Il y a ce chemin qui est mon chemin secret. L'hiver ou été, je m'y ballade de long en large. Il coupe entre les champs et la forêt. L'urbanisme des hommes et leurs voitures a fait oublier cet endroit, j'y suis souvent seul. Il faut se perdre pour le trouver. D'abord quitter la ville pour une route qui laisse passer entre ses plaques de goudrons éclatés un tas de végétaux. Il n'y a pas de trottoirs mais un talus d'herbes.

Et puis on devine le chemin entre les champs, les fossés, la forêt. Son tracé s'efface aux yeux des vivants et devient pour moi un endroit hors du temps. J'y suis coupée du monde. L'été je m'assois en son milieu, et je regarde le blé. Il y a le son mélodieu du vent qui agitent les brindilles et le soleil qui se reflétent dans les épis. Alors le temps s'arrête et j'ai plus envie de bouger. Mes mains posées à plat sur la terre, j'ai envie d'y être engloutie, d'être le chemin.

Ce chemin est mon secret, il m'offre parfois quelquechose qui ne durant pourtant qu'un instant devient la pensée de ma journée. Un jour d'hiver, j'allais courir. Et j'ai été absorbé par un décor que je devrais connaitre par coeur mais dont le soleil change sans cesse les couleurs. Brusquement une biche a surgi devant moi, elle m'a regardée, je sentais sa respiration, je devinais la texture de son pelage. Quelques secondes à peine et pour la journée, j'ai revu cet animal et sa beauté.

Le chemin offre aussi son lot de curiosité, cette semaine il m'a surpris. J'allais le long d'une haie touffue, bordélique d'arbres emmêlés de plantes. Et soudain, je devine un grillage derrière des bosquets d'arbustes. Le grillage était neuf sur un portail rouillé. J'ai trouvé drôle de penser qu'un homme avait entouré d'un grillage un endroit au milieu de nul part. J'ai longé curieuse cet enclos et je suis tombée sur une plaque sur un portail.

 

Au milieu de nul part, un grillage, une plaque et un portail.