- Adieu, petit Ange qui voyage dans les coeurs!
- Non, me répond-il, je ne te dis pas Adieu, mais Au Revoir, amie qui reçoit dans son coeur...
- Je t'ai donné un message pour mes amis, mais toi, que vas tu me laisser, sinon des souvenirs, des regrets peut-être...
- Des regrets? N'as-tu pas donné tes torrents, tes rivières, tes fleurs... N'ai je pas donné mon regard?
- Oui, j'ai vu dans ton regard la beauté de notre monde, la pureté de l'amitié, le désir d'enchanter les jours des poètes...
- N'as tu pas vu également ce que j'ai apporté avec moi? Les Noms de tes Amis, Leurs Sourires, la Gaité de leurs Yeux?
- J'ai vu aussi la Douceur de leurs Pensées, la Beauté de leurs Songes, l'Inépuisable Source de leur Amour...
Nos regards ne se quittent pas, je lis, dans l'ombre de ses iris bleutés, l'immensité des océans.
Je le questionne encore:
- "Mais, dis moi encore, es tu bien différent d'un humain?
- Non, bien sûr que non..." répond-il en riant....
Vous imaginez le rire d'un ange? Un instant de pur bonheur....
Puis il ajoute:
- "Je suis l'espoir de l'Homme, son possible, son meilleur devenir.
Tu comprends?"
Il incline la tête, puis il ajoute:
- "Je suis le meilleur de l'Homme, et s'il apprend à voir avec mon regard, écouter avec mes oreilles, aimer avec mon coeur, Il comprendra comme la vie est magnifique...
- Magnifique, la vie? Je voudrais tant te croire.... Mais...
- Mais?
- Tu sais bien, la souffrance... les déchirements... les larmes...
- La souffrance est là pour être allégée, les déchirements consolés, les larmes séchées... par un coeur aimant, des bras amoureux, des doigts légers.
Le plus grand amour reçu n'est il pas celui de la consolation?
Le plus grand amour donné celui qui relève l'ami, lui donne tout en un instant, sa vie, sa dignité, son attention à jamais?
Tu penses peut-être que l'amour peut éviter la douleur? N'as tu pas compris que la vie s'accompagne d'une intensité qui va de la souffrance à la joie, et de leurs extrêmes parfois?
Tu ne pourras donc jamais éviter à quelqu'un de connaître la peine, même si tu l'aimes de toute ton âme. En voulant l'anesthésier, tu lui enlèverais l'autre moitié de sa sensibilité: la joie, la paix, l'extase...
Mais apprends à écouter le coeur de celui que tu aimes. Connais-le, et mets toute ton ardeur à comprendre; sa consolation sera dans le regard que tu lui portes, un regard qui ne rejette plus la douleur, mais qui la porte avec l'être aimé. La joie ainsi conquise par vous deux, au coeur de la souffrance, sera plus grande que tout. Imagine la beauté d'un iceberg, cette magnifique île de glace, géant relevé par l'hiver, qui reflète le ciel et toute sa magnificence. Écoute ce quatuor de Schubert: la souffrance et la beauté n'y sont elles pas mêlées?
Ainsi est la vie, et j'en suis la meilleure part. Je peux donner aux poètes la grâce de chanter les tourments d'un coeur amoureux, aux musiciens de faire vibrer les âmes, aux peintres de trouver la lumière d'un ciel ténébreux...."
J'écoute Schubert, longtemps. Je reconnais dans les accents du violon le désir immense de l'Homme, désir qui ne se lasse pas de renaître de ses cendres, désir qui transcende l'Homme, qui le porte toujours plus haut, à la conquête d'une autre Vie.
- "Tu comprends maintenant? ajoute l'Ange dubitatif, la vie est faite d'instants successifs qui auront chacun une valeur particulière, comme les pierres d'une Cathédrale. Peu importe le temps passé à la construire, seule compte sa trajectoire vers le Ciel, seule compte la jubilation du bâtisseur lorsqu'il contemple son oeuvre...
L'Homme travaille toute sa vie à sa propre construction. Chaque pierre posée est une victoire. Chaque victoire renouvelle le désir... La vie est une construction sans fin et sans limite.
Ne te donne jamais de limite....
Tu me couperais les ailes..."
Ajoute-t-il en riant.
Vous entendez son rire? C'est beau, hein?