Souvent lorsqu'on discute entre non-scos et qu'on commence à avoir une bonne petite expérience de l'IEF, on ne voit plus les choses sous le regard d'un cataplasme à l'Education Nationale mais bel et bien comme un mode de vie.

Petit à petit, on adopte un rythme, une organisation qui est unique et propre à sa famille. On tatonne pour y arriver. On vit des remises en question. Il y a des moments fantastiques et d'autres où on serait presqu'au point de jeter l'éponge et de redéléguer la scolarité de nos enfants aux enseignants.

Certains des IEFeurs choisissent que tout soit cadré, très formel ... ils reproduisent une "école à la maison" parfois jusqu'à la salle de classe avec le tableau noir ... mais d'autres, à l'extrême inverse pratiquent l'unschooling, ce mot anglosaxon quasi intraduisible.

Plutôt que d'écrire maladroitement, je vous laisse consulter ce blog qui pour moi parle juste de bonheur : apprendreenliberte.wordpress.com/ en décrivant simplement l'unschooling.

Cela fait plus d'un an que nous sommes en IEF, pas encore de la vraie IEF puisque ma fille n'a pas encore l'âge de la scolarisation obligatoire, mais j'ai déjà du faire face à "c'est normal qu'elle ne veuille pas retourner à l'école, moi aussi j'adorerai être en vacances toute l'année" et autre jugement d'un représentant de l'Etat qui nous a même amené à devoir rendre des comptes à la Protection de l'Enfance.

Face à ces préjugés, ces jugements, ces incompréhensions de cette vision différente de l'apprentissage et de l'éducation par l'auto-motivation et non la souffrance, il est bien difficile de ne pas se sentir déchiré entre ses propres valeurs et la pression environnante.

En effet, ici, on n'est pas à 8h30 devant un cahier à faire une dictée. On ne fait pas de fixation sur le temps. & lorsque nous avons des périodes sans pression extérieure, je mesure l'ampleur de l'apprentissage qui pourtant ne se mesure pas dans un tableau du socle commun.

En ce moment, le soir, j'entends ma fille déchiffrer des syllabes pour essayer de lire seule ses histoires. Ce matin, elle est arrivée, les yeux pétillants de fierté, en me disant : "Tu vois, lui, il s'appelle Manolito parce que M et A MA N et O NO L et I LI T et O TO, ça fait MANOLITO". Elle a beau répéter qu'elle ne sait pas lire, de plus en plus souvent dans le métro elle déchiffre des mots. Pas de barrière de timidité pour oser dire à maman qu'elle bute sur un son qu'on n'a pas encore vu. J'explique. Elle teste. Et parfois, des semaines après, je constate qu'une seule explication en coup de vent a suffit pour qu'elle retienne.

Le principe des fractions, on l'a abordé à Châtelet les Halles en redescendant sur le quai de Météor.

Mais comment on explique ça à un inspecteur de l'éducation nationale ? Comment on arrive au contrôle détendu et sereine lorsqu'on n'a pas 15 feuilles d'exercices à présenter pour une notion ? Comment on leur fait comprendre qu'un apprentissage naturel et non bridé est bien plus productif que 8 h / jour assis en classe ?

Voilà ce que je me demande et qui fait qu'on fait encore du formel de temps en temps même si ça n'amuse personne ^^