J'avais écrit ce texte, il y a longtemps... il est ressorti dans un atelier d'écriture ; je le republie ici:

 

Mon pays, n'est pas un pays...cé l 'hiver ! dit le poète...Ce soir, je ne suis pas ici ... mon âme habite ailleurs ! A l'intérieur, transie, gelée, une partie de moi
voyage au-delà du temps.

Une grosse Lune ronde se baigne en éclats cristallins sur la mer calme et gelée ... à peine souffle un murmure de vent du Nord qui vient glisser sur le rivage , effleurer la neige épaisse qui enveloppe tout, à perte de vue .

Le rocher se dresse comme une forteresse , comme un noir cargo, immobile, figé dans la glace étale.

Et les chaumières des alentours, toutes enmitoufflées dans les vallons blancs, ouvrent à peine un oeil et comme le chat endormi, le referme aussitôt, aperçu le froid qui rôde.

Les marées se sont tues, à Percé. Au beau milieu de la nuit, il fait clair
comme en plein jour : pleine Lune. Le temps s'est figé, le vent ne chante plus, les oiseaux se sont amarrés, attendant quelque signal...


Un seul homme sur la falaise, moi. Un seul bruit, le crissement de mes pas
sur le tapis blanc... et dans un froissement d'ailes, mon âme glisse et effleure les arêtes du paysage , qui s'invente au beau milieu de nulle part, dans une farandole de silences muets, au-delà de la peau du Rocher,
du derme de neige et des étoiles soupçonnées ,derrière un rideau de nuit noire.

Là-bas, dans le lointain ,l'horizon se perd dans la vastitude.

Sur la falaise, le regard caresse les arbres pétrifiés qui rêvent à ce lointain printemps...Janvier reste fidèle à lui-même et nie l'existence d'un possible février. Et le seul givre vient de la vapeur de mon respire qui se fige un moment et tombe sur mes pas comme une poussière d'étoiles...


Prise de vue dans les glaces gaspésienes, cinéma muet d'un songe acadien,
éclairages d' une nuit sans frimas ... la caméra de l'âme poursuit son inquisition sur les panoramas qui tanguent doucement, sur l'imaginaire densité de l'instant fragile , figé dans un moment d'hésitation comme un tango inachevé.


Quelques pas vers l'Est...quelques pas vers le couchant... l'attente se révèle dans la clarté nocturnale...


Personne ne vient...personne n'est attendu... Parfois la solitude est douce et
permet l'émerveillement... Comme un repas rabelaisien, le silence vient nourrir l' intérieur de l'être qui dans un mouvement de reflux se ré-invente une marée de vie.

L' imaginaire, enfant de la nuit , sculpte dans le Vaste, un pays inédit et se permet quelques secondes d'arrêt afin que le poète encore, puisse murmurer: ' ô temps, suspends ton vol ! '


L' horloge sur la grève ne compte plus les heures ... La montre analogique
a perdu sa batterie...

Les vigiles se sont endormis... L'immobilité de l' Etre respire à peine...


Le vent se repose sur le miroir des choses... et l' âme... et l' âme...dans un soupir, revit dans un moment incertain, vague mais sans brume... s'éclate dans la beauté reflétée sur cet océan qui déroule sa splendeur, habillé d'hiver et de froidure qui rêve et qui rêve d'un printemps à venir...osant aucune dépêche mais goûtant cette seconde d'éternité.


La nuit avance...lentement, à pas feutrés. Encore quelques pas sur le cristal blanc, au bord de la falaise encadrée à babord et à tribord de bancs de neiges géantisés...encore quelques pas, pendant que le regard se pose , se repose et se dépose sur le Rocher Percé endormi et figé dans l'hiver...

Encore quelques pas dans ce sanctuaire improvisé ... et sous l'insistance
du froid persistant, l'idée de rentrer à la chaumière et de se réchauffer le corps près du vieux poèle , se fraie un chemin tout doucement dans l'esprit qui rêve encore, qui s'invente un pays, qui danse avec les fées et qui murmure à peine une prière inédite, qui prend de l'aile et va se perdre dans le Vaste.


Encore quelques pas vers la chaumière... la porte s'ouvre... la chaleur crépite...le plancher de bois tiède... la chambrée attend... le sommeil invite...
la nuit décline... et l'âme retourne dans l'infinité d'une nuit sans rêve...calme et sereine... qui, à pas de loup, glisse vers le matin, vers une autre lumière, un autre lieu, un autre espace...


Et tout est bien... Et tout est bien...

 

Antar


30décembre2005 (06:50h)