Le Karmapa nous rend visite ce Week-End, c'est une fete immense.

Pour les bouddhistes tibetains il est le plus haut dignitaire religieux, haut dessus meme du dala-lama qui incarne le pouvoir temporel.

Pour nous tous donc, le Karmapa incarne Tchenrezi, le boddhisatva de la compassion. Il sera la tout le week-end et donnera dimanche l'initiation de Tara Blanche ou Tara de longue Vie.

Tara est ne d'une larme de Tchenrezi, voici un extrait du livre de Bokar Rinpotche:

D'un point de vue absolu, Tchènrézi est sans origine ; il existe primordialement. Néanmoins, du point de vue de la réalité-guide, on assigne un commencement à sa manifestation dans le domaine des phénomènes. Voici les grandes lignes de cette manifestation, telle que le rapporte le texte intitulé le Mani Khaboum.

Amitabha, le Bouddha de Lumière Infinie, qui règne sur le Champs de Béatitude (Dewatchèn), conçut un jour que, pour aider les êtres, il fallait que se manifeste une divinité ayant l'apparence d'un jeune homme. Son œil droit émit alors un rayon de lumière blanche qui prit la forme de Tchènrézi. Il vit qu'il fallait aussi une divinité ayant l'apparence d'une jeune fille et de son œil gauche jaillit un rayon de lumière verte, d'où naquit Tara.

Ainsi né de l'œil d'Amitabha, le jeune homme apparut miraculeusement sur un lotus. Il y avait alors dans le Champs de Béatitude un roi qui s'appelait Bonté Sublime (Zangpotchok). Mille reines étaient ses compagnes, pourtant aucun fils ne lui était né. C'était son grand regret, et il souhaitait ardemment la venue d'un héritier. Afin que son souhait soit exaucé, il donnait beaucoup de biens au dharma et, sur l'autel, présentait de multiples offrandes aux Bouddhas et aux Trois Joyaux. Pour ce faire, il envoyait régulièrement un serviteur au Lac des Lotus, qui s'étendais non loin du palais, avec pour mission d'en rapporter de belles fleurs fraîches. Un jour que le serviteur était ainsi parti faire sa cueillette, il aperçut, assis sur le cœur d'un lotus, un enfant d'aspect merveilleux. Il courut aussitôt au palais et rapporta au roi ce qu'il avait vu.

Le roi pensa que ses prières avaient été entendues : l'enfant miraculeux ne pouvait être que le fils tant souhaité. Avec sa cour, il se rendit au Lac des Lotus pour prier le jeune homme de venir habiter avec lui. Celui-ci semblait avoir seize ans ; il était très beau, de couleur blanche, paré de soies et de bijoux. Il disait sans cesse "Pauvres êtres ! Pauvres êtres !"

Il vint donc habiter au palais du roi, qui en raison des circonstances de la découverte, le nomma Cœur de Lotus (Pémé Nyingpo). Bonté sublime voulut néanmoins savoir d'où venait le jeune homme. Il alla donc trouver Amitabha, lui demanda de qui Cœur de Lotus était l'émanation et quel était son véritable nom.

- Cet enfant est une émanation de l'activité de tous les bouddhas, répondit Amitabha ; il est celui qui accomplit le bien de tous les êtres, celui qui réjouit le cœur de tous les bouddhas. Son nom est "Tchènrézi, le Noble Souverain". Le secours qu'apportera aux êtres ce fils bien né sera aussi vaste que l'espace.

Lorsque plus tard Tchénrézi posa sur les êtres le regard de la compassion, il vit que, tombés sous l'emprise du désir, de l'aversion, de l'aveuglement, de la jalousie et de l'orgueil, ils étaient recouverts de nombreux voiles karmiques et qu'innombrables étaient leurs souffrances. Il le vit, et une larme coula de chacun de ses yeux. De la larme tombée de son œil droit apparut Tara, de la larme tombée de son œil gauche apparut la déesse Lhamo Treulnyèrtchèn. Les deux divinités se tournèrent vers lui et lui dirent : "Ne crains pas, nous t'aiderons dans ta mission pour le bien des êtres". Puis, d'un coup, elles se fondirent de nouveau dans ses yeux.

Puis, alors qu'il était en présence d'Amitabha, Tchènrézi pensa : "Aussi longtemps qu'un seul être n'aura pas atteint l'éveil, j'œuvrerai pour le bien de tous. Et si je venais à manquer à cette promesse, que ma tête et mon corps se brisent en mille morceaux !"

Amitabha comprit cette pensée et lui dit : "Cette promesse est excellente. Moi-même et tous les bouddhas des trois temps c'est en prenant de tels engagements que nous avons atteint l'éveil pour le bien de tous. Je t'aiderai à accomplir ce que tu as promis".

Le corps de Tchènrézi émit alors six rayons de lumière qui produisirent des émanations dans chacune des six classes d'êtres - les hommes, les dieux, les demi-dieux, les animaux, les esprits avides, les enfers - destinés à agir pour le bien de tous.

Il œuvra ainsi pendant de nombreux kalpas, puis, un jour, du haut du Mont Mérou, il regarda avec l'œil de la connaissance s'il avait libéré de nombreux êtres, si leur nombre avait diminué dans le samsara. Il vit, hélas, qu'ils étaient encore innombrables. Il en fut triste. Découragé, il pensa : "Je n'ai pas la capacité de secourir les êtres ; mieux vaut que je me repose au nirvana". Cette pensée allait à l'encontre de sa promesse. Aussi son corps se brisa-t-il en mille morceaux et il connut une intense souffrance.

Amitabha, par la puissance de sa grâce, recomposa le corps de Tchènrézi. Il lui donna onze visages, lui conféra mille bras semblables aux mille rayons de la roue d'un monarque universel, et mille yeux, symboles des mille bouddhas du kalpa en cours. Tchènrézi pourrait désormais aider les être sous cette forme, autant que sous ses autres formes, à deux bras ou à quatre bras. Amitabha demanda à Tchènrézi de reprendre sa promesse avec encore plus de vigueur qu'auparavant et lui transmit alors le mantra aux six syllabes . OM MANI PADME HOUNG.

Telle est l'histoire de la manifestation de Tchènrézi dans le domaine du relatif.