Un songe fit de moi, le temps d'une nuit, une enfant très jeune, peut-être sept ou huit ans:
L'âge où l'on s'éveille à peine aux choses invisibles...
J'avais depuis longtemps un très cher compagnon, de jeux, de fous rires,
Et de courses à travers la campagne, les jambes écorchées par les ronces,
Les genoux bleuis par les chutes, les joues rougies par l'air vif...
Nous volions des moments passés ensemble aux devoirs à rendre pour le lendemain
Ou bien nous mendions à nos mères le droit d'aller à la ferme voisine chercher le lait tout frais
Et nous découvrions les oeufs enfouis dans la paille des greniers par des poules peureuses...
Comme la vie nous était douce et complice, comme nous étions heureux!
C'était le temps d'enfance et des choses faciles, le temps de recevoir...
Mais le songe, lui, est cruel, il nous donne pour nous reprendre aussitôt
Sans que l'on puisse en saisir la raison, et mon ami disparût sans un mot.
Lorsque j'eus harcelé de mes questions fiévreuses chaque passant,
Interrogé, vidée de ses habitants, sa maison abandonnée,
Je me sentis happée par un gouffre sans nom:
Il n'était nul endroit où le chercher, nul lieu pour lui parler...
Mais comment se pourrait-il que, pour moi, il ne fut plus?
Nous possédions des demeures secrètes, semées à travers bois
Et vallons, le long des rivières: un tumulus de pierres moussues,
Un tronc d'arbre creusé par le gel offrant un large espace,
Des entrelacs de lianes suspendues aux buissons épineux...
La foi d'une fillette est sans borne,
A cet instant commença ma quête.
C'est alors que je vis une grande lumière.
A suivre...