Les mots sont racines



       ils dorment tout l'hiver
sous le grand édredon de neige

       s'entrent-mêlent sous la terre encore gelée
se rassemblent leurs idées
             esquissent des phrases
puis s'installent en hibernage
      sous les aurores boréales
             qui les ensemencent de rêves

au printemps
      ils se réveillent
se révèlent
             timidement d'abord
ne sont que murmures
             sous un soleil encore tiède

       dans le creuset printanier
les mots se chamaillent
       qui sera le premier
à éclore un matin de mai

             l'été arrive
dans un bouillonnement de volcan
             les mots
font irruption
             dans un ciel sans nuage
et se disent et n'ont cesse de se dire

autant de petits nuages blancs
       tapissent l'azur
autant de brumes poétiques
       habillent le paysage
             et de pluie en orage
désaltèrent la terre assoiffée

             les mots
déjà vieillis d'une saison
       se font couleurs d'automne
ont préscience
       qu'ils dormiront profondément
             cet hiver
certains ne se réveilleront pas

avant le grand silence de janvier
             les mots font la fête
       sarrabandent   pavanent et cabriolent
se parent de couleurs
       de mouvances de vent
             d'artifices inédits
                     d'oriflammes
       exultent

       décembre approche
les mots baissent le ton
       parlent tout bas
échappent des baillements entre les phrases
       ne sont bientôt qu'illisible trace
sur une feuille blanchie par l'hiver


temps de silence
       temps de gestation
temps
       pour digérer toutes ces danses
des autres saisons

au mitan de l'hiver
                                 les mots hibernent
les mots rêvent
                                  en attente d'avril

 

                                                              Antar Octobre 2007