SPORT, MUSULMANES ET LAICITE: LA RELIGION DES “ INCULTES DU CORPS ”

 

A La Verpillière (Isère), le 16 juin dernier, la piscine municipale a été ouverte pendant deux heures exclusivement aux femmes, expérience qui devait être officialisée devant le Conseil Municipal comme devenant permanente. Cinquante femmes avaient ainsi pu nager, hors des horaires d’ouverture normaux, sans la présence d’aucun homme alentours, pas même parmi les maîtres-nageurs. Un ancien conseiller municipal UMP, délégué aux sports dans la municipalité précédente, avait dénoncé ce fait en tant qu’occupation indue d’un lieu public, donc laïc aux termes de la loi, à des fins religieuses, ce à quoi le maire divers gauche, Patrick Margier, avait répondu qu’il s’agissait d’un test mené par le centre social de la commune et axé sur le bien-être de la femme.

 

“ Quand nous étions à la mairie, nous avions reçu des demandes dans ce sens émanant de la communauté turque. Demandes auxquelles nous n'avions pas donné suite car la piscine est un bâtiment public, ouvert à tout le monde ”, avait déclaré l’élu UMP[i], cité par le Dauphiné.

 

“ C'est un essai, mais la piscine reste laïque. Il s'agit d'un projet du centre social au niveau de la femme. Plusieurs organismes de toutes origines nous avaient demandé la possibilité de bénéficier d'un créneau horaire à la piscine ”, s’est défendu le maire, joint par l’AFP. “ Une cinquantaine de nageuses de tous âges et de toutes nationalités, toutes en maillot de bain, sans signe distinctif de religion, ont pu se baigner ainsi que quelques enfants. Pour moi il s'agit d'un processus d'intégration ”.

 

Est-ce que ce maire est vraiment naïf, ou est-ce qu’il nous prend pour des brêles ? Avant qu’il ne soit au pouvoir, une association turque, donc musulmane, avait sans cesse demandé à la municipalité de pouvoir mettre hors limites la piscine municipale, à chaque fois sans succès, et dès qu’il arrive aux affaires, lui, il le permet. Naïveté dont ses administrés auraient des raisons de s’inquiéter pour les six ans à venir, ou, plus probablement, relativisme culturel et communautarisme institutionnalisé, à l’image de cette fameuse “ politique des grands frères ” mise en place par la gauche dans les années 1990 et dénoncée à l’Assemblée nationale par une Rachida Dati exaspérée ?

 

C’est là qu’on repense à Martine Aubry qui, à Lille, avait mis en place un créneau horaire de piscine uniquement pour les femmes, avant d’abandonner rapidement l’expérience, et à Dominique Strauss-Kahn qui, alors maire de Sarcelles, avait cédé aux mêmes injonctions d’une association de femmes juives qui voulaient nager sans le regard des hommes sur leur corps.

 

Toujours est-il que, là où la droite est au pouvoir et ce de façon revendiquée (à savoir, sous l’étiquette UMP), ce genre de chose n’arrive pas. Le 29 juin, à Vigneux (Essonne), un tournoi de basket féminin intermosquées au profit des Palestiniens des Territoires occupés devait avoir lieu dans un gymnase municipal. Seulement, lorsque Serge Poinsot, le maire UMP de la ville, a constaté que l’affiche promotionnelle du tournoi comportait la mention “ réservé aux femmes exclusivement ”, il est revenu sur l’autorisation donnée par la mairie et a du fait annulé le tournoi, estimant qu’un lieu municipal ne peut donner lieu à une telle pratique discriminatoire. Pour l’association des musulmans de Vigneux, tout est “ parti d’un malentendu ”[ii], à savoir que le tournoi ne devait pas être “ interdit aux hommes ” mais “ réservé aux femmes ” (c’est ça, et sous l’apartheid en Afrique du Sud, les lieux publics n’étaient pas “ interdits aux Noirs ” mais “ réservés aux Blancs ” ; ça serait drôle si ce n’était pas aussi consternant !), histoire que celles-ci “ puissent pratiquer une activité sportive ”, l’accès d’un gymnase municipal dans la République française étant en temps normal interdit aux femmes comme chacun sait, et ce “ sans que l’on voie certaines parties de leur corps ”, ce qui paraît difficile au vu des tenues que les basketteurs des deux sexes doivent porter pour exercer leur art. A moins que certaines, moins assidues à l’entraînement que dans leur cuisine, aient pris des rondeurs inavouables, mais alors là, Mesdames, c’est une question de discipline personnelle, surtout pour les sportives que vous êtes !

 

Un de ces jours, il va bien falloir se décider à dire haut et fort que la liberté religieuse s’arrête là où commence ce que l’on appelle en psychiatrie la conviction délirante. Est-ce que, dans les piscines “ laïques ”, dès qu’une femme s’approche du bassin, tous les hommes commencent à la siffler, à lui tenir des propos licencieux, ou, dès qu’elle entre dans l’eau et commence à nager, ça devient la séance générale de pelotage subaquatique, puis la course à l’arrachage du maillot et, si la police n’arrive pas assez vite, le viol collectif ? Est-ce que, dans les tournois de basket féminin “ laïcs ” où le public est mixte, les cris des mâles fusent en quelques secondes sur l’anatomie des joueuses et se poursuivent jusqu'à la fin de la rencontre, poussant ces malheureuses à bout au point de les empêcher de jouer normalement ? Si c’était le cas, on en parlerait à coup sûr dans les journaux tant imprimés que télévisés. Nous sommes dans une société tolérante, où chacun(e) est censé(e) se conduire envers autrui avec un minimum de respect, ce qui vaut pour les rapports entre les deux sexes, et, quand ce n’est pas le cas, il y a le plus souvent, c’est heureux, des suites judiciaires pénales à la clé. Alors, pourquoi devrait-on faire nager des femmes ou les faire s’affronter au basket hors du regard des nageurs ou spectateurs masculins ? Il n’y aucune justification à cela.

 

D’aucuns diront, et ont déjà dit, qu’il existe bien des clubs de fitness pour femmes, et que, dans les hammams, les femmes et les hommes ont des horaires différents, ce qui, dans un cas comme dans l’autre, ne choque personne. Alors là, objection, Votre Honneur, et pour trois raisons. Un : les clubs de fitness et les hammams sont par nature des établissements privés, en tout cas, s’agissant des hammams qui peuvent parfois dépendre de centres communautaires religieux, ils ne sont ni détenus ni gérés par l’Etat, ce qui fait que l’on peut opérer une sélection dans l’admission sans que ce soit pour autant une discrimination au sens juridique du terme. Deux : pour les clubs de fitness, certaines femmes peuvent en effet vouloir pratiquer le sport encadrées par des professionnels qui comprennent les besoins plus spécifiquement liés à leur physiologie féminine, voire se refuser, en effet, à subir des regards masculins indécents lorsqu’elles portent body et collants, là où les hommes pratiquent en survêtement, en tout cas dans une tenue qui n’a rien de moulant. Trois : les hammams, lieux issus de la culture musulmane dont ils sont typiques, représentent à ce titre une culture étrangère ayant droit de cité en France, ce qui fait que des pratiques qui ne sont pas en elles-mêmes illégales peuvent y être tolérées, dont celle des horaires distincts selon le sexe.

 

“ On est en plein délire ! Après le mariage annulé de Lille (voir Ca Veut Tout Dire N° 3), après la piscine non mixte de La Verpillière en Isère, voilà un gymnase municipal interdit aux hommes ! Nos élus sont en train de favoriser le communautarisme ”, a déclaré dans Le Parisien Sihem Habchi, Présidente de Ni Putes Ni Soumises, cependant que Serge Poinsot a défendu dans le même quotidien sa décision en ces termes : “ Dès le moment où j’ai su que c’était discriminatoire, j’ai interdit le prêt du gymnase. Je respecte les lois de la République ”. De là à se demander si, de la gauche qui prétend l’être ou de la droite qui ne s’y est jamais engagée, le véritable camp des femmes dans la France d’aujourd’hui est celui que l’on croit (voir Ca Veut Tout Dire N° 2).

 

Et le fait est que, dans une gauche dite républicaine déboussolée qui lorgne vers l’islamo-gauchisme, un peu comme la droite sonnée par le 10 mai 1981 s’était dit au cours des années que, finalement, c’était peut-être le Front national qui avait tout compris, et que s’allier avec lui, même en loucedé, c’était peut-être le meilleur moyen de mettre à la porte cet usurpateur de Mitterrand (on connaît la suite ...), quelques-uns commencent à penser que l’acceptation de pratiques rétrogrades et discriminatoires sous le vocable de différence culturelle est peut-être bien le moyen d’affirmer la gauche dans le paysage politique comme le camp de la liberté d’être, par opposition à une droite qui écraserait les cultures allogènes sous une uniformité républicaine casernante.

 

Le problème, c’est que, dans bien des cas, les individus d’origine étrangère, notamment africaine, vivant en France ne gardent qu’une version réduite de leur culture d’origine, réduite donc réductrice, qu’ils présentent à tort comme étant leur culture d’origine dans sa version intégrale et que des Français peu culturellement sensibles interprètent comme telle - et, comme telle, ils la rejettent. Cette ignorance mutuelle fonde le racisme, et l’encourager d’un côté ne peut que l’encourager de l’autre, ce qui a fait la recette du succès du Front national pendant vingt ans, jusqu'à ce que Nicolas Sarkozy décide, lors de la campagne présidentielle de l’an dernier, de ramener les thèmes traditionnels du Front national dans le champ démocratique, les débarrassant ainsi de la démagogie haineuse qui s’y rattachait et mettant ainsi le parti d’extrême droite hors d’état de nuire. Vingt ans qu’on attendait ça.

 

Revenir en arrière, appuyer sur l’ignorance de leur culture par certains immigrés et les exposer ainsi au racisme, c’est risquer de voir resurgir le Front national avec, cette fois, un radicalisme qui trancherait avec les “ angles arrondis ” pour lesquels le parti avait opté non sans succès depuis 2002. Or, c’est bien le risque que prennent ceux qui, dans une gauche officielle passablement larguée, entendent de mieux en mieux les sirènes de l’altermondialisme poussé à son excès, celui qui fait de l’Islam un volet comme un autre de l’anticapitalisme.

 

Quand bien même on rejoint cette coterie, une piscine publique réservée aux femmes pendant deux heures, un gymnase municipal transformé en no man’s land dans la traduction littérale du terme (même si, dans ce cas-là, ça n’aura pas lieu), en quoi est-ce que ça constitue une lutte contre le capitalisme ? C’est une lutte liberticide, parce que sexiste, ru plus ni moins. Et puis, si c’est si bien que ça, pourquoi tant de gens dans tant de pays se battent-ils pour s’en défaire alors qu’ils le subissent du fait même de l’Etat, prenant à ce titre la France en exemple, ce en quoi les pays musulmans ne font pas exception, loin s’en faut ?

 

C’est la question que l’on peut se poser au regard des itinéraires respectifs de Taslima Nasreen, écrivain originaire du Bangladesh où les islamistes locaux lui avaient lancé une fatwa pour ses écrits féministes, et Ayaan Hirsi Ali, femme politique néerlandaise native de Somalie, laquelle a été menacée pour les mêmes raisons aux Pays-Bas sans que son gouvernement ait fait beaucoup pour la défendre, ce qui l’a poussée à fuir vers les Etats-Unis, et, finalement, vers la France. L’on a vu rien moins qu’une Rama Yade prendre leur défense, et c’est bien qu’il y a une raison à cela – Rama Yade, la benjamine et la plus diplômée des membres du Gouvernement, elle qui est noire, musulmane, et qui parle aujourd’hui des Droits de l’Homme dans le monde au nom de la France.

 

Plus grave encore, de telles conduites, même guidées par une sensibilité culturelle benoîtement exprimée, pourraient avoir pour effet à plus ou moins brève échéance de jeter le ridicule, et avec lui le discrédit, sur toute entreprise visant de manière légitime à donner aux femmes confiance en elles dans une société où elles continuent d’en avoir grand besoin, ce qui peut contre-indiquer dans certains cas la mixité. Ainsi, dès que l’on estimera que, dans tel ou tel but d’épanouissement personnel, certaines initiatives doivent rester 100% féminines, d’aucuns crieront à la cagoterie chez les organisateurs et à la pruderie de la part des intéressées. L’on entendra peut-être certains à gauche nous dire que la SFIO d’avant-guerre avait raison de refuser le droit de vote aux femmes, sous prétexte que celles-ci “ voteraient comme leur curé ”, tandis que le Général de Gaulle avait pour sa part affirmé en 1944 qu’une fois le territoire national libéré, “ les femmes et les hommes de ce pays [éliraient] l’Assemblée nationale ”, ce qui devint effectivement réalité. Si cela se produisait, le féminisme serait alors perçu par le grand public comme contraire au progressisme.

 

Il y a deux sportives musulmanes, dont aucune n’est toutefois française, dont il serait intéressant de recueillir les réactions, si un journaliste en prenait par bonheur l’initiative. La première, c’est Nawal el Moutawakel, athlète marocaine qui courut et remporta la première épreuve du 400 mètres haies féminine aux Jeux Olympiques de 1984 à Los Angeles. Elle fut aussi la première femme musulmane à remporter une médaille olympique et la première athlète marocaine, les deux sexes confondus, à décrocher une médaille d’or. Depuis 1998, elle est membre du Comité International Olympique, et dans son Maroc natal, elle est devenue une héroïne pour nombre de femmes et de jeunes filles. La seconde, c’est Hassiba Boulmerka, athlète algérienne qui remporta la victoire dans le 1 500 mètres aux Championnats du Monde d’Athlétisme de 1991. Dans cette même épreuve du 1 500 mètres aux Jeux Olympiques de Barcelone l’année suivante, elle surpassa encore une fois toutes ses adversaires, même la Russe Lyudmila Rogatcheva qui semblait pourtant assurée de l’emporter. Le problème, c’est qu’entre temps, dans une Algérie déchirée par la guerre civile opposant les forces armées régulières au Front islamique du Salut (FIS) et autres groupes islamiques divers, celle que les femmes avaient prise pour modèle d’émancipation – ce en quoi elles n’étaient pas les seules du monde arabe, loin s’en faut – et qui avait couru vers son triomphe dans la tenue habituelle des athlètes hommes et femmes s’était attiré en cela les foudres des intégristes musulmans. “ Honte à celle qui a montré sa nudité ! ”, crièrent ces derniers, obligeant la championne à partir en Europe pour s’entraîner. Au bout du compte, Hassiba Boulmerka fut parmi les premières personnes à être élues à la commission des athlètes du Comité International Olympique. Un symbole on est, un symbole on reste.

 

Justement, en 1984, alors que Nawal el Moutawakel faisait exploser de joie le Maroc, l’Algérie adoptait quant à elle son statut personnel des femmes, que le président de l’époque, Chadli Benjedid, issu du FLN alors parti unique, avait abandonné aux islamistes qui allaient clore la décennie en s’imposant comme la plus puissante et la plus menaçante des forces politiques d’une Algérie convertie au multipartisme. Après les municipales de 1990, dans les villes conquises par le FIS, plus question de femmes en maillot de bain sur la plage. L’année suivante, le premier tour des législatives garantissait une large majorité au parti islamiste, et, ne pouvant s’y résoudre, l’armée, qui avait lâché du lest pour laisser la démocratie s’installer dans le pays, reprenait les rênes. Aujourd’hui, cependant que le Maroc a dégraissé sa législation de ses dispositions discriminatoires envers les femmes, l’Algérie conserve l’essentiel des siennes, parmi lesquelles l’interdiction pour une Musulmane d’épouser un non-Musulman tandis que l’inverse est permis. Quant à la Tunisie, si elle ne brillait pas par ses athlètes, elle avait réglé la question des droits des femmes dès l’indépendance ou presque, et l’islamisme n’y a jamais menacé le pouvoir qui, aussi dictatorial que celui du FLN en Algérie, aurait pourtant pu être comme celui-ci ébranlé par un sérieux compétiteur en termes de dictature.

 

S’imposer en tant que femme dans un univers agressivement masculin, fournir à ses soeurs un exemple inédit et leur ouvrir une route, Nawal el Moutawakel et Hassiba Boulmerka savent ce que c’est. Elles sont nées dans des pays où, dans les deux cas à l’époque, les femmes étaient à peine plus que mineures à vie, et où, pour les plus conservateurs, faire bouger son corps en pratiquant un sport, qui plus est en portant peu de choses, c’était le dernier droit auquel une femme pouvait prétendre. Et voilà qu’aujourd’hui, en France, des élus locaux ici et des associations musulmanes là voudraient que ce soit du progrès et de la tolérance que d’aller dans le sens inverse, a fortiori quand on a le choix.

 

Ce choix-là, il y a des Musulmanes en France qui s’en réclament, disant haut et fort qu’elles sont “ volontaires ” pour porter le voile, voire qu’elles affirment ainsi, sans rire, leur féminité. Pour les plus coquettes, c’est comme pour les Téhéranaises qui cherchent à braver les interdits des mollahs, à savoir que l’on s’habille à l’Occidentale (en pantalon tout de même, ou au pire en jupe longue, faut pas pousser, on ne va pas jusqu'à montrer ses jambes), l’on se maquille de façon parfaitement normale, mais, en même temps, l’on porte le voile, tant et si bien que les passants se demandent avec raison ce qu’il fait sur la tête d’une femme moderne qui a toute la liberté de ne pas le porter si elle n’en a pas envie. Pour d’autres, c’est l’abaya comme en Arabie Saoudite, le voile noir qui couvre tout le corps et ne laisse voir que le visage, quand ce n’est pas seulement les yeux.

 

“ Volontaires ” ... Mais comment est-on “ volontaire ” quand on ne fait qu’appliquer un bourrage de crâne qu’on a subi depuis son enfance, sans aucune possibilité de le remettre en question sous peine de se voir qualifier de mécréante, ou, pire encore, de se sentir soi-même comme telle ? Dans certains pays d’Afrique, sous couvert d’Islam alors que cela n’a rien de religieux, l’on pratique l’excision, l’ablation du clitoris qui prive les femmes de tout plaisir sexuel et, souvent pratiquée sans aucune hygiène, peut aller jusqu'à entraîner la mort. Heureusement, la chirurgie moderne permet de réparer un clitoris mutilé, ce qui est autrement plus défendable, par exemple, qu’une reconstruction d’hymen. Ici en France, c’est un délit pénal, alors, en lieu et place, l’on bourre le crâne aux jeunes filles en leur martelant que leur corps est impur et qu’elles doivent à tout prix le cacher, ce que certaines font en se disant “ volontaires ”. Mais comment est-on “ volontaire ” lorsque l’on ne fait qu’exécuter le programme de démarrage que l’on vous a mis dans le cerveau comme l’on installe Windows dans un ordinateur ? Ce “ bourrage de crâne ” imposé aux jeunes Musulmanes, c’est de l’excision mentale, aussi douloureuse sinon plus que son équivalent physique, car reconstruire un clitoris est sûrement plus facile que libérer un esprit.

 

C’est pourtant connu, et ça devient agaçant que certains commencent à nous dire que c’est faux en se basant sur des pratiques que, dans les pays musulmans, les femmes elles-mêmes réprouvent et rêvent de pouvoir un jour éradiquer : chez les femmes, bien plus que chez les hommes, le corps a des besoins, les plus importants étant ceux de beauté et de sexualité, la recherche de la première permettant du reste que le besoin de la seconde chez le sexe opposé soit satisfait. Ignorer ce simple fait, c’est se montrer frappé d’un manque d’éducation qui est hélas sans appel, en d’autres termes, s’avouer être un “ inculte du corps ”, comme le sont les pudibonds de toutes les religions, du Tartuffe de Molière, qui veut qu’une servante se couvre la poitrine avant de lui parler, aux policiers téhéranais du Persépolis de Marjane Satrapi, qui lui expliquent que son fessier sur la selle d’un vélo est un objet de débauche sexuelle et auxquels elle répond, c’est implacable : “ Vous avez qu’à pas regarder mon cul ! ”.

 

Voici quelques années, alors que j’assistais dans le public à une séance du Conseil Municipal de ma ville, un élu d’extrême droite contestait un projet visant à renforcer les structures de la piscine municipale et du conservatoire de musique à titre éducatif. “ Quand je vais à la piscine ”, expliquait-il très sûr de son fait, “ je ne vois pas en quoi je m’éduque ”. Ah bon ? Pratiquer le sport réputé le plus complet et le mieux à même d’exercer tous les muscles du corps, qui plus est le seul sport par lequel l’on peut éviter la mort, en l’occurrence par noyade, n’est-ce pas donner à son organisme de bonnes habitudes ? N’est-ce pas lui apprendre à s’éviter le pire ? En un mot, n’est-ce pas “ l’éduquer ” ? Il me semble bien que si, à moi, même si je dois tout de même avouer qu’une pierre au fond de l’eau nagera toujours mieux que moi. Qu’importe ; au moins, je ne suis pas un “ inculte du corps ” !

 

Qu’il s’agisse de natation, de basket ou de toute autre discipline, le sport, c’est aussi une école de respect de l’autre, parce que de respect de soi-même, et c’est là que l’on repense à des Nawal et des Hassiba qui ont fait bouger la baraque dans leur monde arabe crispé – bien plus, et c’est là tout le malaise, que ne le fait Jacques Rogge à la tête du Comité International Olympique au sujet des Droits de l’Homme en Chine, ce à quoi il s’était pourtant engagé publiquement. Le progrès de l’accès des femmes au sport, à l’instar du progrès des femmes dans tous les domaines, c’est le progrès qui se poursuit pour toute la société, ce qui revient à dire que la régression sur ce point, c’est toute la société qui en pâtit. Que ceux de nos élus qui se veulent débonnaires au plan confessionnel, et avec eux tous ceux qui prétendent représenter l’Islam en France, en aient conscience, car les femmes de ce pays, avec à leurs côtés les hommes attachés au progrès et à l’égalité, ne les laisseront pas l’oublier.



[i] NouvelObs.com, 19 juin 2008, 14H32, La laïcité remise en cause dans une piscine ?

[ii] Europe1.fr, 19 juin 2008, 11h57, La laïcité en question dans un gymnase interdit aux hommes, par Astrid Bard.