Merci à cladine ( http://www.ipernity.com/home/claudine.gaulier-denis ), de m'avoir fait faire un retour arrière sur la poésie d'Alfred de Musset... Quand je regarde la lune, j'ai toujours 4 vers qui se balladent dans ma tête (je ne savais plus qu'ils étaient d'Alfred de Musset) C'est en cherchant, suite au com de Claudine, "Ballade à la Lune" que j'ai eu l'info
Toujours sous tes yeux bleus,Se traîne L'océan monstrueux.
Et qu'il vente ou qu'il neige,Moi-même, chaque soir,Que fais-je,Venant ici m'asseoir ?
Je viens voir à la brune,Sur le clocher jauni,La lune Comme un point sur un i
Voici donc l'intégralité de ce beau poème
Ballade à la lune – Alfred de Musset (1829)
C'était dans la nuit brune,
Sur le clocher jaunit,
La lune,
Comme un point sur un i !
Lune, quel esprit sombre
Promène au bout d'un fil,
Dans l'ombre,
Ta face et ton profil ?
Es-tu l'oeil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?
N'es tu qu'une boule?
Qu'un grand faucheux bien gras
Qui roule
Sans pattes et sans bras ?
Es-tu, je t'en soupçonne,
Le grand cadran de fer
Qui sonne
L'heure aux damnés d'enfer ?
Sur ton front qui voyage,
Ce soir ont-ils compté
Quel âge
A leur éternité?
Est-ce un vers qui te ronge,
Quand ton disque noirci
S'allonge
En croissant rétréci?
Qui t'avait éborgnée
L'autre nuit? T'étais-tu
Cognée
A quelque arbre pointu?
Car tu vins, pâle et morne,
Coller sur mes carreaux
Ta corne,
A travers les barreaux.
Va, lune moribonde,
Le beau corps de Phoebé
La blonde
Dans la mer est tombé.
Tu n'en es que la face,
Et déjà, tout ridé,
S'efface
Ton front dépossédé.
Rends-nous la chasseresse,
Blanche, au sein virginal,
Qui presse
Quelque cerf matinal !
Oh ! Sous le vert platane,
Sous les frais coudriers,
Diane,
Et ses grands lévriers !
Le chevreau noir qui doute,
Pendu sur un rocher,
L'écoute,
L'écoute s'approcher.
Et, suivant leurs curées,
Par les vaux, par les blés,
Les prés,
Ses chiens s'en sont allés.
Oh ! Le soir, dans la brise,
Phoebé, soeur d'Apollo
Surprise
A l'ombre, un pied dans l'eau !
Phoebé qui, la nuit close,
Aux lèvres d'un berger
Se pose,
Comme un oiseau léger.
Lune, en notre mémoire,
De tes belles amours
L'histoire
T’embellira toujours.
Et, toujours rajeunie,
Tu seras du passant
Bénie,
Pleine lune ou croissant.
T’aimera le vieux pâtre,
Seul, tandis qu'à ton front
D'albâtre
Ses dogues aboieront.
T’aimera le pilote
Dans son grand bâtiment,
Qui flotte
Sous le clair firmament !
Et la fillette preste
Qui passe le buisson,
Pied leste,
En chantant dans sa chanson.
Comme un ours à la chaîne,
Toujours sous tes yeux bleus
Se traîne
L'océan monstrueux.
Et qu'il vente ou qu'il neige,
Moi-même, chaque soir,
Que fais-je,
Venant ici m'asseoir ?
Je viens voir à la brune,
Sur le clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.
Peut-être quand déchante
Quelque pauvre mari,
Méchante,
De loin tu lui souris.
Dans sa douleur amère,
Quand au gendre béni
La mère
Livre la clef du nid,
Le pied dans sa pantoufle,
Voila l'époux tout prêt
Qui souffle
Le bougeoir indiscret.
Au pudique hyménée
La vierge qui se croit
Menée,
Grelotte en son lit froid.
Mais monsieur tout en flamme
Commence à rudoyer
Madame
Qui commence à crier.
" Ouf ! Dit-il, je travaille,
Ma bonne, et ne fais rien
Qui vaille;
Tu ne te tiens pas bien. "
Et vite il se dépêche.
Mais quel démon caché
L'empêche
De commettre un péché?
" Ah dit-il, prenons garde.
Quel témoin curieux
Regarde
Avec ses deux grands yeux? "
Et c'est, dans la nuit brune,
Sur son clocher jauni,
La lune
Comme un point sur un i.