Petite nouvelle écrite un soir de 2002.
Premier prix "nouvelles pour enfants" 2003.
Cette histoire s’est passée et se passe chaque année à l’heure du réveillon. Depuis toujours, un homme est chargé de faire passer les années. Cet exercice consiste à enclencher la nouvelle année dans les couloirs du temps. Ainsi, chaque an, alors que nous festoyons, buvons, draguons, saumons et cotillons, M. Till nous vieilli d’une année à minuit face.
M. Till, troisième du nom, est un petit bonhomme ; barbu, comme le Père Noël et précis comme une montre Quartz.
Aux périodes des fêtes, entre le 24 et le 30, M. Till reçoit une lettre dorée de paillettes et calligraphiée de lettres. Ses aïeux ne découvrirent jamais d’où elle provenait, et M. Till ne s’y intéressait pas plus que ça, il devait simplement accomplir sa mission. La lettre contenait une clé. M. Till s’émerveillait devant la clef chaque année. Cette fois-ci, elle était de couleur blanche et marquée d’une inscription brillante, 2003. Pour ne pas l’abîmer, ou même la rayer, il la conserve dans un petit tissu de velours.
A la veille de nos nuits blanches, M. Till se prépare à un long voyage. La clé comme seul bagage, il affronte l’hiver, gravit des sommets, surmonte des obstacles, se repose dans des forêts, continue son exode, persiste dans le froid, escalade des collines, enjambe des soucis, dort dans des paysages et arrive au rendez-vous, trois ou quatre heures en avance.
L’endroit ressemble à tout et tout semble droit sortir de nos rêves. Des lumières multicolores scintillent sur la neige, du bois de chêne réchauffe l’espace et une porte fermée se dresse au fond de l’immensité.
En attendant minuit pile, M. Till se remémore souvent quelques bons souvenirs. Un jour son grand-père lui raconta l’histoire des années bissextiles. Alors qu’il devait ouvrir la porte pour la nouvelle année, la clé, refusait de tourner dans le verrou. Surpris, il la sortait, nettoyait la moindre poussière et la remettait dans la serrure. Mais rien ne pénétrait la gâche. Paniqué, il la ressortait, l’astiquait avec grand soin et en vain essayait d’entendre le clic du pêne. Au bout de quelques heures et à bout de peine, il abandonna. Que faire à présent ? Les gens s’enivraient tandis que son grand-père s’énervait. Si la porte ne s’ouvrait pas, le monde ne vieillirait plus. Les âges stagneront, l’enfant ne grandira pas, les parents ne succèderont pas. La procréation se prosternera et la vie, un jour, disparaîtra. M. Till, premier du nom, désespérant, mais ne voulant pas être le nom d’un big-bang, repartit chercher une aide quelconque. Une centaine de minutes plus tard, il revint seul, accompagné d’une hache. L’heure joyeuse était dépassée d’un quart de journée. Sans plus attendre, il brandit son arme et détruit la belle porte en bois massif. Ainsi, pour réparer cette erreur, le mois de février se vit ajouter une fois tous les quatre ans, le vingt neuf en plus. Et depuis ce jour nous appelons ces années, les années bisexTill.
Le réveil de M. Till sonne et les deux aiguilles vont bientôt se confondre. Sorti de ses pensées, il sort la clé du tissu et la dirige dans la serrure.
Minuit est lĂ .
Des cris, des fous rires, des faux rires, des pleurs, des peurs, des joies, beaucoup de joie, viennent s’harmoniser avec la note mécanique du ressort du verrou.
La porte s’ouvre. M. Till repart. La clé disparaît et le monde peut vieillir, tranquillement.
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Michael says:
Belle histoire, un style que j'aime bien. J'aurais plutôt vu le passé simple à la place de l'imparfait, mais je ne suis pas parfait et me contenterai donc d'applaudir.
Michaël
Mushotoku says:
)a bientĂ´t
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