devant la petite école, emmener les enfants (nous) au anniversaire des uns et des autres. Nous, on a grandi, on est parti. Sont arrivés les petits-enfants qu'elles se sont montrées fiérement. Maman a perdu son petits-fils, elles étaient là. Une autre a perdu son mari. Elles étaient là. D'enterrement en baptême, s'est crée un lien entre elles si simple sans engagement autre que de se respecter.

La matinée a avançée à travers leurs discussions. Cette brocante n'étant qu'une excuse pour pouvoir se retrouver. Leurs hommes parfois s'approchent, les mains au fond des poches de leurs vieilles salopettes, ils placent une ou deux phrases et repartent en lorgnant sur les autres stands sachant qu'elles ne les retiendront pas. Papa résiste, son avantage étant d'être là à la sortie des écoles. Car chez moi, dans mon petit village si proche de Paris, les grands-parents ont gardé leurs places dans la vie de leurs enfants.

La journée s'avançe magnifique, on donne, on échange, on vend parfois. Le plaisir de faire plaisir remplace la notion d'argent. Alors apparait tout un monde que j'avais oublié, le monde magique de mon enfance.

Et je parle. Je ne cherche pas les mots ni leurs sens. Je parle. Je raisonne, je tiens la conversation et je ris. Je parle. Le temps n'existe plus, il est soleil