Devant le peu de succès des recueils et autres formes éditoriales servant de refuge au langage en vers, la question se pose : la poésie est-elle trop obscure pour être comprise ou bien les éditeurs ne trouvent-ils pas (ou ne souhaitent-ils pas trouver) le remède miracle lui permettant de récupérer sa place d'antan dans le coeur des lecteurs...?

Voici la définition qu'en donne Rilke: la poésie est l'expression intégrale de la vie humaine, puisqu'elle la traverse de part en part

 

Voilà que le soir se referme
sans rien connaître de ce monde
qui en moi doucement dort
avec parfum de lueurs sauvages

Une pierre engloutit des rumeurs
d'auberge triste

C'est la chambre où j'habite.

 

André du Bouchet (1924-2001)

André du Bouchet est décédé le 19 avril dernier à Truinas dans la Drôme, à l'âge de soixante-seize ans. Il fut l'un des grands poètes de l'après-guerre, et à ce titre, l'une des figures emblématiques des Éditions du Mercure de France. Nous reproduisons ici un extrait d'un article qu'un autre grand poète, Philippe Jaccottet, lui consacra en novembre 1957 dans La Nouvelle Revue française.

Le regard d'André du Bouchet est abrupt, il s'ouvre à des apparitions, comme si le voile qui nous sépare du dehors se déchirait par instants. Une dernière trace de mélodie, de tendresse, éclaire encore certaines notes d'Air (ci-dessus)