Entre 2 couches et 2 biberons, je tente de (re)lire certains articles qui m'intéressent.

Je vous en fais profiter en mettant ici quelques passages.

Concernant le pervers narcissique:      

"Le cas clinique étudié en 1975 par Jean Bergeret (psychanalyste) évoque la perversion narcissique, celle d'une personne « égocentrique, exigeant et conflictuel », qui effectue « de sensibles falsifications de la vérité, qu'il serait très sévère de qualifier de mensonges, et encore moins de constructions délirantes ; ces attitudes répondent simplement à son besoin d'ignorer ce qui peut aller à l'encontre de son intérêt narcissique et étroit (...). Tout lui est dû, il critique tout le monde, n'admet aucune mise en cause et aucun reproche ». Là où le pervers de caractère, niant la réalité de l'autre, irrite son entourage par ses revendications, le pervers narcissique, lui, sait créer un élan positif envers lui, en prenant soin de se présenter en victime, excellant à exacerber pernicieusement la sensation de regrets, voire de peur chez l'autre."

Concernant l'hystérique:       

Quatre Recettes pour rendre folle l'hystérique

Dossier sur les Névroses / Jean-Jacques Tyszler - 15/05/2006

Lui dire ses quatre vérités

L'oubli dans le champ psychiatrique, de la culture freudienne fait désormais souvent ranger du coté des troubles psychotiques des manifestations classiquement reconnues comme partie intégrante de l'hystérie. 

 Anna O, la première patiente des célèbres "Etudes sur l'hystérie ," présentait une autohypnose hallucinatoire, Emmy von N un délire et des hallucinations d'animaux, Katharina des hallucinations visuelles dont la portée mériterait de nouveaux commentaires.

 Si l'hystérie est symptôme et névrose, elle est également discours, c'est-à-dire forme du lien social ; il est par conséquent périlleux d'évoquer comme un tableau clinique fixe, les aléas d'une subjectivité si soumise au transfert.

 L'hystérie, par ses refus et ses folies, est une insulte au sens commun, une rébellion contre la connivence de la raison.

 Comme l'a remarqué Freud, les "suggestions instructives" n'eurent aucun succès auprès de Madame Emmy von N, et il est difficile de retrouver la femme remarquable de haute moralité et amoureuse de la vérité, dont parle l'article de 1895 dans la despote cruelle, ne méritant aucun ménagement, évoquée par la fille de la patiente, dans le complément de 1924.

 Plus qu'une autre structure clinique, l'hystérie produit un déchaînement paradoxal lorsque le praticien cherche à incarner le sens et la vérité.

 Lui enlever son nom

Une manifestation étonnante et contemporaine de la para-psychose hystérique est la personnalité multiple.

 Ce syndrome, décrivant chez un même individu la présence de deux ou plusieurs personnalités distinctes, chacune d'elles prédominant à des moments déterminés, a connu un succès épidémique aux Etats-Unis et au Canada.

 Il n'est pas étonnant de retrouver outre Atlantique l'hypothèse étiologique qui sert de traumatisme à tout faire, c'est-à-dire les sévices dans l'enfance, violence ou abus sexuels.

 La personnalité multiple peut être envisagée comme le retour en fanfare d'un refoulement entièrement idéologique : la récusation de l'hystérie dans la pensée médicale favorise la pullulation d'identités à la fois compétitives et amnésiques.

 Cette forme de folie nouvelle, non par son architecture déjà connue de Janet et des romanciers, mais par son extension, trouve son miel dans l'aspect mercantile du traitement de la souffrance psychique ; chaque victime nécessite aujourd'hui réparation.

 Ne plus la harceler

Dans les mêmes années, un autre fléau gagna : le harcèlement sexuel.

 Les commentateurs n'ont pas manqué de relever là une autre démonstration de ce qu'on peut appeler hystérie collective. En Amérique mais pas seulement, des codes de bonne conduite sont désormais affichés dans les entreprises, les administrations, les écoles, et on ne compte plus les procès en cours.

 Certaines femmes ont commencé à décrire le voile neutralisant qui les sépare désormais de leurs collègues masculins.

 Il est devenu également inenvisageable d'étudier dans certains lieux, des ouvrages classiques d'inspiration freudienne comme ceux d'Hélène Deutsch sur la psychologie des femmes ; son étude typologique, un peu désuète , apparaîtrait surtout politiquement incorrecte.

 Le cinéma américain a mis l'accent sur cet aspect avec une réflexion sur le pouvoir mortel de la rivalité entre les sexes, jusque dans ces avenues authentiquement passionnelles, c'est-à-dire pour finir, paradoxalement désexualisées.

 Le fantasme tire sa légitimité des études princeps sur l'hystérie ; récuser un mot c'est en enterrer un autre et méconnaître que l'accès au féminin comme l'accès au masculin ne sont que réponses et variations au fantasme tel que Lacan après Freud en déclinera la logique.

 Enlever la séduction ou le semblant, c'est produire un transparence tyrannique, c'est aussi bien pousser l'hystérie dans son versant d'isolement dépressif si commun aujourd'hui. 

Lui parler d'identité

L'hystérie a le talent de rendre une communauté paranoïaque en lui rappelant ses devoirs sacrés et en lui faisant miroiter la beauté du sacrifice.

 Il n'est pas à cet endroit si important de distinguer psychose et folie, car au nom de l'identité, le passage à l'acte unifiant devient le seul moteur du sujet. 

L'hystérie est à l'origine de la psychanalyse, mais ses formes les plus folles sont peut être maintenant celles qui nous transmettent le plus. 

 Au bout d'un long parcours consacré au regard, dans le séminaire "Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse", Lacan, revenant sur le moment le plus sombre du XXe siècle écrit le schéma freudien de la capture hypnotique, celle qui toujours nous fait sacrifier à des dieux obscures, celle que nous ne savons pas analyser jusqu'au bout.

 Parlant de la guerre, Freud pouvait tout simplement dire : "nous descendons d'une lignée infiniment longue de meurtriers qui avaient dans le sang le plaisir du meurtre comme peut être nous-même encore."

 Identité, identités, les formes collectives et folles de l'hystérie interrogent toujours ce que nous appelons à tort le pessimisme de Freud.