SEGOLENE ROYAL ET LA LIBERATION D’INGRID BETANCOURT:

“QUAND S’EVEILLE L’ANGE DECHU ...”

 

Ingrid Betancourt est libre”. Quand j’ai vu cette phrase s’inscrire en bas de mon écran de télévision le 3 juillet, après avoir allumé LCI le matin au petit déjeuner comme tous les jours, je me suis demandé si j’étais vraiment réveillé ou si j’étais encore en train de rêver. Il m’a fallu je ne sais combien de temps pour réaliser que ce que je voyais ne provenait pas de mon imagination. L’existence de CVTD a commencé sur un appel à la libération d’Ingrid Betancourt pour la Journée internationale des Femmes, appel hélas resté lettre morte et je m’en doutais bien dès le départ. Avec le temps, j’avais vraiment fini par croire, aussi atroce que cela puisse paraître, que les FARC ne laisseraient partir Ingrid Betancourt que pour son enterrement, d’autant que les images que l’on nous avait montrées et les nouvelles qui les accompagnaient ne poussaient pas vraiment à l’optimisme.

 

Alors, c’est l’armée colombienne qui l’a libérée, pas les FARC. Le 23 février 2002, ce même Ejército Nacional (Armée nationale) avait refusé d’escorter la Sénatrice et candidate à l’élection présidentielle dans la zone sous contrôle des FARC où elle avait voulu se rendre dans le cadre de sa campagne. L’armée colombienne portait donc sa part de responsabilité dans l’enlèvement d’Ingrid Betancourt, et puisque c’est elle qui l’a délivrée, la boucle est bouclée. Ingrid a retrouvé la liberté, ainsi que sa mère, Yolanda Pulecio - elle aussi ancienne Sénatrice colombienne - son ex-époux Fabrice Delloye, leurs enfants Mélanie et Lorenzo, et son époux d’aujourd’hui Juan Carlos Lecompte. Elle est aujourd’hui revenue en France, où elle est aussi chez elle, et sa reconstruction peut maintenant commencer.

 

De nos jours, rares sont les personnalités qui font l’unanimité, en particulier auprès de la classe politique, et c’est donc d’un véritable exploit que peut se vanter Ingrid qui a entendu tout le monde, sans exception, à gauche comme à droite, se réjouir de sa libération. Enfin, sans exception ... On n’a pas entendu Jean-Marie Le Pen, pour qui les occasions de se faire de la pub ne se bousculent pourtant pas en ce moment; cela dit, il ne sait peut-être même pas où c’est, la Colombie. Dans le genre ennemi du système, Olivier Besancenot non plus n’a pas trop donné de la voix; triste pour les FARC, le petit facteur? Allez savoir. Mais bon, à part ces deux cas “extrêmes”, toute la classe politique française est contente. “Toute? Non!”, comme diraient ceux qu’Astérix aux Jeux Olympiques n’a pas définitivement dégoûté des aventures du petit Gaulois.

 

Eh oui. Dans la liesse générale, il y a quand même eu quelqu’un pour se plaindre, et ce n’est ni Le Pen ni Besancenot. Plus encore, c’est quelqu’un dont l’en était vraiment en droit d’attendre tout sauf ce genre de conduite. Et pour cause, il s’agit d’une femme, une femme politique comme l’est Ingrid, et qui a bâti toute sa carrière récente sur le fait d’être femme en lui-même bien plus que sur un programme ou des idées. Et le succès a été au rendez-vous, pas autant qu’elle l’aurait espéré mais bel et bien, puisque cette femme a failli devenir, l’an dernier, la première Présidente de la République française, comme l’aurait été Ingrid Betancourt en Colombie si, par bonheur, son enlèvement n’avait pas eu lieu et elle avait remporté l’élection de 2002. Impossible de ne pas avoir reconnu l’intéressée – il s’agit de Ségolène Royal, candidate du Parti Socialiste à l’élection présidentielle de l’an dernier et accessoirement ancienne compagne du Premier Secrétaire de ce même parti, François Hollande, pour la succession duquel la course est désormais ouverte. Et pour prendre la place de son ex comme chez Nagui, Ségolène Royal effectuait en ce début de mois une visite au Québec pour le 400ème anniversaire de la fondation de la ville, visite au cours de laquelle elle a fait résonner la seule fausse note entendue dans tout le concert des partis politiques au sujet de la libération inespérée de notre compatriote.

 

Avant d’aller plus loin, il faut quand même remarquer que Ségolène Royal et le Québec, c’est une grande histoire, celle de conneries monumentales dites par celle que l’on appelle aujourd’hui “la Madone” quand elle fait campagne pour un poste quelconque. Comment oublier, pendant la campagne présidentielle, le coming out “souverainiste” de la candidate socialiste qui lui avait valu le 24 janvier 2007 un coup de fil plutôt chaud de Jean Charest, le Premier Ministre du Québec? Membre du Parti libéral québécois, qui est contre la sécession et pour le maintien du Québec dans la confédération canadienne, le patron de la Belle Province demandait à Ségolène Royal ce qu’elle penserait si ses compatriotes à lui appelaient à l’indépendance de la Corse – et celle-ci de répondre que les Corses “ne seraient pas forcément contre”, déclaration qui fit la une des journaux dès le lendemain. Scoop glissé à la presse par l’entourage de Jean Charest? Non, bien plus simple. En fait de Premier Ministre québécois, c’était l’imitateur Gérald Dahan qui avait piégé Ségolène Royal, laquelle n’avait pu s’empêcher, étant déjà à l’origine d’une énième bourde, d’en commettre une autre par-dessus.

 

C’était aussi du Québec que, le 17 septembre 2007, Ségolène Royal, désormais candidate battue, avait réagi à la publication d’un livre de Lionel Jospin1 qui la mettait en cause, l’ancien Premier Ministre y exprimant ses doutes sur les “qualités humaines” et les “capacités politiques” de la Présidente de la Région Poitou-Charentes. Elle avait réagi en accusant Lionel Jospin de “sexisme et de racisme” et s’était plus encore émue de son propre sort en ces termes: “Si j’étais Jeanne d’Arc, j’aurais déjà été brûlée vive. [...] Au fond, ce qui me vient à l’esprit, c’est peut-être cette parole de la Bible, ‘pardonnez-leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font’. Donc, je pardonne à tous ceux qui m’agressent parce que, d’abord, je pense qu’ils me font moins de mal à moi qu’aux socialistes, à toute la gauche2. Quand j’ai entendu ça, je me suis dit: ça y est, elle a des informations exclusives, Benoît XVI va bientôt mourir à son tour et elle va être candidate à la papauté. Manque de bol, l’ancien Cardinal Ratzinger va plutôt bien en ce moment et, en plus, elle ne semble pas avoir pris connaissance des conditions d’éligibilité, il serait plus que temps avant la grosse déception quand elle saura.

 

J’imagine ce qu’a dû lui dire son staff depuis lors, semble-t-il sans effet: Ségolène, dès que tu entends le mot “Québec” ou que te trouves là-bas, s’il te plaît, FER-ME-LA!!!

 

Et ce coup-ci, le fait est que la peut-être future Première Secrétaire du Parti Socialiste, qui rêve en tout cas d’éjecter de son siège François Hollande comme elle l’a éjecté de son lit, a perdu une occasion des plus belles de se taire.

 

Depuis Québec, Ségolène Royal a donc déclaré, le 3 juillet, que Nicolas Sarkozy n’était “absolument pour rien” dans la libération d’Ingrid Betancourt, enfonçant encore le clou en ajoutant que, selon elle, “une récupération politique serait décalée”.

 

Bon, histoire qu’il n’y ait pas d’ambiguïté et que tout le monde comprenne bien ce qui vient d’être dit – et surtout, comprenne que ce n’est pas un canular comme c’en a pourtant l’air – voici la suite de l’excommunication prononcée par la Madone contre notre Président, pauvre pêcheur: “Tout le monde le sait, c'est une opération colombienne rondement menée qui a bien marché, qui prouve que les négociations avec les FARC étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien [...] Je pense aussi que la désorganisation des FARC a permis la réussite de cette opération militaire et c’est d’abord ça qui est à l’origine de cette libération”3. Et voilà. Non, c’est pas une blague, cette fois, c’est pas Gérald Dahan avec une perruque qui a dit ça. C’est bien Ségolène Royal, la seule, l’unique, la vraie, et, selon la formule consacrée, “que le monde entier nous envie, mais qui nous la laisse”.

 

Si ce qu’elle dit est vrai, alors, Nicolas Sarkozy a reçu des remerciements indus, car, aussitôt après sa libération, c’est lui qu’Ingrid Betancourt a appelé en premier, suivi par son prédécesseur Jacques Chirac et celui qu’elle a appelé son “ami”, Dominique de Villepin, le précédent Premier Ministre, élevé comme elle en Amérique latine, bilingue en espagnol et qui avait été son professeur à Sciences Po Paris.

 

Mais attendez! Comme disait Coluche, “elle est pas finite, là”! Normalement, après un tel florilège, on n’en rajoute pas. Sauf quand on s’appelle Ségolène Royal! Etre la première femme de l’histoire à avoir accédé au deuxième tour d’une présidentielle, ça donne des droits, Nom de Zeus, même s’il est entendu que droit n’est pas toujours raison.

 

Un exemple extraordinaire d’une force humaine qui dépasse et qui déplace les montagnes”. C’est ainsi que la Madone a donné dans le même temps sa bénédiction à Ingrid Betancourt, qui se voit au surabondant canonisée pour son “courage” et sa famille avec elle. Amen!

 

Si l’on prend Ségolène Royal au mot, maintenant qu’Ingrid Betancourt est libre, elle ne l’intéresse plus. C’est comme victime qu’elle présentait de l’intérêt, et c’est aujourd’hui une candidate vaincue et furieuse de ce nouveau succès de son vainqueur qui laisse éclater sa rancoeur, doublée d’une jalousie qui la déshonore et la ridiculise aux yeux non seulement des Français, mais aussi des Québécois, dont elle devait honorer l’histoire en tant que représentante de l’un des “peuples fondateurs”, selon la terminologie canadienne, et auxquels elle n’offre qu’un consternant spectacle d’indignité politique et personnelle. Encore heureux qu’elle n’ait pas été élue – à peine Ingrid Betancourt sur pied après un bon séjour au Val de Grâce pour se reposer et se vider la tête, c’est que la Présidente l’aurait mise dans un avion militaire avec un parachute et faite larguer de force au-dessus de la jungle colombienne sous contrôle des FARC! On a eu chaud!

 

Les socialistes aujourd’hui, c’est entendu, il n’y a plus grand-chose pour les empêcher de dire des conneries, surtout à l’international où ils ont un bon Transsibérien de retard (voir CVTD 2). Néanmoins, s’il était une personne qui devait bien s’en garder, c’est Ségolène Royal, qui est, avec Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy à droite, la seule personnalité politique en exercice, en tout cas vivante, à s’être d’ores et déjà ouvert la voie de la postérité. Nicolas Sarkozy est le premier Français d’origine étrangère et d’ascendance juive à accéder à l’Elysée, cependant qu’elle-même est, rappelons-le encore, la première femme à avoir concouru pour le poste jusqu'à la dernière étape, et Jacques Chirac, le premier Président de la République à avoir été (ré)élu au suffrage universel à plus de 80%. On me dira: Et Jean-Marie Le Pen? Vous l’oubliez? Oui, tout à fait, si ça ne vous fait rien. Et même si ça vous fait quelque chose. Puisqu’enfin, aujourd’hui, on peut.

 

Quand on est déjà de son vivant une figure historique, un héros politique issu du champ démocratique, on donne l’exemple, en toutes circonstances, ce sur quoi un Nicolas Sarkozy devenu trop bling-bling a subi un salutaire rappel à l’ordre aux dernières élections municipales. Qu’est-ce qui pourra bien ouvrir les yeux à Ségolène Royal sur cette nécessité absolue? Si ses yeux restaient par malheur fermés, en tout cas, elle ne pourra pas dire qu’elle n’a pas eu les oreilles qui sifflent.

 

François Fillon, le Premier Ministre, qui se trouvait lui aussi au Québec en tant que représentant officiel de la France, a estimé que Ségolène Royal avait fait preuve “d’un manque de dignité totale”, ajoutant qu’elle “aurait dû écouter François Hollande qui s’est comporté plus en homme d’Etat. Elle était comme une petite fille dans une cour de récréation”, oui, qui boude parce que ce n’est pas elle, fille de militaire, qui a libéré la gentille otage détenue par les méchants gauchistes, mais le fils d’une petite fonctionnaire municipale de Neuilly qui s’est faite avocate à force d’études et de persévérance. D’un Premier Ministre à l’autre, Jean-Pierre Raffarin a estimé quant à lui que les propos de Ségolène Royal relevaient “de polémiques secondaires dignes de politiciens secondaires” ainsi que “d’agitation politique”. Rama Yade fermait la marche en qualifiant la déclaration de Ségolène Royal de “déplacée”, tentant dans le même temps d’offrir une explication à celle-ci, qui serait que l’ex-candidate socialiste à la présidentielle “se croit toujours en campagne4. Au moins, Ségolène Royal n’aura pas à envier à Ingrid Betancourt d’avoir fait l’unanimité, puisqu’elle aussi a eu ce privilège, sauf que, dans le cas de Ségolène Royal, c’était contre elle.

 

Qu’attendait-elle, au juste? Pensait-elle vraiment, en premier lieu, que l’accusation de “récupération politique”, en effet “décalée” en la circonstance, était quelque chose que l’opposition laisserait passer, ne serait-ce que parce que si récupération politique décalée il y a, c’est de Ségolène Royal elle-même qu’elle vient en premier lieu? Et encore, l’opposition n’est pas la seule à s’en être émue, puisque Jack Lang, le député socialiste du Pas-de-Calais et ancien Ministre de la Culture, a lui-même trouvé “inélégant” ce geste de sa collègue de parti.

 

On l’a bien vu pendant le débat présidentiel du 2 mai 2007, Ségolène Royal sait tout sur tout, elle n’écoute qu’elle-même, et elle supporte moins encore que tout que l’on la remette en cause. Elle a pour ainsi dire une mission divine à accomplir, elle sait le bien et le mal mieux que quiconque sur terre et cela lui donne le droit de juger et de condamner de manière sommaire. Toute remise en cause de cette attitude est un outrage à sa personne, et pour appeler un chat un chat, une attaque contre elle parce que c’est une femme, elle nous l’a dit on ne sait combien de fois. Eh oui, c’est vrai, Sainte Ségolène est là pour défendre toutes les femmes de France et du monde, notamment contre les méchants machos genre Sarkozy qui ne font que cloîtrer la pauvre Marianne à l’Elysée, au mieux comme une Afghane sous les Talibans et au pire telle une Natascha Kampusch à laquelle on va laver le cerveau pour qu’elle vous voie comme un demi-dieu. Alors, Ingrid Betancourt, Sarko ne l’aura pas! La Jeanne d’Arc moderne, issue de la même Lorraine que la première du nom, va bouter l’UMP hors de Franco-Colombie, c’est juré devant le Ciel, et d’abord, elle va délivrer la pauvre Ingrid du vil imposteur.

 

La pauvre Ingrid. C’est vrai qu’elle avait l’air de souffrir, quand, sur le tarmac de la base aérienne de Vélizy-Villacoublay (Yvelines) où le couple présidentiel était venu l’attendre, elle a dit à Nicolas Sarkozy en lui tenant longuement la main: “Je vous dois tout ... Je vous dois tout”, ce même Nicolas Sarkozy dont elle a admis par la suite qu’il était à l’origine de tous les efforts qui avaient permis de convaincre le Président colombien Alvaro Uribe de renoncer à son idée défendue de longue date d’une intervention militaire classique, ce au profit d’une opération d’intelligence militaire, celle qui a eu lieu portant du reste bien son nom. Cette opération, ce sont des formateurs militaires américains et israéliens qui avaient appris aux Colombiens à la faire, et côté français, seul un Président comme Nicolas Sarkozy, qui recherche de bons rapports avec les Etats-Unis et Israël, pouvait obtenir que ces méthodes soient mises en œuvre par la Colombie sans créer d’incident diplomatique, ce qu’un Jacques Chirac jugé trop gaullien envers Washington et trop pro-arabe au Moyen-Orient n’aurait sans doute jamais permis, lui qui refusait en outre l’idée de toute action armée pour libérer Ingrid Betancourt. A part ça, bien sûr, Nicolas Sarkozy n’y est pour rien.

 

Méfions-nous pour autant, car la Présidente de Poitou-Charentes n’a peut-être pas dit son dernier mot. Puisque tout événement prête de nos jours à révisionnisme, il y en a déjà pour nous dire, depuis la Suisse notamment, que les otages des FARC, Ingrid Betancourt comprise, ont été “achetés” pour 20 millions de dollars, l’opération menée par l’armée colombienne n’ayant été qu’une vaste mise en scène. D’une part, les images de cette même armée colombienne sont venues prouver le contraire – et si elles sont fausses, il faut absolument nommer les militaires que l’on voit sur les images aux Césars ou aux Oscars pour l’an prochain, car l’on n’a sans doute jamais vu d’aussi remarquables comédiens – et, d’autre part, l’on se demande ce que feraient les FARC avec un “pourboire” de 20 millions de dollars alors qu’elles en perçoivent 300 chaque année par le biais du trafic de drogue et du trafic d’otages. On attend maintenant celui ou celle qui va nous dire que l’enlèvement d’Ingrid Betancourt était un “point de détail” dans l’histoire colombienne!

 

C’est consternant. Réellement consternant. En déni psychologique permanent de sa défaite, comme en témoignaient déjà les images de la soirée du 6 mai 2007, Ségolène Royal semble avoir décidé non pas de jouer le rôle de chef de l’opposition comme son bon résultat, 47% au second tour (contre 0% à Lionel Jospin en 2002), le lui permettrait, mais de s’engager dans une guerre ad hominem contre Nicolas Sarkozy, une guerre dans laquelle, un peu comme le claironnaient les héros du magazine d’humour altoséquanais Défis et des garçons sur Comédie! jadis, aujourd’hui connus comme les membres du Groupe d’Action discrète de Canal+, “Tous les moyens sont bons, on demandera pas pardon!”. Franchement, quand on voyait la qualité (si on peut dire) de l’émission, on se disait que c’était dommage, parce qu’ils devraient. Et là, Ségolène Royal aurait elle aussi de bonnes raisons de solliciter, que dis-je, d’implorer le pardon de Nicolas Sarkozy, voire celui d’Ingrid Betancourt, pour la faute qu’elle vient de commettre. Qu’elle se tourne elle-même en ridicule, ça, c’est son problème, et puisqu’elle vit très bien avec depuis près de deux ans, on ne va pas la déranger. Mais qu’elle se serve d’un drame humain d’ampleur mondiale pour assouvir sa rancune pathologique contre l’homme qui a remporté une élection qu’elle lui estimait due, ça, c’est au-delà de ce que la décence et les règles de la démocratie peuvent tolérer.

 

Le précédent le plus immédiat en politique française, on le trouve en 1992, de l’autre côté de la détestation de Nicolas Sarkozy, donc chez Jean-Marie Le Pen. C’était l’été, et à la rentrée, les Français devraient se prononcer sur le Traité de Maastricht, ce sacré traité que les Danois avaient déjà rejeté et que le Président de la République, François Mitterrand, nous exhortait à accepter pour notre part. François Mitterrand, qui avait été réélu quatre ans plus tôt pour un second mandat, et que l’on savait désormais malade, rattrapé par un cancer qui l’avait touché avant même son élection mais contre lequel il s’était battu sans relâche, ayant remporté une victoire temporaire contre un ennemi qui, aujourd’hui, lançait sa contre-attaque et avait les moyens d’une revanche impitoyable. C’étaient les Professeurs Adolphe Stem et Bernard Debré qui s’étaient occupés de lui, à l’Hôpital Ambroise Paré, et précisément, peu avant le jour du vote, François Mitterrand avait dû être opéré de la prostate. La France était suspendue aux nouvelles de son Président, craignant un nouveau décès en exercice après celui de Georges Pompidou en 1974. Finalement, François Mitterrand avait pu regagner l’Elysée et reprendre le travail, pour le moment.

 

Dans ce genre de situations, la polémique politicienne n’a pas lieu d’être. Un homme malade, c’est un homme malade, et le cancer n’a jamais été ni de gauche ni de droite. La décence prévalait dans la classe politique, sauf, bien sûr, on s’en sera douté, chez Jean-Marie Le Pen. Dans un débat télévisé sur TF1, le Président du Front national avait ainsi accusé le chef de l’Etat de s’être fait hospitaliser intentionnellement pour attirer la sympathie du public, et avec elle le vote pour Maastricht. Si c’est vrai, ça n’aura qu’à moitié marché, puisque le traité n’a été adopté que de peu. Depuis quelques années, on savait que Le Pen ne reculait devant aucune absurdité ni aucune infamie, mais là, penser qu’un homme peut faire exprès de tomber malade, non pas de prétendre qu’il l’est mais de l’être, quand ça lui convient, a fortiori lorsque l’on parle du cancer, ça fait réfléchir sur le psyché de l’auteur d’une telle phrase. Dès lors, comment s’interroger moins que cela sur le postulat de Ségolène Royal selon lequel, si l’on a bien compris, Nicolas Sarkozy aurait fait libérer par d’autres, en son nom, Ingrid Betancourt, uniquement pour pouvoir ensuite en retirer le bénéfice politique?

 

Ce que l’on peut surtout se demander, c’est si Ségolène Royal, qui voulait présider la France et veut aujourd’hui diriger le Parti Socialiste, sait vraiment ce qu’elle dit quand elle parle, la campagne présidentielle ayant eu tendance à démontrer le contraire. Si tel était le cas, l’on serait en droit de se demander quel bénéfice politique, justement, elle espérait recueillir d’une telle opération de communication par le scandale, et, surtout, de quelle image publique elle pense avoir besoin dans la France d’aujourd’hui.

 

Qu’elle le veuille ou non, je le disais précédemment et je le confirme, Ségolène Royal a d’ores et déjà rejoint la liste des femmes qui ont écrit l’histoire de ce pays, celle que l’on traduit aux Etats-Unis par herstory, “son histoire à elle”, par opposition à history, que l’on peut aussi écrire his story, “son histoire à lui”, l’histoire des femmes et de leur contribution au progrès. Elle a rejoint des Germaine Poinsot-Chapuis, première femme nommée Ministre en 1947; des Gisèle Halimi, l’avocate du procès de Bobigny en 1973 qui ouvrit la voie l’année suivante à la légalisation de l’avortement; des Simone Veil, qui, alors Ministre de la Santé de Valéry Giscard d’Estaing, fut à l’origine de cette loi qu’elle défendit devant l’Assemblée nationale; des Edith Cresson, première et seule femme à ce jour à avoir été Premier Ministre de la France; des Elisabeth Guigou, première femme Garde des Sceaux; des Michèle Alliot-Marie, première femme présidente d’un parti politique de premier plan, en l’occurrence le RPR qui précéda l’UMP, et première femme Ministre de la Défense; des Christine Lagarde, première femme Ministre de l’Economie et des Finances; et il y en a tant d’autres que j’oublie, c’est inéluctable, qu’elles veuillent bien me pardonner.

 

Si seulement elle voulait bien admettre enfin que l’élection présidentielle, elle est terminée et elle l’a perdue, Ségolène Royal prendrait enfin conscience de l’immense honneur qui lui a été fait par les Français, celui, répétons-le encore, d’être la première femme à laquelle ceux-ci étaient prêts à confier la fonction suprême, puisqu’ils ont fait d’elle l’un des deux candidats du second tour. Bien sûr, sa candidature n’a pas fait l’unanimité chez les féministes, mais tout au moins, elle a ouvert une porte, par laquelle passait une bouffée d’air frais qui changeait des exhalaisons des années Vichy qui s’étaient échappées de celle qu’avait brièvement ouvert Le Pen en 2002. Les femmes au pouvoir, ça existe, il faut compter avec elles et ça ne fait que commencer. Elle l’avait dit elle-même, “le temps des femmes est venu”, et c’est très vrai. Le temps des femmes – mais pas de cette femme. Elle s’est déjà disqualifiée et elle continue de le faire.

 

Non contente d’avoir suscité l’indignation une première fois cette semaine, Ségolène Royal en remettait une couche le 9 juillet en imputant le cambriolage cinq jours auparavant de son domicile de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), au cours duquel rien n’avait toutefois été dérobé, au fait qu’elle ait appelé à “la fin de la mainmise du clan Sarkozy sur la France”, autrement dit, insinuant un acte de représailles politiques, ce sans pouvoir apporter le moindre début de preuve de ses allégations. Sans tarder, François Fillon répliquait: “Ségolène Royal perd le contrôle d’elle-même”, et c’est peut-être bien la meilleure façon de résumer ce qui arrive à quelqu’un qui ne semble plus se fixer aucune limite pour assouvir une vengeance dérisoire et déshonorante. Le problème, c’est que le terreau est déjà bien fertile en matière d’antisarkozysme primaire, d’où, si l’on est un personnage politique de premier plan qui se conduit tant soit peu normalement, la nécessité de se montrer prudent, ou, dans ce cas d’espèce, prudente.

 

C’est pourquoi cette attaque contre Nicolas Sarkozy en rapport avec la libération d’Ingrid Betancourt en était une, sans conteste, que Ségolène Royal n’aurait pas dû oser, jamais. En le faisant, elle s’est défaussée de l’aura que lui avait conféré l’élection présidentielle de l’an dernier, celle qu’elle avait peut-être un peu héritée de Michelle Bachelet, la candidate socialiste à la présidence du Chili, qu’elle était allée soutenir pendant sa propre campagne et qui avait quant à elle gagné, cette aura qui “aura” sans doute profité par la suite à Cristina Fernández de Kirchner, l’épouse du Président argentin sortant Nestor Kirchner qui se présentait pour prendre la suite de son mari, et qui, soutenue publiquement par une Ségolène Royal déjà vaincue à l’époque, a gagné comme sa voisine chilienne. C’était au niveau mondial que Ségolène Royal était devenue une héroïne pour les femmes, ainsi que pour les hommes qui sont à leurs côtés, ce sans que les unes ou les autres partagent forcément ses convictions politiques. Déjà assurée d’une place de choix dans les livres d’histoire en France, elle l’était aussi d’une place de premier ordre dans l’avenir du monde.

 

Et elle a tout envoyé balader, pour une simple et maladive jalousie, là où elle a elle-même avoué a posteriori que sa campagne présidentielle avait eu pour but premier de se venger d’une infidélité passée de François Hollande et qu’elle-même ne croyait pas à ce qu’elle disait, notamment sur les 35 heures. D’une fausse campagne étaient nés de vrais espoirs, qu’elle aurait pu, et sans doute dû, choisir de les porter cette fois en y croyant. En lieu et place, elle nous montre ce qui est peut-être une vraie nature inavouée, celle dont Pierre Bourdieu l’avait taxée, dans une vidéo tournée en 1999 par Pierre Carles et intitulée Gauche/Droite, vu par Pïerre Bourdieu, où il parlait d’elle en ces termes: “Pour moi, la femme de [François] Hollande, elle n’est pas de gauche”, celle-ci ayant, selon le défunt philosophe jadis professeur au Collège de France, choisi ce camp politique par carriérisme. Fausse gauchère et vraie droitière déguisée, Ségolène Royal?

 

Elle seule le sait, mais, quoi qu’il en soit, après ce qu’elle a dit sur la libération d’Ingrid Betancourt, la révolution des femmes se fera sans elle. Avec cette libération miraculeuse ou presque, pour laquelle s’étaient battues au premier plan la mère d’Ingrid Betancourt, Yolanda Pulecio, et sa fille, Mélanie Delloye, c’est une nouvelle étape de cette révolution qui s’ouvre, la révolution de la force et de la fragilité mariées pour le meilleur, celle de l’intelligence et de la beauté qui ne se contredisent pas comme le voudraient certains, celle de l’amour de l’autre qui supplante l’ambition personnelle, la première révolution qui ne fera aucun mort.

 

Par cette déclaration intempestive et révélant une nature opportuniste, Ségolène Royal a renoncé, et ce d’une manière incompréhensible, à une image publique favorable, celle d’une femme trompée par le père de ses enfants, celle d’une femme qui a voulu, par une candidature politique majeure, envoyer un message aux Françaises, et en fait à tous les Français, celui que, oui, “le temps des femmes est venu”, celle qui, tant raillée pour ses robes et jupes et dont d’aucuns étaient allés jusqu'à dire que “son programme politique, [c’étaient] ses jambes”, voulait en effet et veut toujours montrer que la compétence politique ne se résume pas au fait de porter un pantalon, que l’on soit un homme ou bien une femme qui pense que c’est mieux de prendre toutes les précautions pour que l’on la regarde dans les yeux, comme c’est hélas encore bien trop souvent nécessaire, puisque nombre d’hommes ne comprennent pas que c’est d’abord à elles-mêmes que les femmes veulent plaire. Ca peut paraître un détail, mais, à une époque où, dans les cités, les jeunes filles qui se mettent en jupe se font traiter par les “grands frères” (voir CVTD 3) de “taspés” (comprendre, en bon français, de “pétasses”), et où il faut même organiser une “journée de la jupe” dans les établissements scolaires alors que l’on y militait il y a trente-cinq ans pour porter le pantalon, ça devient une affaire politique. Alors, pour une femme politique de premier plan, persister à montrer ses jambes, dire que l’on se veut belle pour soi et dans les yeux des autres, c’est donc aussi une déclaration politique, une déclaration qui fait écho au célèbre “I am woman”, “Je suis femme” de Helen Reddy, hymne féministe des années 1970 aux Etats-Unis. “Je suis forte, je suis invincible, je suis femme”. Cette fois, c’était en quelque sorte “je suis femme, je mets des jupes, je montre mes jambes, on en a toutes le droit et on emm... tous les machos prudes et arriérés”. Et c’était bien. Du reste, c’était la moindre des choses que les électrices pouvaient attendre de celle qui serait peut-être la première femme Présidente de la République.

 

La Madone selon les uns, ou Sainte Ségolène selon les autres, elle qui avançait entourée d’un halo de douceur maternelle et caressante, elle s’est elle-même défaite de son “amabilitude”, pour imiter ses néologismes dotés de ce suffixe, à savoir, de sa capacité à attirer des électeurs effrayés par des méthodes sarkoziennes qu’ils trouvent brutales et qu’ils voient de mieux en mieux s’avérer inefficaces. N’empêche, pour Ségolène Royal en 2012, ç’aurait pu être le jackpot, après cinq ans de sarkozysme à ce rythme-là, cinq ans au bout desquels elle aurait pu rallier même des gens qui n’auraient jamais pu imaginer voter pour un(e) autre que Nicolas Sarkozy, mais que des résultats inexistants alliés à une politique autiste auraient tout de même fini par dégoûter de leur champion. Un séisme politique à la manière du 10 mai 1981 l’attendait peut-être, et après ce qui vient de se passer, pour continuer à souhaiter qu’elle devienne Présidente de la République, il faudra être soit très naïf, soit aussi pétri de haine ad hominem envers Nicolas Sarkozy que l’étaient les électeurs du Front national envers leurs divers adversaires à l’époque où le parti faisait peur, et que le restent ceux d’entre eux que le sarkozysme, trop républicain quand on s’injecte du lepénisme tous les matins depuis plusieurs années, n’aura pas convaincus et qui resteront accros à cette drogue dure et mentalement mortelle.

 

En voulant aller trop loin, cette fois en tentant de réduire le fait d’être femme à l’incapacité à contrôler ses émotions (fait que d’aucuns dans l’Islam, tels les mollahs iraniens en 1979, vont opportunément déterrer dans la phrase “Les femmes ne sauraient être juges, car leurs émotions dictent leurs décisions”, ce qui a valu entre autres à Maître Chirin Ebadi, Prix Nobel de la Paix 2003, d’être évincée de son poste de juge pendant la révolution islamique pour “redescendre” au rang d’avocate), Ségolène Royal a fait d’elle-même un “ange déchu”, au sens où l’anglais parle de fallen angel, “ange tombé”, pire qu’un loser qui n’a jamais rien été, pire qu’un has been qui a été mais n’est plus, un fallen angel qui était mais qui a brutalement cessé d’être en pleine gloire.

 

En littérature, qui dit “ange déchu” renvoie à l’Ecossais John Milton et à son Paradis perdu, dans lequel Lucifer, l’ange porteur de lumière (c’est ce que signifie son nom en latin), se voit déchu par Dieu et projeté dans les Enfers dont il devient le roi, suite à quoi il proclame à la face de son ancien Seigneur: “Mieux vaut régner aux Enfers que servir aux Cieux!”. Etre une démocrate qui perd, c’est sans doute moins attrayant en fin de compte qu’être une démagogue qui gagne, surtout qu’il y a un créneau libre avec le dégonflement de la baudruche Le Pen et qu’il s’agirait de se grouiller avant qu’un Besancenot aux dents longues vienne prendre la place avec un Jean-Marc Rouillan dans ses bagages. Alors, tant pis pour la vertu; s’il y a du vice à la brocante, moi, je veux ma part et j’y ai droit, alors Sarko mon pote, tu vas morfler. Tout ce que t’a balancé Le Pen, à côté de ce que je te réserve, c’est rien, et si tu répliques, je dirai à tout le monde que tu t’attaques à une pauvre femme et tu passeras pour un salaud. J’aurai ta peau, Sarko, comme j’aurai celle de François avant toi. Je vais vous faire payer, les mecs, parce que vous êtes tous les mêmes.

 

Et voilà comment l’on caricature la révolution des femmes pour en faire un terrorisme intellectuel misandre, une vengeance contre les hommes rendus responsables de tous les maux, ce qui permet à un Eric Zemmour de jouer les Simone de Beauvoir à l’envers dans son livre Le premier sexe, où il affirme que nous autres les mecs devons serrer les rangs contre un tsunami castrateur, qui, une fois l’opération réalisée, nous foutra tous en kilt5. Attention, mon cher; ça, c’est des coups à finir à poil à la une du Nouvel Obs! Vous fermez bien la porte quand vous prenez une douche, au moins, ou alors, vous passez un peignoir tout de suite en sortant? A défaut, assurez-vous qu’il n’y a pas de photographes-amateurs chez vous!

 

Cela dit, ça ferait peut-être plaisir à Ségolène Royal, dont la plastique révélée par une photo d’elle en maillot de bain à l’été 2006, avait suscité l’admiration pour une femme de cinquante ans, et à une époque où les paparazzi se retrouvent souvent à faire l’affaire de leurs victimes, l’on ne peut même pas savoir si Ségolène Royal n’avait pas laissé faire, fût-ce à contrecoeur, une belle femme en bikini étant toujours un plus en politique, même quand elle appelle les femmes à s’affirmer, ce qui passe malgré tout au second plan quand il manque quoi qu’on tente des points dans les sondages.

 

Mais tout cela, dans la dignité et la beauté à l’état pur du retour en France de l’une des Françaises les plus illustres de tous les temps, une figure de proue de la révolution des femmes à laquelle, plus encore que son Gouvernement, il serait opportun que le nôtre propose un poste officiel de représentation internationale, n’a pas sa place, car tout ce qu’il émane de ces polémiques de bas-étage – pour ne pas dire de caniveau, parce qu’il y en a peut-être qui lisent CVTD à table sur leur ordinateur portable, même si c’est mal élevé et dangereux pour l’appareil – c’est la vulgarité, à l’état pur, celle jadis réservée à un Front national dont le monopole a pris fin l’an dernier et dont certains semblent se dire qu’il laisse une place à prendre.

 

Quand s’éveille l’ange, l’ange déchu”, chantait en 1989 Jean-Louis Murat, le plus distingué des poètes maudits de la chanson française. Dans son Ange déchu à lui, un homme que sa compagne avait quitté se comparait ainsi au Lucifer de Milton. “Chaque jour, les nostalgies nous rongent”, ajoutait Murat dans la même chanson. La nostalgie, nous la garderons d’une Ségolène Royal bien maladroite comme candidate, mais qui avait tout au moins amené pour la première fois le féminin aux marches du Palais de l’Elysée, sans que ce soit au bras d’un époux victorieux. C’était la première fois qu’une femme y parvenait, et, à n’en pas douter, ce ne sera pas la dernière. Les femmes du Gouvernement de François Fillon elles-mêmes ne sont pas sans lui devoir, dans une certaine mesure, d’être si nombreuses et si influentes. Dommage, vraiment dommage, que Ségolène Royal ait échangé tout cela pour une petite phrase de circonstance, domaine dans lequel, là encore, le forfait d’un Le Pen semble lui laisser penser qu’il y a un créneau à récupérer. “Quand s’éveille l’ange, l’ange déchu”, une femme d’exception s’éteint dans l’histoire française et mondiale. Requiescat in pace ... Et sic transit gloria mundi.



1 Lionel Jospin, L’impasse, Flammarion, 2007.

 

2 TF1/LCI, 04.07.2008.

 

3 NouvelObs.com, Ségolène Royal estime que Nicolas Sarkozy n'y est "pour rien", 04.07.2008, 07:44.

 

4 Ibid.

 

5 Eric Zemmour, Le premier sexe, Denoël, 2006.