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Le premier mot qui me vient à l'esprit quand je pense à Haruki Murakami est "attachant".

Pas "écrivain japonais né en 1949, a étudié la tragédie grecque et dirigé un bar de jazz à Tokyo, traduit Fitzgerald, Irving et Chandler avant de se consacrer totalement à l'écriture". Non, "attachant", définitivement. "Tendresse" aussi, comme la tendresse qu'on aurait pour un être avec lequel on partage une certaine perception de la vie.


Je pourrais également vous citer la notice de Wikipedia sur cet écrivain ou sur ce livre en particulier. Mais non, quand on aime Haruki Murakami c'est d'abord avec ses tripes, avec sa propre sensibilité. Son talent consiste à vous conter une histoire en apparence banale en déterrant chez vous des créatures bizarres tapies au fond de votre esprit. Lire Murakami c'est fatalement, à un moment ou à un autre, ouvrir une blessure ou au contraire la guérir. Plus qu'un écrivain, c'est un écho.

Dans ses romans le héros est très souvent un jeune homme à la dérive, flanqué d'une comparse très jeune, à l'intelligence vive et dérangeante. Parfois le roman est statique, tout en introspection, et parfois c'est une course effrénée, à la manière d'un "road movie" (ou plutôt d'un "road novel"). Ses héros désoeuvrés ou au contraire surbookés sont à la fois des messieurs tout-le-monde et des êtres torturés, à la recherche du sens de la vie.

Comme dans toute la littérature japonaise, nous voguons entre réalité et monde onirique. Les vivants côtoient les morts, on passe du quotidien à un monde parallèle comme on traverserait le couloir d'un appartement, sans en être étonné.

Il y a énormément de mélancolie dans l'univers de Murakami ; je la perçois et la ressens sans qu'elle vienne affecter ma bonne humeur. Simplement, ma joie de vivre devient plus grave et se teinte de mauve, la couleur de mon "autrefois ".

En commençant cet article je voulais simplement vous livrer un extrait des "Chroniques" qui m'a particulièrement touchée, allez savoir pourquoi...


"Il me semblait que je m'éloignais de moi-même un peu plus chaque jour. Parfois, je regardais longuement mes mains, et je les voyais devenir transparentes. Je ne parlais pratiquement à personne. Personne ne m'écrivait, ni ne me téléphonait. Dans la boîte aux lettres il n'y avait que mes relevés de banque et du courrier publicitaire, pour la plupart adressé à Kumiko. L'hiver était froid, mais il m'arrivait parfois d'oublier d'allumer le poêle parce que je n'arrivais pas à distinguer le froid réel de mon froid intérieur. Je regardais le thermomètre pour vérifier la température avant d'allumer le poêle. Mais j'avais beau chauffer la pièce, ma sensation de froid ne diminuait pas."


Qu'est-ce qu'un oiseau à ressort ? C'est tout d'abord le nom que le héros du livre et son épouse ont donné à un oiseau qu'ils ne voient jamais, qui crie tous les jours ses "Kiii-kiii-kiii", à la manière d'un ressort qui remonterait les rouages de la marche du monde. C'est aussi le surnom qu'a donné la petite voisine étrange et surdouée à notre héros à la dérive. Quel est le rôle de cet oiseau dans le roman ? D'un point de vue symbolique, je pense que c'est peut-être la manière de l'auteur de nous dire que les choses les plus complexes s'expliquent d'une manière très simple.

Le jazz et Kaboum. Notre ami était passionné de cette forme de musique, tout comme Haruki Murakami. C'est le seul lien. Je voulais juste évoquer encore son souvenir, comme je le fais dans cette question sur Q/R : "